L’étranger

EtrangerAfficheDe son vivant, Albert Camus a systématiquement refusé toute transcription théâtrale ou cinématographique de l’étranger. Pourquoi ? On l’ignore. Peut-être parce qu’il estimait que cet écrit avait la forme d’un roman, et qu’il aurait été dénaturé par un tel traitement. Pourtant, pour des acteurs, cette œuvre fourmille, paraît-il, de détails qui évoquent directement l’art dramatique et les planches. C’est ainsi qu’une adaptation a finalement eu lieu. J’ai eu la chance d’assister hier soir à une de ces représentations, au théâtre l’Escale de Tournefeuille, près de Toulouse, mise en scène par Stéphane Batlle.

Le résultat est une pièce extraordinaire, travaillée jusque dans ses moindres recoins. Laurent Collombert est resté seul en scène pendant une heure et demie, avec seulement deux accessoires : un document relié et une corde de quelques mètres de longueur. Le document représente selon le contexte les notes du narrateur, les dossiers de l’avocat, le registre d’un tribunal. La corde est utilisée pour dessiner par lignes sinueuses des scènes sur le sol… de la scène, ou comme accessoire qui meuble et remplit les mains de l’acteur. Avec ça, des jeux de lumière simples, mais puissants. Des halos sur le personnage, tout le reste dans le noir (solitude exagérée), des carrés de lumière (enfermement dans ces limites), jeux d’ombres, aussi, dans lesquelles l’acteur se dédouble : lui est un personnage, l’ombre gigantesque un autre.

EtrangerSceneJe ne peux pas dire si cette adaptation est fidèle au roman de Camus, car je ne le connais pas assez bien. (C’est loin, l’école !) Mais j’ai passé une excellente soirée à (re)découvrir cette œuvre magistrale. À la fin de la représentation, l’acteur et le metteur en scène ont expliqué quelques points et répondu aux questions du public dans une intervention pleine d’humour, contrastant avec le sérieux et l’ambiance un peu glauque de la pièce.