Le livre des Baltimore

LivreBaltimoreDire que Joël Dicker sait mener une intrigue et ménager le suspense est un euphémisme. L’histoire se passe à cinq ou six époques différentes, étalées sur vingt-trois années. Le récit saute donc joyeusement d’une date à l’autre, en avant, en arrière, ça s’en va et ça revient… Pourtant, grâce à la maîtrise de l’auteur, le lecteur ne perd JAMAIS le fil. Bien que la narration ne suive pas la chronologie, les rebondissements sont présentés dans un ordre savamment étudié pour servir le récit et tenir en haleine celle ou celui qui le lit. Tout est fait pour entretenir la tension. Beaucoup de chapitres se terminent par une phrase telle que : Comment aurais-je pu imaginer ce qui allait lui arriver ? Dès les premiers mots du livre, le ton est donné :

Demain mon cousin Woody entrera en prison. Il y passera les cinq prochaines années de sa vie.

L’auteur reprend le personnage de l’écrivain Markus Goldman. Il ne s’agit pas cette fois de meurtre, mais d’une longue histoire de famille, peine de rebondissements. Car comme dans (presque) toutes les familles, il y a des tabous, des non-dits, des secrets…

Chez les Goldman, il y a deux frères. Nathan, le père de Markus, et Saul. Nathan est allé vivre à Montclair. Pour simplifier, on appelle cette branche de la famille « les Montclair ». Saul et les siens sont partis à Baltimore, et sont devenus « les Baltimore ». L’oncle Saul est désormais un avocat très célèbre, il a épousé une belle femme, sa famille vit dans l’opulence, car il a accumulé une fortune conséquente. Les Montclair sont beaucoup plus modestes. Gamin, Markus attend impatiemment les vacances pour filer à Baltimore retrouver ses cousins Hillel et Woody. Ils sont inséparables. Les années s’écoulent, les enfants grandissent et deviennent adolescents. À leur trio s’ajoute Alexandra. Elle est très belle, et ils tombent tous amoureux d’elle. Les trois garçons passent un pacte : aucun d’eux ne doit conquérir la jeune fille. L’un d’eux le fera malgré tout…

Des années plus tard, une fois adulte, Markus retrouve par hasard Alexandra, désormais chanteuse célèbre. Les souvenirs reviennent, et Markus découvre comment son oncle est devenu si riche, grâce à qui, dans quelles circonstances, et pourquoi cet homme extraordinaire et avocat redouté a fini sa vie comme petit employé de supérette…

Bien que l’action se passe aux États-Unis, il est facile de transposer certaines réflexions à n’importe quelle contrée. En fait, le lieu et le décor n’ont guère d’importance. Avec quelques menus aménagements, une remarque comme celle-ci pourrait s’appliquer à la France, à la Suisse (pays natal de l’auteur), ou à n’importe quelle patrie « civilisée » :

Il y a eu une époque où les vedettes de l’Amérique étaient des cosmonautes et des scientifiques. Aujourd’hui, nos vedettes sont des gens qui ne font rien et passent leur temps à se photographier, eux-mêmes ou leur assiette.

Ce bouquin appartient à cette catégorie de romans dont l’objectif est simplement de construire un suspense et de tenir le lecteur en haleine. Il n’y a ni morale, ni question existentielle, ni réponse philosophique, seulement un étalage de la dextérité de l’auteur. Quel plaisir d’admirer ces tours de force, d’applaudir à la fin, et de passer à autre chose ! J’ai toutefois noté cette remarque pleine de bon sens :

Pourquoi j’écris ? Parce que les livres sont plus forts que la vie. Ils en sont la plus belle des revanches. Ils sont les témoins de l’inviolable muraille de notre esprit, de l’imprenable forteresse de notre mémoire.

1 réflexion sur « Le livre des Baltimore »

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