Des fleurs pour Algernon

FleursAlgernonCe bouquin de Daniel Keyes est entré depuis plusieurs décennies dans le club fermé des livres qui ont marqué leur époque (il date des années 60), mais son succès ne s’est jamais démenti, sans doute grâce à son sujet et à la charge émotionnelle qu’il véhicule.

Charlie Gordon est un attardé mental d’une trentaine d’années. Il gagne sa vie tant bien que mal en effectuant de petites tâches dans une boulangerie. Malgré son handicap, il est animé d’une volonté d’apprendre et il s’inscrit de lui-même à des cours adaptés pour parvenir à lire et écrire, cours dispensés par la jeune psychologue Alice Kinnian. C’est ainsi qu’il est sélectionné pour une opération et un traitement expérimentaux dont le but est de décupler son intelligence. La chose a déjà été réalisée avec succès sur Algernon, une souris de laboratoire.

Le récit est constitué uniquement par le journal tenu par Charlie, lequel permet aux scientifiques de suivre son évolution et au lecteur de vivre avec lui, jusque dans ses pensées et réflexions profondes.

Le Pr Nemur a dit mais dabor pourquoi avez tu anvie daprendre à lire et à écrire. Je lui ai dit pasque toute ma vie jai eu anvi detre un télijen au lieu detre bète et que ma maman m’avez toujour dit d’essaié daprendre comme me le dit Miss Kinnian mais cé très dificile detre untélijen et même quand japrend quelque chose au cours de Miss Kinnian à l’école jan oubli bocou.

L’intelligence de Charlie s’éveille et atteint vite des sommets inespérés, il devient un génie et apprend rapidement plusieurs langues. Mais son développement émotionnel a bien sûr toujours du retard. Les frustrations vécues, les violences subies, le passé pesant restent en lui. Il se souvient de sa mère, qui a tout d’abord refusé de reconnaître son handicap, puis qui l’a rejeté après la naissance d’un second enfant, normal.

Charlie est talonné par celui qu’il a été, et qui vit encore en lui.

L’intelligence sans la capacité de donner et de recevoir une affection mène à l’écroulement mental et moral, à la névrose, et peut-être même à la psychose.

Charlie décide de poursuivre les recherches dans la continuité des professeurs qui l’ont opéré. Mais ce n’est pas facile pour eux d’être à ce point dépassés par lui, d’autant plus qu’ils l’ont toujours considéré davantage comme un sujet d’expérience que comme un être humain. Où est le bonheur ? Dans une intelligence hors norme ou dans l’amitié et le partage avec ceux qu’on aime ? Car le besoin d’affection qu’éprouve Charlie est le même, qu’il soit simplet ou génie. Seule diffère l’attitude des autres envers lui.

Charlie, du haut de son QI astronomique et de ses connaissances encyclopédiques, finit par découvrir qu’il y a une faille dans le raisonnement des professeurs. Son état va décliner, et il va redevenir un simple d’esprit, comme avant. Il lui reste très peu de temps pour vivre et aimer Alice, et il le sait. Algernon subit la même déchéance et meurt. La descente aux enfers commence pour Charlie…

Qui peut dire que mes lumières valent mieux que ta nuit ?

Je vous mets au défi de finir ce livre sans avoir les yeux humides.