Foire du livre de Brive 2019

Pour rien au monde je ne raterais, début novembre, la Foire du livre de Brive. J’y ai passé la journée d’hier en compagnie de ma femme. C’est un bain de foule, une bousculade qui dure des heures, qui peut en rebuter certains, mais qui ne me dérange pas. Pour moi, la multitude, c’est la vie.

Comme chaque année, les auteurs étaient là pour présenter leur dernière œuvre, sortie en général à l’occasion de la rentrée littéraire. Cette foire a lieu le week-end qui suit la remise des principaux prix, et cela n’est pas par hasard. Cette année, elle s’est déroulée quelques mois avant les élections municipales, et il y avait encore plus d’individus politiques que d’habitude, de tous les bords. Je ne citerai aucun nom pour ne pas faire une pub dont aucune de ces personnes n’est digne.

Cette manifestation attire aussi beaucoup de figures publiques : télé, ciné, chanson et autres. J’ai eu l’occasion d’apercevoir le célèbre Jammy, de C’est pas sorcier, Fabienne Thibeault, Nelson Monfort, Anny Duperey, Jacques Pradel, Jean-Michel Jarre, Christian Rauth… Je n’ai pas manqué de faire un détour par le stand de Chloé Nabédian, la ravissante demoiselle météo.

Toutefois, le plus important était le monde littéraire, c’est pour lui que j’étais venu, surtout pour croiser les auteurs, car pour ce qui est des livres… j’ai une librairie à 300 mètres de chez moi !

Isabelle Duquesnoy

J’ai fait la connaissance d’Isabelle Duquesnoy, avec qui j’ai échangé plusieurs messages au cours des deux ou trois dernières années, sans l’avoir jamais rencontrée. Je vous reparlerai prochainement de son dernier livre, La redoutable Veuve Mozart, et elle m’a appris qu’une suite de L’Embaumeur allait paraître dans quelques mois.

Michaël Launay

J’ai également échangé quelques mots avec le sympathique Mickaël Launay. Il n’écrit pas de fiction, mais des livres fascinants sur les mathématiques, mettant à la portée de tous l’extraordinaire poésie contenue dans cette discipline où beaucoup ne voient qu’une science aride. Pour preuve, son dernier livre, Le théorème du parapluie. Mickaël s’occupe aussi d’une chaîne YouTube, Micmaths, où il effectue le même magnifique travail de vulgarisation avec humour. Il est dans la vie comme dans ses vidéos : décontracté, souriant, léger.

J’ai discuté avec l’auteur portugais José Rodriguès dos Santos, qui parle très bien notre langue, et qui m’a confié que dans son dernier roman, L’homme de Constantinople, il n’a pas mis en scène Tomás Noronha, le personnage principal de TOUS ses précédents bouquins, que j’ai tous lus.

Jean-Claude Lalumière

Quelle n’a pas été ma surprise d’être abordé par un auteur qui m’a reconnu ! Il s’agit de Jean-Claude Lalumière, qui écrit des livres pleins d’humour avec qui j’avais échangé plusieurs messages il y a neuf ans. Quelle mémoire ! Nous reparlerons bientôt de son dernier livre, Reprise des activités de plein air.

Deux Sylvain ont brillé pendant cette rentrée littéraire. Tesson a eu le Renaudot avec La panthère des neiges et Prudhomme le Femina avec Par les routes. Tous deux étaient présents dans les allées de cette foire.

Victoria Mas

Je tenais à me procurer le livre de Victoria Mas, dont j’ai entendu dire beaucoup de bien. C’est Le bal des folles, dont l’action se passe à la Salpêtrière à Paris, un quartier que j’ai beaucoup fréquenté lors de ma jeunesse parisienne. Plaisir de découvrir une auteure charmante et passionnée par son sujet, avide à l’évidence d’aller à la rencontre des lecteurs.

Après bien des hésitations (car mon budget déjà mis à mal n’est pas extensible à l’infini), je me suis dirigé vers Laurent Binet qui vient d’obtenir le Grand prix du roman de l’Académie française pour son uchronie Civilization, qui est, paraît-il, à la fois captivante, drôle et érudite.

