Le choix d’Auguste

choixaugusteQui est le Soldat inconnu, qui gît sous l’Arc de Triomphe de Paris ?

Ben… on n’en sait rien, puisqu’il est inconnu, me répondrez-vous avec raison.

Oui, mais… il a vraiment existé. Il est né à la fin du XIXe siècle, il était français, soldat au cours de la Première Guerre mondiale où il a trouvé la mort, ainsi que de très (trop) nombreux autres jeunes gens, dans des conditions extrêmement difficiles.

En 1920, les corps de huit soldats qu’il a été impossible d’identifier (mais assurément français), venus des huit régions dans lesquelles les pires combats avaient eu lieu, ont été amenés à la citadelle de Verdun, puis soigneusement « mélangés » à plusieurs reprises afin de ne même pas connaître leur provenance. Le 10 novembre de cette année, André Maginot, alors ministre des Pensions, a chargé Auguste Thin (d’où le titre du livre), un des jeunes bidasses de la garde, d’en désigner un. C’est celui-ci qui est devenu le célèbre Soldat inconnu, inhumé depuis sous l’Arc de Triomphe de Paris.

Ça, c’est l’Histoire avec un grand H.

Pour un romancier comme Jean Anglade, c’est insuffisant.

Alors, il nous raconte l’histoire (avec un petit h) et la vie de Jean-Marie Coustille, instituteur auvergnat, fils d’apiculteur, qui a été un gamin ordinaire, un jeune homme comme tant d’autres, puis un adulte pacifiste, idéaliste et néanmoins patriote, qui s’est retrouvé bien malgré lui expédié sur le front de la Grande Guerre. Il a connu les tranchées, Verdun, la Somme, la capture, une blessure, etc. Et bien sûr, il a été tué… et choisi par Auguste.

Dans ce roman prenant, très bien écrit, parfaitement documenté, qui fleure bon le terroir et la France d’antan, l’auteur invente une biographie au plus célèbre de nos anonymes. Certes, certains passages sont « gentils », notamment les descriptions des combats livrés sur le front. On est loin de l’horreur relatée par ceux qui ont vraiment participé à ces atrocités. Mais qu’importe ? Le style est parfait, le lecteur est rapidement saisi par le rythme lent et le plaisir de suivre un récit passionnant. (Bien que l’épilogue soit un peu trop mélo à mon goût.) À la fin, on se prend à espérer que le vrai Soldat inconnu a été un type aussi sympathique que Jean-Marie.

C’est souvent lui-même qui raconte, en s’adressant à sa lointaine mère. Même après sa mort, il continue à lui parler et à narrer ce qui lui arrive. C’est un peu tiré par les cheveux, mais ça se digère bien quand même.

Ce qui est sûr, c’est que moi, qui suis à de nombreuses reprises passé par la place de l’Étoile sans la moindre attention pour le poilu qui gît sous la dalle, j’aurai une pensée pour lui la prochaine fois, à travers l’image de ce personnage de roman qui lui rend si bien hommage.

Petite précision à propos de Jean Anglade, que j’ai eu l’occasion de croiser dans une foire du livre : il a publié ce roman à l’âge de 97 ans, et plusieurs autres depuis, selon son rythme habituel d’au moins un bouquin par année. Je lui souhaite de continuer à écrire pendant encore longtemps. Après tout, il n’a que 101 ans.

1 réflexion sur « Le choix d’Auguste »

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