Les enfants de la Terre

Parler de cette série de romans est très difficile. D’abord à cause de la longueur de l’œuvre. Comment détacher ce qui est important, sans rien oublier, mais sans faire trop long non plus ? Ensuite, parce que c’est à la fois génial et plein de défauts.

enfantsterreL’ensemble est constitué de six bouquins :

  1. Le clan de l’ours de caverne
  2. La vallée des chevaux
  3. Les chasseurs de mammouths
  4. Le grand voyage
  5. Les refuges de pierres
  6. Le pays des grottes sacrées

En édition de poche, ça fait un total de plus de 5300 pages.

L’histoire se passe à la lointaine époque du paléolithique, il y a 25 à 30 ?000 ans. Les néandertaliens n’ont pas encore disparu, cependant ils n’ont aucun avenir, ils déclinent lentement mais sûrement. Les Cro-Magnon sont tout au début de leur histoire, qui est aussi la nôtre, puisqu’ils sont les ancêtres directs des homos sapiens, autrement dit l’homme moderne, c’est-à-dire vous et moi, même si vous êtes une femme. Ces romans sont le fruit d’un travail gigantesque de l’auteure, Jean M. Auel, qui nous transporte littéralement à l’époque des cavernes. Toutefois, elle a pris quelques libertés avec la chronologie, en rassemblant à une même époque des découvertes et des progrès qui ont été réalisés à des périodes parfois très éloignées les unes des autres.

L’œuvre a été applaudie par la quasi-unanimité de la communauté scientifique, ce qui est rarissime pour une fiction qui reconstitue un pan de l’Histoire de l’humanité. D’ailleurs, les relations que l’auteure s’est faites parmi les spécialistes lui ont ouvert des portes, et lui ont permis de visiter certains sites normalement inaccessibles au public, et qui apparaissent dans le texte, à mesure que les tomes se suivaient.

Le récit commence non loin des rives de l’actuelle mer Noire, dans ce qui sera un jour l’Ukraine. À la suite d’un tremblement de terre, la petite Cro-Magnon Ayla, cinq ans, est la seule survivante de sa tribu. Elle erre pendant plusieurs jours sans manger, échappe par miracle à un lion des cavernes et se retrouve blessée et mourante. Elle est alors recueillie par la guérisseuse d’un clan de Néandertaliens. Bien qu’étrangère, elle est plus ou moins acceptée et grandit avec eux.

Toutefois, elle n’est pas comme eux. Son cerveau n’est pas construit comme celui de ses sauveteurs. Les intelligences de ces deux races sont complètement différentes, ainsi que leurs mémoires. En particulier, les Néandertaliens sont incapables de faire face à une chose nouvelle, et donc de s’adapter, c’est ce qui a causé leur perte. Ayla s’efforce de vivre selon leurs règles, mais ne peut s’empêcher de les transgresser. Au terme du premier tome (le plus passionnant de la série), qui retrace sa difficile jeunesse, elle est bannie du Clan, et part à la recherche de ses semblables, les Cro-Magnon.

Elle les trouve, et rencontre le beau Jondalar. Avec lui, en pleine période glaciaire (il y a un glacier qui descend jusqu’aux Alpes en hiver) elle traverse la moitié de notre Europe et parvient dans le sud-ouest de la France, dans le Périgord, où l’on trouve de très nombreux témoignages de cette époque, comme les grottes de Lascaux, de Font-de-Gaume et Rouffignac. Au cours de son odyssée, Ayla rencontre d’autres peuples, découvre une façon de faire du feu avec des pierres, apprivoise des chevaux et un loup, invente l’aiguille à coudre, les points de suture, a des enfants, devient une guérisseuse expérimentée, etc. En plus, elle est belle, sensible, excellente chasseresse, bonne mère, épouse attentionnée, amante experte, toubib de choc, intelligente, courageuse, imaginative… C’est Super-Ayla, qui incarne avec succès la femme idéale. Dommage qu’elle soit notre grand-mère d’il y a 10 ?000 générations, parce que si je la rencontrais… je m’égare, pardon. Question : est-il possible qu’un lecteur (trice) tombe amoureux (reuse) d’un personnage de roman ? Je relève les copies dans deux heures.