Laurent Binet

Et tous ceux que je n’ai fait que croiser : Franck Bouysse, Sorj Chalandon, Jérôme Loubry, Érik L’Homme, Marc Levy, Jean Teulé, Emmanuelle Favier, Emmanuelle Urien, Sébastien Spitzer, Jim Fergus, Amélie Nothomb, Alexis Michalik, Bernard Werber, Franck Pavloff, Yasmina Khadra, Irène Frain, Aurélie Valogne, Jean D’Aillon, Jean-Guy Soumy, Virginie Grimaldi, Romain Puertolas, Katherine Pancol, Lætitia Colombani, Mazarine Pingeot, Yann Queffélec.

Vivement l’année prochaine que j’y retourne…

Michel Serres 1930–2019

Michel Serres est mort.

J’ai pris ça dans la figure ce matin en consultant une revue de presse sur mon téléphone.

J’ai eu la chance d’assister à une de ses conférences en 2016, au Salon du livre de Paris. Alors âgé de 85 ans, il répondait aux questions du présentateur, développant sa pensée sur notre monde avec de longues phrases teintées d’une intelligence pénétrante et d’un humour fin. Michel Serres reste à mes yeux l’éternel et incorrigible optimiste, celui qui a persisté jusqu’au bout à voir notre monde comme un navire voguant vers un avenir radieux.

Selon lui, l’humanité a connu trois révolutions majeures. D’abord, l’invention de l’Écriture, qui a permis de fixer la connaissance et de la transmettre aux générations suivantes. Ensuite, l’invention de l’imprimerie, qui a permis l’expansion à grande échelle de ce savoir et de le mettre à la portée de toutes les bourses. Enfin, et nous sommes en plein dedans, l’invention d’Internet, qui non seulement a réellement rendu ce savoir accessible à tous, mais qui l’a également rendu instantané. Où que l’on soit ou presque, on a accès en quelques secondes à une masse d’informations inconcevable il y a encore peu de temps.

Michel Serres, c’est aussi ce sourire tranquille et un peu narquois, ces sourcils en bataille, ce regard clair et calme.

Monsieur Serres, vous allez me manquer, même si je continuerai à lire et relire vos livres.

Notre Dame, à Paris

En grand amoureux des livres, j’ai adoré le roman de Victor Hugo, et aussi, bien sûr, le monument.

J’ai eu le cœur fendu par l’incendie de Notre Dame.

J’ai passé à Paris mes années de jeunesse, les meilleures, dit-on, les plus insouciantes, assurément. J’ai passionnément aimé cette ville, et je l’aime encore de tout mon cœur. Notre Dame a été le premier monument parisien que j’ai visité, j’avais dix-neuf ans. Et comme j’ai toujours été attiré par le spiritualisme, j’ai de suite ressenti le passage de ces millions de gens avant moi, dont la ferveur a imprégné les murs. J’ai également toujours été intéressé par l’Histoire, j’ai immédiatement aimé ces murs qui ont vu tant de personnages et d’événements importants.

Notre Dame est comme un être vivant. À ce titre, elle a grandi, elle a évolué, elle vieillit. Elle a eu une flèche, qu’elle a perdue, puis retrouvée, différente. Elle a fait l’objet d’expériences architecturales, elle porte des cicatrices qui rappellent les péripéties de sa longue existence. Comme vous, comme moi.

Le lundi 15 avril 2019, elle a reçu une autre blessure. Est-ce la plus grave ? Peut-être, cependant ce n’est pas certain. Elle a déjà connu le feu, des hommes ont déjà décidé de la détruire, elle a été frappée, bombardée, détestée, accidentée…

Plusieurs jours sont passés depuis le drame, et je me suis apaisé. Notre Dame, si chère à mon cœur, vient de traverser une épreuve importante de son existence. Dans quelques centaines d’années, dans les livres d’Histoire, on parlera de « l’incendie qui a détruit la toiture au début du XXIe siècle ».

Je ne suis plus inquiet, Notre Dame sera restaurée. Pas reconstruite ni rebâtie, comme l’ont dit certains. J’espère que les parties brisées ne seront pas refaites à l’identique, mais, comme cela a été le cas après chaque blessure, avec les moyens de l’époque, afin qu’elle garde cette cicatrice, cette histoire gravée sur elle. Ceux qui souhaitent qu’elle soit semblable à ce qu’elle était jusqu’à cet incendie n’ont rien compris, et ils veulent la figer, la momifier comme si elle n’était pas vivante.

