Comme un karatéka belge qui fait du cinéma

CommeKaratekaBelgeOn a beau ne rien connaître au karaté et ne pas être cinéphile, deux tares que je cumule, tout le monde, même moi, sait que le seul karatéka qui est également acteur et Belge est un certain Jean-Claude Van Damme, aussi célèbre pour ses prouesses physiques que pour ses grandes déclarations tarabiscotées et émaillées d’anglais qui sont censées être lourdes de sens philosophique.

Que vient faire la movie star dans ce roman ? Prenons dans l’ordre…

Le narrateur est natif de la région bordelaise. Dans sa jeunesse, poussé par le rêve de devenir réalisateur de films, il est “monté” à Paris. Ses projets d’adolescent se sont heurtés à la vraie vie et il se retrouve, quelques années plus tard, employé dans une galerie d’art contemporain, ayant coupé les ponts avec ses origines et même avec sa famille.

Le livre s’ouvre sur l’arrivée d’une lettre envoyée par son frère, dont il n’a aucune nouvelle depuis très longtemps. Cette missive plonge le narrateur dans une profonde introspection qui le ramènera vers les siens. Enfin… presque.

Tout en poursuivant ses réflexions, il rencontre le célèbre karatéka (nous y voilà) qui va, par d’interminables et amusantes tirades alambiquées, l’aider à y voir plus clair.

À quelques nuances près, Jean-Claude Lalumière conserve le point de départ de ses précédents ouvrages : un jeune du Sud-Ouest veut choisir son avenir et non subir celui que ses racines lui imposent. La ressemblance s’arrête là. Ce bouquin ne se contente pas de faire de l’humour (quoiqu’on rigole bien), il se permet aussi de nombreuses et intéressantes digressions sur des sujets sociaux. Le lecteur réalise assez vite que l’histoire est un prétexte pour amener ses réflexions.

Beaucoup de ces commentaires sont pleins de bon sens. Ainsi, à propos du monde de l’art, j’ai apprécié cette remarque :

L’artiste autorise la reproduction de ses photographies sans limite car elle a compris que ce n’est plus la rareté qui définit la valeur mais la surface d’exposition médiatique.

À faire méditer par tous les accros du copyright, de la propriété intellectuelle et de l’Hadopi. Toujours dans le domaine de la création, à proposer en sujet du prochain bac philo :

Trop volatile, le talent a laissé place à des indicateurs plus concrets : la cote, les chiffres de vente, les signes extérieurs de richesse. (…) Quand l’artiste-artisan du Moyen Âge s’adressait au plus grand nombre, l’artiste-Créateur d’aujourd’hui ne souhaite être compris que d’une élite.

Le thème des extraits que je cite ne doit pas induire en erreur, le sujet de ce livre est bien la remise en question et la recherche de sa propre identité. Le fait que le narrateur reste sans nom n’est pas anodin. Il a commencé par s’écarter de ses origines au point de les renier afin, croyait-il, de pouvoir devenir lui-même. Parvenu dans une impasse, il se retourne vers son passé à la recherche de celui qu’il était. Entre les deux se trouve celui qu’il est réellement. Peu de gens procèdent différemment : les enfants ressemblent à leurs parents, et les jeunes s’éloignent. Arrivés à la maturité ils font le point… et certains atteignent l’équilibre. Pas tous.

3 réflexions sur « Comme un karatéka belge qui fait du cinéma »

  1. Fatalement on ne peut penser qu’à lui. Il y a aussi un film dans lequel il se raconte.
    Au-delà de ça, ta présentation donne envie.

    • Ce film est JCVD, il en est question dans le livre. Il faut tout de même reconaître que l’intervention du karatéka est presque anecdotique, dans l’histoire. Il intervient tardivement, il parle, il repart. Il est là surtout pour amener un élément humoristique, je pense.

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