L’art français de la guerre

Ça faisait plusieurs années que ce bouquin me faisait des signes désespérés pour que je le lise, mais il ne me faisait pas du tout envie. Je n’aimais pas le titre, ni le sujet. Finalement, je m’y suis mis, et je ne le regrette pas.

C’est un livre à deux volets en apparence très différents, qui sont entrelacés et se succèdent dans d’assez longs chapitres. D’une part, il y a l’histoire, au début des années 90, du narrateur, qui est un peu perdu, qui divorce et se croit sans avenir. D’autre part, il y a la vie de Victorien Salagnon, dont le narrateur écrit la biographie, et qui est un homme désormais âgé ayant participé à plusieurs guerres.

Salagnon a commencé très tôt dans le maniement des armes puisqu’il était encore adolescent lorsqu’il s’est engagé dans la résistance. À la libération, marqué par les horreurs dont il avait été témoin et auxquelles il avait pris part, il a réalisé qu’il lui était difficile de faire autre chose. Il s’est donc engagé dans l’armée et s’est retrouvé en Indochine, puis en Algérie. Dans chaque situation, il a découvert un aspect de la guerre côté français avec ses faits d’armes, ses bassesses, et ses atrocités toujours plus terribles.

Salagnon est en outre un artiste, il peint à l’encre de remarquables tableaux. Le narrateur lui demande de lui enseigner sa technique, c’est le début du roman et de leur amitié.

Il est très difficile de parler de ce livre. La partie de narration pure est évidemment la plus étendue, et elle n’offre apparemment aucun récit particulièrement palpitant. Pourtant, on ne peut s’en défaire, le lecteur étant très vite happé par l’histoire. Et puis il y a de longs passages de réflexions, de commentaires et de points de vue, et c’est là que le livre devient vraiment passionnant, en prenant par moment des airs d’essai plutôt que de roman.

Ceci n’est que mon jugement, car bien sûr, tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec les avis d’Alexis Jenni. Depuis sa parution, ce livre a suscité de l’enthousiasme, mais aussi de violentes critiques et même de l’hostilité. Comme toute opinion, celle-ci ne fera pas l’unanimité, mais elle permettra d’aborder ces questions sous un angle nouveau et de lancer un débat captivant. De plus, le style de l’auteur est proche de la perfection : riche en vocabulaire, précis dans ses tournures de phrases, recherché, tout en restant clair et accessible. Si je devais lui accorder une note technique, elle serait élevée, malgré quelques longueurs, quelques répétitions et une fin un peu trop pédante à mon goût. À remarquer qu’en plus, il s’agissait du premier roman de cet écrivain, alors professeur de SVT.

Prix Goncourt 2011