Peu importe, finalement, les techniques mises en œuvre, l’aspect futur de Notre Dame et le délai nécessaire à cette restauration. Ce qui compte, c’est qu’elle continue à vivre longtemps après nous, comme elle a vécu longtemps avant nous.

Ce que je déplore profondément, par contre, c’est l’utilisation indécente qui est faite de cet incident. Notre Dame, comme toutes les cathédrales, a été bâtie par des hommes et pour des hommes. Aujourd’hui, l’Homme est méprisé, abandonné, assassiné. On rejette des réfugiés à la mer, on exploite des peuples entiers, on massacre notre planète, on abuse et on extermine tout, tout, tout… et on se donne bonne conscience en se cotisant pour refaire la toiture et la flèche de Notre Dame. Après avoir laissé détruire tant d’autres merveilles de l’humanité, comme les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, comme la magnifique cité de Palmyre, après avoir laissé s’accomplir le pillage du musée national de Bagdad, et mille autres forfaits impardonnables.

Des commentaires larmoyants envahissent nos écrans, parce que cela arrange ceux qui ont besoin de redorer leur blason, une fois de plus au détriment de ceux qui sont dans la nécessité. J’aime passionnément Notre Dame, je dirai même PARCE QUE je l’aime, j’ai envie de vomir face à cette attitude honteuse.

À venir… événement !

Qui ne connaît, au moins de réputation, le célébrissime roman La horde du contrevent, d’Alain Damasio ? En ce qui me concerne, c’est l’un des livres les plus importants que j’ai lus, un des dix ou douze (sur des milliers) qui ont eu un réel impact sur mon existence. Il est paru en 2004 et depuis, presque rien. Juste quelques nouvelles pour nous rappeler quel extraordinaire tisseur de phrases est cet immense auteur. Un génial créateur de néologismes, tricoteur d’expressions, jongleur de mots qui oblige même parfois la typographie à se plier à sa volonté et aux nécessités de son texte.

J’avais lu une interview de ce grand maître, dans laquelle il avouait être en train de travailler sur un futur roman, qu’il en avait encore pour des années, et que ce serait « son Everest ». Rien que ça !

Eh bien, la bonne nouvelle, c’est qu’il arrive, ce fameux bouquin attendu comme le messie ! Son titre est Les furtifs et sa parution, aux Éditions de La Volte, est prévue pour le 18 avril prochain. Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vous dirai qu’il s’agit d’un récit de SF tout à fait d’actualité, puisque l’histoire se déroule dans un monde où tout est privatisé, même les villes et le droit à se déplacer. Alain Damasio, auteur humaniste engagé, ne trahit donc pas les convictions qu’il a déjà affirmées par ailleurs. Car s’il donne peu d’entretiens, il n’hésite pas à prendre des positions claires en ce qui concerne les problèmes sociaux de notre époque, notamment les injustices.

Comme La horde autrefois, ce livre sera proposé avec un CD de musique originale.

Les Furtifs se déroule dans un futur proche, une vingtaine, une trentaine d’années, pas beaucoup plus. Nous sommes entrés de plain-pied dans la société de la traçabilité maximale : la France que nous connaissons est un pays transformé, dont les villes ont été privatisées. Le groupe télécom Orange s’est ainsi offert la ville du même nom, tandis que Paris appartient à LVMH.

Dans l’angle mort…

Au menu, Big Data et contrôle absolu : bienvenue dans le pays de l’accessibilité, où les riches disposent de droits spécifiques pour arpenter rues, squares et quartiers, quand les pauvres, eux, sont privés de circulation…

Dans cette société quadrillée poussée à son extrême se retrouvent les Furtifs. « Votre angle mort est leur lieu de vie », dit-on. Leur existence est d’ailleurs remise en cause : sont-ils des humains, des animaux — ou même des êtres vivants ? ? Ils semblent capables d’absorber la matière, mais, si l’on parvient à les voir, ils se pétrifient et meurent…

Bien entendu, un tel potentiel ne saurait rester inexploité pour l’homme et l’armée traque ces créatures, ayant formé des équipes de chasseurs avec des spécialités propres. Les liens s’opèrent définitivement entre les thèmes damasiens par excellence et les œuvres passées.

Dans ce groupe, il y a un héros, dont la fille a disparu : a‑t-elle été enlevée par les Furtifs ? ?

