La dernière nuit du Raïs

DernièreNuitRaïsLe Raïs, c’est Mouammar Kadhafi, tyran et dictateur libyen pour certains, guide et libérateur pour d’autres, reçu par les grands de ce monde avant d’être traîné dans la boue par les mêmes lorsque le vent a tourné. Né dans une tribu de Bédouins, charismatique, froid jusqu’à la cruauté, il a indubitablement marqué l’Histoire de son empreinte, puis a été lynché par son propre peuple le 20 octobre 2011.

Yasmina Khadra retrace dans ce bouquin, de manière romancée, les dernières heures de cet homme d’exception.

Je ne me suis jamais beaucoup intéressé au personnage de Kadhafi. Si j’ai acheté ce livre sans hésiter, c’est à cause de l’auteur, qui est un de mes préférés. Quand un écrivain de cette envergure se lance dans une tâche de cette ampleur, cela vaut la peine de s’y pencher.

Toutefois, j’ai été désarçonné dès les premières pages. Alors que, quand je lis, je garde toujours présent à l’esprit l’auteur et son éloquence propre, que l’on retrouve dans toutes les phrases, j’ai dans ce cas très vite oublié qui était derrière la plume pour ne retenir que Kadhafi.

Car on a vraiment l’impression que c’est lui qui s’exprime dans ces pages.

Bien sûr, l’écriture est bien celle de Khadra. Bien sûr, le style est fluide. Bien sûr, les mots sont choisis avec soin. Mais c’est bien Kadhafi qui raconte, qui SE raconte (la narration est à la première personne), et qui fait face à la rébellion qui va l’abattre.

Il n’y a aucun jugement ni aucune condamnation dans le bouquin. Évidemment, Kadhafi tente par moments de justifier ses actes et ses décisions, mais visiblement, il ne regrette rien. Ni les meurtres, ni les viols, ni les souffrances infligées, ni les injustices commises en son nom et sous ses ordres.

Il reste jusqu’à l’ultime minute persuadé d’avoir été une lumière guidant son peuple et sa patrie hors du chaos, vers plus d’égalité et de progrès.

Il y a deux sortes de peuples. Le peuple qui fonctionne avec sa tête et le peuple qui marche à la trique.

On peut regretter que dans le bilan que le dictateur dresse de ses années au pouvoir, il soit fait très peu de place à son action et son influence sur le plan international. Cela se justifie par le fait que tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour les Libyens, même lorsqu’il était loin de son pays. (Du moins le prétend-il.)

L’homme qui se présente aux yeux du lecteur est fantasque, ne supportant aucun semblant de contradiction, d’une humeur qui change dangereusement d’une minute à l’autre, accompagnée de crises de colère pouvant le pousser à tuer.

Le ton reste neutre. Lorsqu’il est fait mention des violences ordonnées par Kadhafi, il s’agit d’un inventaire, pas d’un verdict. L’auteur s’est glissé dans la peau de son personnage, s’est laissé imbiber par son âme perturbée, et entraîne le lecteur à sa suite.

Yasmina Khadra a déclaré dans une interview, en parlant de Kadhafi :

Il était son rêve et son délire, son miracle et son propre otage, la générosité et la cruauté la plus expéditive.

Plus loin, il ajoute, à propos du travail d’écriture de ce bouquin :

Je ressentais ses peurs, ses doutes, ses colères et comme lui, malgré l’issue que tout le monde connaît, je pensais qu’il allait s’en sortir. Bizarrement, je me croyais en mesure de changer le cours de l’histoire comme s’il s’agissait d’une fiction. J’ai vécu des moments étranges en écrivant ce roman.

Ce livre est un remarquable travail, qui rend hommage, non à l’homme qu’a été Kadhafi, et qui était haïssable, mais au personnage qui restera dans l’Histoire.

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