Par-dessus flotte un mystère qui peut nous sembler risible, mais qui a vraiment dû se poser à un certain moment : d’où viennent les enfants ? Les femmes les portent et les mettent au monde, c’est une évidence. Mais comment sont-ils arrivés dans leur ventre ? Est-ce la Grande Terre Mère qui les a placés là en utilisant le corps de la femme et l’esprit d’un homme ? À bien y réfléchir, le lien entre l’acte sexuel et l’enfant qui naît bien plus tard ne coule pas de source, même s’il semble évident, à notre époque. Ayla, en observant les ressemblances et les métissages, soupçonne quelque chose. Et si c’était l’homme qui « mettait en route » les bébés avec sa semence ? Eh oui ! elle invente aussi l’obstétrique. Quand je vous le disais, que c’est Super-Ayla ! La seule chose qu’elle ne sait pas faire, c’est chanter. Cependant, même au paléolithique, on pouvait vivre sans cette compétence.

J’ai prévenu qu’il y avait des défauts dans cette œuvre. Tout d’abord, les longueurs. Heureusement, il y a en permanence plusieurs intrigues parallèles, ce qui voile le piétinement de certaines d’entre elles. Par exemple, la romance entre Ayla et Jondalar. Ces deux-là sont faits l’un pour l’autre, le lecteur s’en rend vite compte. Cela n’empêche pas les deux intéressés de douter. « Il est trop bien pour moi », se dit-elle, et elle s’éloigne. « Elle me trouve quelconque, c’est pour ça qu’elle prend de la distance », pense-t-il immédiatement. Il faut attendre de nombreux chapitres pour qu’ils tombent enfin dans les bras l’un de l’autre et « concluent » en beauté. Seulement, dans le tome suivant, Ayla est draguée par un autre mec, et ça recommence ! « Elle le préfère à moi, je dois la laisser libre si je l’aime vraiment », se dit-il. « Il ne m’aime plus, voilà pourquoi il se détourne », conclut-elle. Et ça dure, ça dure… En prime, ils en remettent une couche tout à la fin de la saga, après quelques années de vie commune. Pour une femme qui est censée être une experte en langage corporel, c’est un peu lourd, au bout d’un moment. S’il y a une chose qui m’a gavé dans cette œuvre, c’est bien le cache-cache stupide entre ces deux-là, un air des Feux de l’amour à la sauce paléolithique, en aussi bébête.

Autre défaut, les répétitions. Certaines explications et descriptions nécessitent d’entrer dans les détails, c’est sûr. Et dans une histoire d’une telle longueur, il n’est pas inutile de rappeler un épisode qui s’est déroulé 1000 pages auparavant lorsqu’un rebondissement survient. Mais à la dixième fois en un seul tome, ça fait un peu rengaine ! Idem pour les lamentations de la jeune femme à propos de son enfance difficile, de ceux qu’elle a laissés derrière elle, etc.

Mais alors, pourquoi ai-je dit que c’est génial ?

Parce que ça l’est. Oui, certains passages sont perfectibles. Oui, certains autres ont un air de réchauffé. Oui, certaines descriptions sont trop longues. Mais on ne s’ennuie jamais. Vraiment jamais. Même avec du déjà vu, même après tout un chapitre sur un sujet précis, même avec les tourtereaux qui se cherchent sans se trouver, on en redemande. Le lecteur est pris à la première page, et à la 5000e, il est toujours haletant. Par quelle magie ? Je l’ignore, mais ce n’est pas là la moindre des qualités d’Ayla : elle sait captiver ceux qui la suivent. Une de mes amies, qui n’aime pas lire, est tombée dans cette série et l’a dévorée de bout en bout. (Salut, Sophie.) Pourquoi ? Parce que c’est génial, je vous dis !

L’ensemble est un magnifique mélange de thèmes divers et souvent très modernes. Il y a le côté « documentaire », comment vivaient nos ancêtres, ce qu’ils mangeaient et comment ils chassaient. En plus, il y a des spéculations passionnantes sur leurs croyances, sur les relations sociales, sur leur vision du monde. Tous les genres humains y passent : il y a des racistes, des envieux, des généreux, des jaloux, de bons chefs, des arrivistes, des tendres, des délinquants, des psychopathes, de bonnes mères, des pères indignes, de jeunes fous… Comme chez nous, à notre époque. Le parallèle permet de méditer sur notre propre monde.