2018–2019

Une fois de plus, nous parvenons à l’heure du bilan littéraire annuel. Je n’ai pas commenté beaucoup de livres cette année, vingt-quatre seulement (je n’avais jamais fait aussi peu), mais j’en ai lu une bonne centaine d’autres, parfois très bons, dont je n’ai pas parlé, par manque de temps ou parce que je ne savais comment le faire. (Je ne suis qu’un amateur dans l’art difficile de la critique.) Par exemple, j’ai apprécié La jeune fille à la perle, de Tracy Chevalier, Eux sur la photo, de Hélène Gestern, Venise n’est pas en Italie, d’Ivan Calberac, La religion, de Tim Willocks ou Le fou du roi, de Mahi Binebine. Cette année a été un excellent cru, avec un nombre impressionnant de bouquins magnifiques !

Parmi ceux que j’ai commentés en 2018 (même si certains ont été édités plus tôt), j’ai retenu neuf œuvres particulièrement abouties, que je recommande sans modération. Il s’agit de :

Le livre de Mickaël Launay est particulier, puisqu’il ne s’agit ni d’un roman, ni d’une fiction, ni d’un essai, mais d’un ouvrage qui propose une approche extrêmement ludique des maths à travers leur Histoire. Bien qu’il ne soit pas à proprement parler de la littérature, je le place sans hésiter dans cette liste pour le plaisir qu’il procure au lecteur. J’accorde une mention spéciale à Olivier Bourdeaut et Adeline Dieudonné, dont les bouquins sont vraiment extraordinaires. Quant aux autres nominés… ils représentent des heures de bons moments, des centaines de pages magnifiques, du grand art, de la littérature de très haut niveau. Je n’ai pas fait exprès, mais sur les neuf auteurs cités, huit sont français, tant mieux pour notre belle langue, un peu méprisée par les temps qui courent.

Et l’avenir, l’année qui débutera demain ? Je vous souhaite à toutes et tous pour 2019 de bonnes lectures, puisque c’est le centre d’intérêt principal de ce site, et évidemment je vous souhaite du bonheur, de la réussite et du bien-être dans tous les domaines de votre vie. En bref, je vous souhaite le meilleur. En jaune, bien sûr, c’est très tendance, en ce moment !

Foire du livre de Brive 2018

C’est désormais une habitude, mais ce ne sera jamais une routine : début novembre, je me rends à la Foire du Livre de Brive, dont j’apprécie l’ambiance de passionnés et la disponibilité des auteurs rencontrés. Comme l’an dernier, j’étais accompagné de mon fils aîné Damien.

Adeline Dieudonné

J’aurai pu l’avoir depuis longtemps, car on le trouve absolument partout, toutefois j’ai patienté pendant plusieurs semaines pour acheter en mains propres à la charmante Adeline Dieudonné son roman La vraie vie, qui a été l’un des événements de cette rentrée littéraire, et dont je vous reparlerai prochainement.

Lorànt Deutch

Pour la première fois, j’ai pu approcher Lorànt Deutch, dont le stand est toujours pris d’assaut (heureusement, c’était l’heure du déjeuner), qui publie Romanesque, sur l’histoire de notre langue. C’est un garçon très sympathique, qui n’a pas hésité à me montrer, sur son téléphone, les photos d’une expédition qu’il a faite récemment avec des copains dans les zones interdites au public des catacombes de Paris.

Il faut toujours un peu de patience pour échanger quelques mots avec Clara Dupont-Monod, car elle prend beaucoup de temps pour discuter avec chaque lecteur qui vient vers elle alors, bien sûr, la file s’allonge, mais quel plaisir quand on parvient au bout ! Il y a quatre ans, elle nous avait régalés avec la vie d’Aliénor d’Aquitaine, épouse du roi de France Louis VII, puis, aussi étrange que cela paraisse, épouse du roi d’Angleterre Henri II. Dans son dernier livre, La révolte, elle revient vers cette femme exceptionnelle, nous entretenant de la partie britannique de son existence, narrée par son fils Richard Cœur de Lion.

Clara Dupont-Monod

L’impressionnante carrure de Serge Joncour se repère de loin. Je parlerai dans quelque temps de son nouveau roman Chien-Loup, en attendant je l’ai remercié pour les bons moments de lecture que j’ai passés avec Repose-toi sur moi et L’écrivain national.

