Boxap 13–07

Qu’est-ce qui se cache derrière ce drôle de titre et ce drôle de nom d’auteur ? Commençons par l’auteur. C’est un pseudo qui est celui d’un couple. Oui, ce roman a été écrit à quatre mains. Je le sais parce que je connais personnellement deux de ces mains, et le gars qui va avec ! Le titre, pour comprendre, c’est plus compliqué.

Ce bouquin est ce qu’on appelle une anti-utopie, ou une dystopie. Nous sommes dans le futur, notre société a évolué en mal, l’humanité se retrouve dans la… dans une situation dramatique. Il n’y a plus aucun contact physique entre les gens. Ils ne se « rencontrent » que par le biais d’avatars ultra-réalistes, dans des décors 3D, sur des réseaux sociaux extrêmement sophistiqués. Le système est basé sur une hiérarchie dans laquelle plus tu consommes, plus tu montes, plus tu as accès à des produits de luxe. Mais non authentiques, car tout reste dans le domaine du virtuel (pour les rencontres et les loisirs) et du reconstitué (pour la nourriture). Les gens vivent dans des appartements plus ou moins petits, selon leur statut, duquel ils ne sortent JAMAIS. D’ailleurs, il n’y a pas de porte !

Les habitants de cette cité bossent, de loin, en surveillant sur des écrans les robots qui font le taf, puis ils se croisent par l’intermédiaire de leurs avatars, consomment (on les appelle des consotoyens), se promènent dans des décors virtuels, s’alimentent avec des trucs peu ragoûtants (le passage qui décrit la fabrication de la viande est particulièrement appétissant), admirent de faux paysages projetés sur le mur de leur piaule qui est un écran géant, et recommencent le lendemain.

Ils sont ainsi des millions ou des milliards, alignés dans leurs appartements-boîtes. Voilà le titre : boxap. Ils se croient heureux, ne sachant pas qu’ils vivent dans l’illusion. Toute ressemblance avec Le meilleur des mondes d’Huxley est assumée, une allusion directe et très claire se trouve dans le livre.

Et si vous aimez philosopher sur la condition humaine, il y a aussi de quoi faire :

On peut souffrir tous les jours et s’habituer à cette souffrance. Et quand la peur devient la meilleure amie de l’habitude, même si quelqu’un court à sa perte, il continue dans ce qu’il connaît, jusqu’au bout.

Et puis il y a les autres, ceux qui survivent dehors malgré la pollution, dans le « vrai monde », dans des villages. Ils ont de vagues connaissances sur ce qui se passe dans la grande cité, et constatent qu’elle s’étend très vite, très loin, et qu’elle menace leur existence.

Là, ça ne va plus ! Astur, garçon aventureux, parvient à s’introduire dans la cité, réussit à échapper aux robots et se rêve en destructeur de tout ce foutoir… Pendant ce temps, à l’intérieur, la jeune Aïleen vient d’obtenir une promotion. Elle aura chez elle plusieurs murs-écrans et un nouveau boulot : surveiller les éventuelles intrusions. On pige très vite que ces deux-là sont destinés à se croiser.

Ça se lit très bien. Le lecteur est rapidement pris par le rythme du récit. Ce rythme est lent, Amalia Anastasio prend vraiment son temps pour avancer, cependant il se passe sans cesse quelque chose, de sorte qu’on ne s’ennuie pas une seconde. La happy end ne fait aucun doute, toutefois, on se demande bien comment on va en arriver là.

La fin n’en est pas vraiment une. Elle est très ouverte, toutes les questions ne trouvent pas réponse, et pour cause… l’histoire n’est pas finie. Je réserve une place sur mon étagère pour le tome 2.

Ceux qui (comme moi) apprécient la SF et ne dédaignent pas la littérature dite « ado » trouveront leur bonheur dans cette histoire simple, qui incite malgré tout à la réflexion. Certes, notre monde est encore loin d’une telle société caricaturale, toutefois les prémisses sont bien là, et il y a lieu de s’inquiéter. De plus en plus, nos relations passent par les réseaux sociaux, nos échanges, nos « amis » sont virtuels. Restons vigilants…

MP : Anastasio, mon ami (pas virtuel), je compte sur toi pour la suite.