Briser la glace

On imagine volontiers un écrivain-voyageur en grand mec baraqué, bronzé par de nombreux soleils, des cicatrices mal dissimulées évoquant de multiples (més)aventures, le regard pointé au-delà de l’horizon, et la gouaille sans cesse prête à se manifester.

J’ai eu l’occasion d’échanger quelques mots avec Julien Blanc-Gras, et je vous assure qu’il n’a rien à voir avec ce portrait caricatural. C’est un gars avenant, un peu timide, qui avait l’air étonné de mon intérêt pour ses livres. J’avais du mal à me le représenter dans des favelas brésiliennes, dans des contrées déchirées par des conflits ou arpentant la taïga, les souks ou des pistes à peine tracées.

C’est pourtant ce qu’il est, un de ces mythiques et infatigables baroudeurs toujours entre deux avions, mais qui se donnent la peine de raconter ce qu’ils ont vu à ceux qui n’ont pas la chance (ou le courage) de partir à leur tour. En plus, celui-ci le fait avec humour.

Cette fois, l’auteur nous entraîne au Nord, au Groenland. Il y fait froid, jusqu’à ‑25 ou ‑30 degrés, cependant il s’agit sans nul doute d’une région qui reste en grande partie inexplorée, qui garde ses secrets et sa magie, et qui est d’une beauté extraordinaire. Le lecteur est invité à prendre place à bord d’un petit voilier de quinze mètres, l’Atka, pour une croisière où il va devoir se faufiler entre des icebergs, de glacier en village inuit.

Il y a des dangers, le froid, les nécessités de l’expédition, des attentes, car tout voyage comporte ses temps morts et sa part d’ennui ; ce sont les respirations de l’aventure, et des paysages d’une beauté à couper le souffle, que l’auteur ne se donne même pas la peine d’essayer de décrire, car ce serait utopique, tant il n’y a ni mot pour le faire, ni comparaison possible avec ce que nous pourrions connaître d’approchant.

Je l’ai dit, cet écrivain a énormément d’humour (Aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne suis pas le premier voyageur à visiter le Groenland.), ce qui ne l’empêche nullement de discourir avec lucidité sur le réchauffement climatique et sur la déchéance et la disparition annoncée des cultures inuites.

Si, comme moi, vous brûlez (c’est une façon de parler) d’envie de voir la banquise de vos propres yeux, ce bouquin ne pourra qu’attiser (même remarque) encore plus ce désir. Et si vous préférez viser des contrées plus chaudes, il vous permettra d’approcher une illusion de Grand Nord depuis votre fauteuil au coin du feu. Mais dans tous les cas, cette lecture ne vous laissera pas de glace.

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