Sophie Divry

La ravissante et souriante Sophie Divry ne semble plus, comme la première fois que je l’avais rencontrée, étonnée par son propre succès. Elle est désormais une auteure au talent reconnu, dont le dernier roman, Trois fois la fin du monde, fait beaucoup parler de lui depuis quelques semaines.

J’ai également revu l’Algérien Yasmina Khadra, inquiet des conséquences du terrorisme, inquiet surtout d’entendre cette terrible actualité expliquée par des « experts » qui n’ont manifestement rien compris au vrai problème. Son livre Khalil donne la parole à un terroriste, puisque c’est lui le narrateur. Rappelez-vous les attentats du Bataclan et du Stade de France… La police avait retrouvé dans une poubelle une bombe qui n’avait pas explosé. C’était celle de Khalil.

J’ai fait la rencontre d’un jeune auteur très sympathique et méconnu, Julien Sandrel, dont le roman, La chambre des merveilles, part d’une idée à mon avis passionnante et très originale. J’y reviendrai bientôt.

Serge Joncour

Yasmina Khadra

J’ai également croisé Agnès Ledig, Henri Lœvenbruck, Yann Queffelec, Agnès Martin-Lugand, Amélie Nothomb, Delphine de Vigan, David Diop, Boualem Sansal, Antonin Varenne, Inès Bayard, Mireille Dumas, Alain Mabanckou, Olivia de Lamberterie, Vanessa Schneider, Michel Drucker, Daniel Picouly, Christine Orban, Christine Ockrent, et bien d’autres.

J’oubliais… il y avait aussi un certain François Hollande (grâce à sa présence, les contrôles de sécurité à l’entrée étaient bien plus longs que d’habitude), venu pour son bouquin dans lequel il parle des leçons qu’il a apprises du pouvoir, peut-être un peu trop tard. Au stand voisin, Gilles Legardiner dédicaçait son dernier livre, J’ai encore menti. Mais non, je ne fais pas d’ironie…

Comme chaque année, j’ai dépassé le budget que je m’étais fixé. Le pire cependant, c’est que la prochaine Foire n’aura lieu que dans un an.

2017–2018

Difficile d’y échapper, voici venu le temps des bilans z’et des vœux.

Tout d’abord, mon bilan lecture de 2017. Vous l’avez peut-être remarqué, j’ai parlé sur ces Cahiers de moins de livres que les années précédentes. Je n’en ai présenté que 34, à peu près la moitié de l’an dernier. J’en ai lu pas mal d’autres dont je n’ai rien dit, ceci pour diverses raisons. Tout d’abord, 2017 a été pour moi une période difficile, avec la maladie puis le décès de ma mère, et la « descente » de mon père qui est atteint d’une pathologie dégénérative. J’ai eu moins de temps pour lire, mais aussi l’esprit moins disponible pour apprécier certains bouquins comme ils l’auraient mérité. Ainsi, j’ai lu des œuvres superbes, comme par exemple Underground Railroad de Colson Whitehead, Le Bureau des Jardins et des Étangs, de Didier Decoin ou Repose-toi sur moi, de Serge Joncour, mais je ne m’y suis pas plongé à fond, je n’ai pas pu les déguster autant que je l’aurais souhaité, et j’ai préféré ne rien en dire.

D’autre part, j’ai décidé de ne plus commenter systématiquement TOUS les livres qui me passent entre les mains, comme je l’ai fait par le passé. Parfois, je ne sais pas comment en parler, même si j’ai aimé (je ne suis pas un critique professionnel), alors je préfère ne rien dire que de forcer bêtement.

Bien sûr, ceci ne m’empêche pas d’avoir craqué cette année pour plusieurs livres :

Le vainqueur absolu, mon gros coup de cœur de 2017, c’est Le jour d’avant, de Sorj Chalandon. Ce bouquin m’a marqué, j’ai eu l’occasion d’en parler avec l’auteur et de le remercier. Je m’étonne que ce livre n’ait pas fait davantage parler de lui.

Ensuite, La tresse, de lætitia Colombani et Le garçon, de Marcus Malte, dont la réputation n’est plus à faire, et qui ont été propulsés par les critiques qui ont circulé sur les blogs et les réseaux sociaux.

