Pars vite et reviens tard

ParsViteReviensTardUn petit roman policier de temps en temps, ça distrait, ça change les idées et ça ne peut pas faire de mal. Sauf aux victimes des meurtres, mais comme tout cela n’est qu’une fiction, on négligera cet aspect de la question.

Fred Vargas remet en scène son célèbre commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Le gros de l’action se situe à Paris, dans le quartier Edgar Quinet. C’est un détail, me direz-vous, toutefois j’ai habité non loin de ce coin, j’aime bien ces rues de Montparnasse, c’est ce qui m’a donné envie de lire ce livre.

Joss Le Guern, Breton, ancien capitaine de navires, déchu pour une sombre affaire, reprend avec un certain succès le vieux métier de crieur public. Parmi ses clients, il y a un inconnu, qui lui fait déclamer de drôles de messages apparemment dénués de sens.

D’autre part, notre commissaire est sollicité par une femme qui s’inquiète, car toutes les portes de son immeuble, sauf une, ont été marquées par un étrange symbole peint. Après quelques recherches, il s’avère que les messages comme le symbole font référence à la peste.

Une première victime (il y en aura d’autres) est retrouvée morte, sa porte n’avait pas été marquée. Elle a été étranglée, mais son cadavre est maquillé comme si elle était décédée de la peste. Adamsberg doit démêler ce sac de nœuds.

… et à la fin, après pas mal de rebondissements, il découvre le méchant.

C’est compliqué à souhait, le commissaire est triste à mourir, il ne se souvient jamais des noms de ses collaborateurs, il ruine sa vie privée, et il a de monstrueux coups de bol qui l’aident à résoudre l’énigme. J’ai trouvé certaines conclusions de l’enquêteur tirées par les cheveux, un peu « faciles », mais dans l’ensemble, ça se lit plutôt bien.

Temps glaciaires

TempsGlaciairesJe n’avais jamais lu de bouquin de Fred Vargas. C’est une spécialiste du polar, et le polar, c’est pas ma tasse de thé, je l’ai déjà dit ici. Et puis, le 5 mars dernier, elle est passée à l’émission La Grande Librairie pour présenter ce roman. Là, j’ai littéralement décollé. Car l’auteure est partie toute seule dans une passionnante tirade sur sa façon d’écrire et d’inventer des intrigues : comment lui viennent les idées, comment elle les trie, comment certaines refusent d’être éliminées, comment les personnages s’imposent à elle et agissent ensuite comme bon leur semble… Un formidable concentré de ce qui arrive à un écrivain lorsqu’il est en train de plancher devant sa page ou avant de s’y mettre. Le tout avec un humour pince-sans-rire débordant et des mots simples, desquels jaillissait tout l’amour que cette auteure porte à son art, à l’écriture, à l’élaboration de ses romans. Extraordinaire prestation. L’émission n’est désormais plus visible sur Internet, croyez que je le regrette !

Alors bien sûr, j’ai lu le livre.

Il est très difficile, voire impossible, de résumer un roman policier. Tout l’intérêt, pour le lecteur, repose justement sur son ignorance de ce qui va se produire. Si j’en dis trop, c’est cuit : donc, je ne dirai rien de l’histoire, c’est plus sûr. Le personnage principal est le commissaire Adamsberg, qui revient, paraît-il, pour la douzième fois sous la plume de cette auteure. Sa méthode d’investigation, c’est l’intuition. Devant l’enquête ici présentée, il fonce bille en tête dans la direction qui est la moins susceptible d’être la bonne, étant persuadé que c’est par là qu’il doit chercher, puisqu’une qu’une petite voix intérieure le lui a soufflé.

Et ça marche, bien sûr. Ça, je peux le dire sans risquer de balancer la chute.

Cette histoire est un mélange de pas mal de composants. Pour réussir à fourrer dans la même affaire des touristes coincés par la brume sur une minuscule île islandaise, Maximilien Robespierre, et un sanglier, faut être balèze. Et Fred Vargas est balèze, à n’en point douter. Concevoir une intrigue aussi tarabiscotée, avec de tels liens entre des éléments apparemment incompatibles, et arriver à rendre le tout crédible, ça force l’admiration.

Un autre point fort de cette auteure est sa capacité à créer des personnages terriblement « vrais ». Elle parvient à imaginer pour chacun des détails qui ne s’inventent pas. (Et pourtant…) Alors, ils semblent absolument réels. Celui-ci a des yeux en permanence grands ouverts, celui-là a une petite manie, tel autre s’exprime d’une façon particulière… Et l’ensemble prend forme et tient la route avec une rare force.

Je me pose tout de même une question, moi qui ne suis guère familiarisé avec ce genre : pourquoi faut-il que les flics de polars soient toujours des types sombres, tristes, seuls dans leur vie et mal dans leur âme ? Pourquoi l’un d’eux ne serait-il pas bon vivant et père de famille comblé, avec pour violon d’Ingres la flute traversière ou l’escrime ?

Quand même… j’en lirai d’autres, des livres de Fred Vargas.