Je ne crois pas que l’intention de l’auteure ait été de faire un « livre instructif », rapportant comment on vivait à cette lointaine époque paléolithique. Elle plante une société d’êtres humains, elle les regarde évoluer, nous raconte ce qui se passe et nous laisse réfléchir sur ce que ces gens font, en bien ou en mal.

En guise de conclusion, je vais vous faire une confidence. Lorsque j’ai achevé ma lecture, lorsque j’ai tourné la dernière page pour vérifier qu’il n’y en avait plus d’autres, je me suis senti très triste, parce que c’était terminé, parce que je ne suivrai plus Ayla dans sa découverte du monde, parce que je ne tremblerai plus pour elle, parce que je ne vibrerai plus avec elle, parce que même si je relis cette œuvre magistrale, ce ne sera plus jamais la même chose. Et cette tristesse que le lecteur ressent parfois au terme d’un livre est une vraie preuve que c’était du bon, et même du très bon. Si vous ne l’avez pas encore fait, laissez-vous entraîner et suivez Ayla vers son extraordinaire destin…

6 réflexions sur « Les enfants de la Terre »

  1. Perso, je n’ai pas aimé le côté “feux de l’amour” et les scènes de sexe un peu trop érotique et détaillés, mais à part cet aspect je suis tout à fait d’accord avec toi.
    J’aime aussi la préface du livre qui dit que : depuis son écriture les connaissances sur le sujet ont évolué, ne prenez donc pas tout cela au pied de la lettre (enfin quelque chose dans le genre).
    Je me suis arrêté au milieu d’un tomme (le 3 je crois), quand elle est avec un autre homme, parce qu’encore les feux de l’amour version porno, ça m’a saoulé. J’ai toujours gardé en tête l’idée de finir la saga un jour (comme quoi, c’est du très bon quand même)

    • Les côté porno ne m’a pas dérangé. Ça fait partie des nombreuses répétitions qu’il faut subir, j’ai fait avec. Toutefois, c’est vrai qu’on ne nous cache rien dans ce domaine.
      Pour tout t’avouer, j’ai déjà attaqué la lecture de cette série il y a une douzaine d’années. J’ai dévoré le 1e tome, je me suis rué sur le second, où les “feux de l’amour” m’ont un peu gavé, et j’ai poursuivi avec le 3e, pensant que ce mauvais côté était derrière. Quand j’ai vu qu’il n’en était rien, j’ai renoncé et arrêté là ma lecture. Et puis, comme le sujet m’intéresse beaucoup, j’ai décidé d’y revenir, mais j’ai longtemps reporté le pas décisif, étant occupé par d’autres bouquins. Et puis, cet été, je me suis lancé. J’ai redécouvert les 3 premiers, dont beaucoup de choses m’avaient échappées, puis j’ai continué, et je ne le regrette pas.
      C’est et ça restera une de mes séries préférées, que je relirai un jour, c’est sûr.

      • Un jour je la relirais, c’est quelque chose qui me reste aussi. Ayant “grandit” (j’avais 20 ans tout juste à ma première lecture), peut-être ces passages ne m’embêteront plus autant, ou alors je ferai comme mon père quand il a lu la saga, je les “sauterais” (jeu de mot pourri inside)

        • Je n’ai pas “sauté” les passages un peu lourds, répétitifs ou “chauds”. Dans une œuvre aussi vaste, ils ne représentent tout de même qu’un faible pourcentage.
          Ce qui m’a laissé pensif en lisant les (nombreuses) scènes torrides, c’est que je me suis demandé si vraiment, à cette époque, on pratiquait la bagatelle de façon aussi moderne. Car ils font comme nous, jusque dans les moindres fioritures des préliminaires. Et puis, j’ai pensé que dans ce domaine, tout avait sans doute été inventé depuis longtemps. Il n’existe évidemment pas de témoignages aussi anciens, mais il y en a qui remonte au Moyen-Âge, il y a aussi les fameux bas-reliefs des temples en Inde et Birmanie… Décidément, non, nous n’avons rien inventé de nouveau dans ce domaine depuis très longtemps. 😉

  2. Cette série m’a été offerte donc obligée par politesse de la lire. J’ai subi le premier tome avec courage, mais il m’en aurait fallu trop pour entamer les suivants. J’ai éludé habilement toutes les questions , j’espère, pour ne pas vexer mon généreux donateur, mais pour moi c’est un série indigeste.

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