Pour compléter la liste, Petit pays, la surprenante et passionnante pseudo-autobiographie de Gaël Faye, le troublant, original et magnifique L’embaumeur de la sympathique Isabelle Duquesnoy, et bien sûr je n’oublie pas le prenant, ambigu, subtil, plein de sous-entendus, De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles, de Jean-Michel Guenassia.

On ne s’arrête pas en si bon chemin. Des lectures passionnantes nous attendent pour 2018, année pour laquelle je sous souhaite la tendresse, la compassion, des rires d’enfants, des cris de joie, de l’émotion, la chaleur de l’amitié, la douceur, le charme des écureuils, le don, les regards échangés, les mains qui se joignent, la passion, le partage, l’affection, les caresses, des yeux de nouveau-né, la complicité d’un frère, la grâce d’un chaton, la confiance, le bien-être, la plénitude, l’euphorie, la liesse, le baiser, les corps qui s’étreignent, les sourires, la vie, la chance, l’arc-en-ciel, l’humour, la protection, la présence, l’assurance, le conseil, la main tendue, la gaieté, les délices, la délicatesse, les retrouvailles, des envies, des espoirs, du futur, la certitude, le désir, la soif étanchée, la beauté gratuite et tout l’amour de la vie.

J’ai oublié quelque chose ?

Jean d’Ormesson 1925–2017

Désormais, tout est noir, il n’y a plus d’espoir. Les amoureux de la langue française, aux quatre coins de l’hexagone, sont tristes : Jean d’Ormesson est mort, dans la poussière et les bras en croix.

J’ai un problème, c’est que je ne l’appréciais pas spécialement. Je ne reconnais pas du tout en Jean d’Ormesson le grand écrivain qu’on nous décrit à grand renfort de larmes depuis l’annonce de son décès. Certains, pour cela, voudront refermer sur moi les portes du pénitencier en espérant que je n’en sorte plus, et que plus jamais on ne revoit ma gueule. Qu’est-ce qu’elle a, ma gueule ?

La première fois que j’ai lu un bouquin de lui, j’en suis resté sur le cul. Comment pouvait-on parler autant et aussi bien de si peu de choses ? J’en ai lu un second… et j’ai eu l’impression de recommencer le même. J’en ai essayé un troisième, avec toujours la même impression. Sans doute venait-il de passer dix ans de chaîne sans voir le jour, à ressasser sans cesse des propos identiques. Peu de choses, disais-je. Il n’avait apparemment pas davantage à raconter. Je n’en croyais pas mes yeux, ma vue pourtant convenablement corrigée par un célèbre opticien que je ne citerai pas ici.

Certes, M. d’Ormesson savait manier la plume. Oui, c’était un grand protecteur de la langue française, qu’il a défendue notamment lorsque des inepties telles que la réforme de l’orthographe ou l’écriture inclusive eurent allumé le feu de son ire. Son style était sans doute impeccable, lisse et sans la moindre aspérité, mais aussi sans éclat ni imagination. C’est vrai, il avait un certain humour. Mais à rabâcher encore et encore les mêmes histoires, même excellentes, on finit par lasser. Je n’ai rien pu faire pour retenir la nuit et l’ennui qui s’emparaient de moi à la lecture de sa prose.

J’apprécie pourtant en lui l’intérêt qu’il portait à notre langue. Pour moi aussi, toute la musique que j’aime vient de là, de la poésie et des mots.

J’ai la sensation que depuis pas mal d’années, Jean d’Ormesson publie chaque année son « dernier livre », dans lequel il répète inlassablement la même pseudo-autobiographie qu’on pourrait résumer par « Quand j’étais jeune, je me demandais ce que je ferai plus tard. Je n’ai toujours pas trouvé la réponse, mais la vie est belle. » Elle devait en effet être plutôt cool, pour lui qui était né avec une cuillère en argent dans la bouche et qui n’a jamais eu besoin de trop s’user les ongles pour la gagner.

Il a fini de chuter dans mon estime au Salon du livre de Paris 2016. J’ai fait la queue pour lui faire dédicacer un ouvrage pour ma mère, en lui précisant que c’était pour son anniversaire, afin qu’il se casse d’un petit mot dans ce sens. (Ma mère était une de ses ferventes admiratrices.) Il ne m’a pas regardé. Il a pris le bouquin, a griffonné un truc en forme de rature, et a tendu la main vers le suivant de la file pour lui infliger le même traitement.

