Le zèbre

Si vous appréciez les personnages déjantés, atypiques, prêts à tout pour rester fidèles à leurs convictions, vous n’allez pas être déçus. Gaspard Sauvage, surnommé le Zèbre, correspond parfaitement à ce signalement.

Le Zèbre ne redoute qu’une chose dans la vie : que l’amour décline, qu’il sombre dans la routine, que l’ardeur des premiers mois se mue en habitude. De plus, sa femme Camille a été victime d’un accident, et Gaspard a réalisé que ça n’arrive pas qu’aux autres, que sa chère moitié peut lui être enlevée sans préavis par un coup du destin. Alors, après quinze ans de mariage et deux enfants, il entreprend de reconquérir son épouse et de rallumer entre eux la fièvre du début.

Pour corser la situation, et bien qu’exerçant la profession peu folichonne de notaire, Gaspard est un type fantasque, et c’est rien de le dire. Assez fin psychologue, Le Zèbre utilise sa parfaite connaissance des réactions de Camille pour la diriger malicieusement vers le point où il veut la mener. Il emploie pour ce faire un moyen que je ne peux vous révéler, mais qui vaut le détour. À force de persévérer, il parvient à re-susciter en Camille des émois amoureux et un désir physique qui étaient assoupis. Toutefois, l’équilibre est précaire et il manque plusieurs fois d’en faire trop et de provoquer le contraire de ce qu’il vise. Puis survient le drame…

Il est difficile de parler de ce court roman sans en dire trop et gâcher le plaisir de la découverte. Car Alexandre Jardin a prévu des péripéties qu’on ne voit absolument pas venir. De même que Gaspard dirige les sentiments de sa femme, l’auteur dirige les attentes du lecteur pour mieux le surprendre par cette histoire d’amour originale et truffée d’humour. En plus, l’Écriture est alerte, précise, recherchée sans être précieuse. Je me suis vraiment marré, j’ai été sincèrement ému, je me suis parfaitement régalé.