Félix et la source invisible

La sortie d’un livre d’Éric-Emmanuel Schmitt est toujours un petit événement, mais s’il s’agit en plus d’un nouvel opus (le 8e, en l’occurrence) du cycle de l’invisible, l’événement devient jour de fête !

Dans chacun de ces brefs romans, l’auteur met en avant une religion, ou une mystique, ou un ensemble de croyances, quelque chose « d’invisible » en quoi certains ont tout de même foi. Le personnage principal est généralement un enfant, comme c’est le cas ici.

Cette fois, c’est l’animisme qui est à l’honneur. Félix, douze ans, est d’origine sénégalaise, toutefois il n’a jamais mis les pieds en Afrique. Il a toujours vécu à Belleville, à Paris, où sa mère, Fatou, tient un bistrot nommé Au boulot, ce qui permet aux clients de téléphoner à leurs épouses en leur affirmant qu’ils sont au boulot. Il y a quelques piliers de bar, des habitués de longue date comme madame Simone, qui est en réalité un homme, monsieur Robert Larousse, qui apprend par cœur le dictionnaire, mademoiselle Tran, monsieur Sophronidès…

Le père de Félix est un Antillais répondant au nom de Félicien Saint-Esprit. Il a donc été conçu par l’opération du Saint-Esprit, lequel a été immédiatement dégagé par Fatou qui préférait rester seule.

Fatou est une femme extraordinairement vivante et communicative, toujours à l’écoute des autres. Pourtant, un incident va se produire, qui va la plonger dans un état de dépression profond. Elle ne va plus prononcer un mot, se contentant de récurer à l’eau de javel le moindre centimètre carré du bar.

Comment la sortir de cet état ? Comment a‑t-elle pu tomber dans un tel gouffre ? Qu’est-ce que cela a éveillé en elle ? Félix fait appel à l’oncle Bamba…

Ce petit livre est l’histoire d’un retour aux sources. Chacun de nous a ses origines, comme des fondations qui lui sont propres, et il ne faut jamais cesser de les entretenir, sous peine de voir l’édifice s’effondrer. Félix va devoir trouver le moyen de remettre sa mère dans les rails de sa vie. Pour ce faire, il va devoir remonter à ses origines à lui, qu’il ne connaît pas, dont il ignore même absolument tout, et que Fatou lui a cachées pour des raisons qu’on ne découvre qu’à la fin.

Il y a beaucoup d’humour dans ce récit, et aussi beaucoup de sensibilité. Ce n’est pas le plus réussi du cycle de l’invisible, cependant il se lit avec plaisir.

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