En vous, M. d’Ormesson, comme en chacun de nous, amoureux des livres, il y a quelque chose de l’Académie, de ces gens qu’on surnomme des immortels. Assurément, vous auriez pu être un immortel pendant au moins une semaine, le temps que les médias se repaissent et se lassent de votre trépas. Hélas, le hasard a voulu qu’une autre vedette bien française rende l’âme quelques heures après vous. Et j’ai bien peur, M. d’Ormesson (pardonnez-moi d’être un peu rock’n roll), que question immortalité et immoralité, vous ne fassiez pas le poids. Toutefois, rassurez-vous et partez l’âme sereine, les Françaises et les Français survivront à votre sortie de scène définitive. Après tout, ils ont bien réussi à survivre (bien qu’avec difficultés il est vrai), à la mort de Cloclo…

Ah que coucou !

Jean Anglade 1915–2017

Jean Anglade nous a quitté à 102 ans. Il était un auteur très prolifique, avec une centaine de livres à son actif. Des romans, essentiellement (le premier publié en 52), mais aussi des essais, des biographies, de l’Histoire, etc.

Très attaché à son Auvergne natale, il n’a cessé de la chanter et de la peindre dans ses bouquins avec une tendresse et une sensibilités immenses. Les personnages qu’il a créés sont décrits avec une foule de détails qui les rend extrêmement vivants et crédibles, les racontant souvent depuis leur enfance jusqu’à leur vieillesse, en faisant pour le lecteur des compagnons qu’il n’oubliera pas.

J’ai brièvement croisé sa route il y a quelques années, il n’avait que 98 ans. Son dernier roman a été publié le jour de ses 100 ans, mais selon certains bruits, une œuvre posthume attendrait chez un éditeur.

Le livre est le meilleur remède contre l’ignorance, la bêtise, le racisme, l’ennui, la solitude, le chagrin.

Foire du livre de Brive 2017

François-Henri Désérable

Comme d’habitude, je n’ai pas raté la Foire du Livre de Brive !

Cette fois, c’est avec mon fils Damien que j’y suis allé. (Il est sur la photo ci-dessus !)

L’événement ayant lieu le week-end qui suit la remise des principaux prix littéraires, plusieurs lauréats étaient présents. Éric Vuillard (Goncourt), Olivier Guez (Renaudot), Philippe Jaenada (Femina)…

J’ai commencé ma visite en allant remercier Jean-Michel Guenassia pour son dernier roman, et j’ai eu l’immense surprise (et fierté) d’apprendre qu’il lit et apprécie mes minifictions ! J’ai également félicité François-Henri Désérable dont le dernier livre est passé à travers tous les grands prix, n’en obtenant aucun alors qu’il était nominé dans tous.

Fouad Laroui

J’ai eu une intéressante conversation avec Fouad Laroui. L’an passé, à cette même foire, j’avais acheté son bouquin Ce vain combat que tu livres au monde, qui m’avait aidé à mieux comprendre le phénomène et les causes de la radicalisation des islamistes.

Je tenais à échanger quelques mots avec Sorj Chalandon à propos de Le jour d’avant, dont j’ai déjà parlé ici, et qui a été pour moi un énorme coup de cœur. C’est un homme très chaleureux, un véritable humaniste, qui communique une forte émotion, et pas seulement dans ses œuvres.

Sorg Chalandon

J’ai évidemment acheté plusieurs livres. (Comme chaque fois, j’ai largement dépassé mon budget !) Celui de Véronique Olmi (Bakhita), d’Emmanuelle Favier (Le courage qu’il faut aux rivières), sont désormais en file d’attente dans ma bibliothèque, mais je me suis également laissé tenté par des auteurs que je ne connaissais pas du tout. J’ai ainsi craqué pour La promesse, de Jean-Guy Soumy, Le fou du roi, de Mahi Binebine, et Un dissident, premier roman d’un tout jeune auteur, François-Régis De Guenyveau, avec qui j’ai eu un passionnant échange sur l’avenir de l’Homme, sujet de son bouquin.

Véronique Olmi

Bilan de cette super journée : des jambes en compote, beaucoup de fatigue, un porte-monnaie vide, des étoiles plein les yeux, encore davantage de livres à dévorer, et une furieuse impatience à revenir, qui va devoir être gérée jusqu’à l’an prochain.