Jésus vidéo / L’affaire Jésus

Wouahou ! Où est-il allé chercher tout ça ?

L’ensemble est constitué de deux romans. Jésus vidéo date de 1998. Au cours de fouilles en Israël, on découvre un squelette vieux d’environ deux mille ans. Rien d’extraordinaire à cela, mais ces ossements sont accompagnés d’un petit sac en plastique contenant le mode d’emploi d’un modèle de caméscope qui ne sortira pas avant trois ou quatre ans.

Y aurait-il eu voyage dans le temps ? Si oui, le voyageur aurait-il filmé la crucifixion de Jésus ? Mais alors, où se trouvent l’appareil et surtout la cassette ?

Stephen Foxx, jeune homme rusé comme un renard, va tenter de résoudre l’énigme et de retrouver ce qui manque. Sur sa route, il va buter sur l’homme d’affaires John Kaun, aux immenses moyens financiers et aux intentions très mercantiles, mais il va être aidé par la ravissante Judith. Les scientifiques s’en mêlent, ainsi que le Vatican bien sûr. Il y a tout un réseau d’intrigues secondaires parfaitement ficelées, le lecteur est maintenu en haleine dès les premières pages, et chaque fois qu’on pense le problème réglé, il y a un nouveau rebondissement et ça repart. Un bijou de suspense, un labyrinthe peuplé de complots, conspirations, manœuvres, etc. Et avec ça, des personnages tout à fait crédibles. Celui qui devinera la chute gagnera ma considération éternelle.

Ce n’est pas tout. En 2014, Andreas Eschbach a décidé d’écrire une suite, L’affaire Jésus. Je me méfie toujours des suites, rarement à la hauteur des espérances. Celle-ci est une exception, elle est parfaitement réussie. Ce second tome colle au premier dans ses moindres détails, même ceux que le lecteur croit oubliés. L’auteur a eu la sagesse (ou la prudence) de choisir d’autres personnages centraux, et un contexte totalement différent. Quelques années sont passées, nous retrouvons Stephen Foxx (plus mûr) et John Kaun (métamorphosé), et nous rencontrons un multimilliardaire intégriste chrétien qui prend les Écritures au premier degré, son fils Mickael victime malgré lui, et bien d’autres.

Je ne peux évidemment pas trop parler de cette histoire sans dévoiler celle de la première partie, mais croyez-moi : elle est à la hauteur des attentes, elle est aussi captivante, et la chute est aussi surprenante, sinon davantage.

Ceux qui aiment la SF ne seront pas déçus par ces livres, et ceux qui la connaissent mal découvriront un auteur allemand (peu prolifique, la SF teutonne), à la plume précise et à l’imagination d’une qualité exceptionnelle. Je le répète : où est-il allé chercher tout ça ? En terminant ma lecture, j’ai été triste que ce soit fini.

Des milliards de tapis de cheveux

MilliardsTapisCheveuxUn bon roman de SF n’a jamais fait de mal à personne, au contraire. Celui-ci a été publié en 1995, il n’est donc pas récent, mais ses qualités lui ont valu d’être primé à plusieurs reprises, et a son auteur, Andreas Eschebach, de recevoir l’important Grand prix de l’imaginaire, en 2001.

La galaxie ne forme qu’un immense empire, dominé par un seul homme, à la puissance colossale, et qui semble de surcroît immortel puisqu’il règne depuis plusieurs milliers d’années. Sur une planète du système de Gheera se trouve une guilde de tisseurs de tapis faits en cheveux de femmes. Ces tapis sont destinés à orner le palais de l’Empereur. Et il y a d’autres planètes sur lesquelles est également implantée cette guilde. Des milliers de planètes, des millions ou même des milliards de tisseurs. Chaque tapis est si long à fabriquer que chaque tisseur y consacre sa vie entière. Un tapis, une vie, et pourtant des milliards de tapis de cheveux.

Qu’est-ce que l’Empereur en fait ? Quelle est la taille de son palais pour qu’il ait besoin de tant de tapis ? Un bruit court depuis quelques années. Il prétend que l’Empereur a été renversé par des rebelles. Il serait mort, même…

Quel est le sens de tout cela ? De ces innombrables vies de tisseurs, tout entières dédiées à cette tâche stupide, inhumaine et scandaleusement immonde ?

Par la mise en situation d’une ribambelle de personnages, Andreas Eschebach nous plonge progressivement dans le monde fou qu’il a imaginé. Le lecteur ébahi découvre l’existence de la guilde, le travail auquel les tisseurs se consacrent, et il prend conscience petit à petit des zones d’ombre qui masquent les activités de cet Empereur tout-puissant.

Les protagonistes vont et viennent, l’intrigue se dévoile lentement, mais jusqu’au bout reste sans réponse la question la plus importante : à quoi servent ces tapis ? Lorsque le lecteur l’apprend, il y a un moment de déception inévitable. Tout ça pour ça ? Passé cette petite déconvenue, on réalise que c’est justement ce qu’il fallait. Tout ça pour si peu, oui, ce qui rend encore plus dramatique toute l’affaire et ces milliards d’existences gâchées.

Bouquin bien écrit, trame tarabiscotée, trésors d’imagination, intrigues secondaires… J’ai passé un très bon moment.