Le lecteur de cadavres

LecteurCadavresAmateurs d’aventures à rebondissements, ce livre est pour vous.

Quelle était l’existence quotidienne au début du XIIIe siècle ? Pas chez nous, non, mais en Chine, sous le règne des empereurs de la dynastie Song. C’est dans ce contexte très inhabituel que se déroule cette histoire, et l’on ne peut que saluer et applaudir l’immense travail de documentation réalisé par Antonio Garrido, qui représente plusieurs années de boulot avant d’écrire ce roman.

Ci est un jeune homme qui vit dans la province de Fujian. Enfant d’une famille modeste, mais honnête, il a été contraint d’interrompre des études prometteuses dans le domaine juridique, et il travaille dur pour le compte de son frère, qui n’est guère reconnaissant. Un jour, Ci découvre le cadavre d’un homme décapité. Il participe à l’enquête avec son maître le juge Feng, et il s’avère que le coupable est le propre frère de Ci, Lu, qui est exécuté ! Pour comble de malheur, ses parents meurent accidentellement. Ci se retrouve sans ressources, avec sa petite sœur gravement malade. Il se rend à Lin’an, capitale de l’empire, et trouve un emploi peu ragoûtant dans les « champs de la mort », les cimetières. Car Ci possède un don pour comprendre les défunts, ou plutôt pour déduire, de leur observation, comment ils ont trépassé.

Il parvient à entrer dans la prestigieuse Académie Ming. Il s’y fait si bien remarquer, par son talent à lire les cadavres, que l’empereur en personne fait appel à lui pour enquêter sur une série d’assassinats mystérieux. Ci n’a pas le droit de se tromper. S’il réussit, il aura sa place parmi les hauts fonctionnaires impériaux. S’il échoue, il sera exécuté. Bien sûr, sa fulgurante ascension lui a valu de se faire des ennemis sans pitié, qui n’hésitent pas à lui mettre les bâtons dans les roues…

Aussi incroyable que cela puisse sembler, Ci Song a réellement existé, et par coïncidence il portait le même patronyme que l’empereur de son époque. On ne sait presque rien à son sujet, et le peu qui nous est parvenu est résumé à la fin de ce roman. Il a vraiment été un des premiers à pratiquer des autopsies, malgré les tabous confusionnistes alors en vigueur dans cette société, et il a laissé des traités sur la manière d’examiner les cadavres. Il est considéré de nos jours comme le père de la médecine légale.

Le Ci du livre est un héros qui rappelle par moment le bondissant Indiana Jones, tant il saute de problème en mésaventure, dont il réussit toujours à se sortir, parfois avec une chance un peu trop insolente. Le récit est très prenant, la reconstitution du décor époustouflante, la description des situations traversées extrêmement précise, presque trop lorsqu’il s’agit d’une scène de meurtre ou d’un macchabée plus très frais.

Se faufilant à travers les profiteurs, les assassins, les traîtres, les intrigues, et malgré sa naïveté, le jeune Ci se rapproche petit à petit de son but, entraînant avec lui un lecteur qui n’a guère le temps de s’ennuyer !