Qui a tué l’homme-homard ?

L’humour est un genre littéraire extrêmement difficile. Si la mayonnaise prend, c’est gagné, l’histoire n’a plus guère d’importance, le lecteur passe un bon moment. Mais si elle ne prend pas, si le lecteur n’accroche pas, rien à faire, le récit le plus parfaitement élaboré fera un bide.

Là, ça marche, la mayonnaise est excellente, J.M. Erre se permet même le luxe de faire une parodie d’intrigue policière. Mieux que ça, la narratrice, tout en essayant de résoudre une affaire, décide d’en faire un roman, et piétine joyeusement tous les clichés du genre, et ils sont nombreux.

Pour commencer, il faut dire que la narratrice est une personne assez particulière. Je ne peux en dire plus, cependant je suis certain que vous n’en avez jamais vu d’aussi atypique, doublée d’une future auteure aussi décalée.

Au fin fond de la Lozère, dans le petit village (imaginaire) de Margoujols, est jadis passé un cirque présentant des monstres humains, des freaks (femme à barbe, géant, nain, homme-éléphant…). Le directeur ayant été assassiné dans des conditions obscures et jamais élucidées, les membres de la troupe, désœuvrés, se sont établis sur place.

Soixante-dix ans plus tard, Joseph Zimm, dit l’homme-homard à cause de la déformation de ses mains, est retrouvé mort dans des circonstances similaires à celles de l’ancien meurtre.

L’adjudant de gendarmerie Pascalini, assisté du deuxième classe Babiloune, se voit confier l’enquête. Julie, fille du maire et narratrice, est volontaire pour l’aider grâce à sa connaissance du patelin et de ses habitants. À partir de là, tout sombre dans la caricature hilarante. L’intrigue est truffée de rebondissements, les commentaires de Julie sont tordants, ses propres soucis (et je vous assure qu’ils ne sont pas négligeables) sont autant d’obstacles qu’elle franchit un à un, et tout avance lentement mais sûrement vers la chute. L’ensemble n’est évidemment pas du tout crédible, toutefois l’important n’est pas là. Il ne s’agit pas d’un roman policier drôle, mais d’un livre d’un humour décapant, un médicament contre la morosité, déguisé en polar.

Je me suis régalé.