Le Montespan

LeMontespanVous avez bien lu : LE Montespan, et non LA.

LA, tout le monde en a entendu parler. Femme réputée pour sa grande beauté, elle a été la favorite de Louis XIV. Mais elle était unie à Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. À cette époque, un mariage ne signifiait pas grand-chose dans la noblesse. Les hommes se mariaient pour avoir une descendance et transmettre leur nom, les femmes pour avoir un titre et une fortune. Les sentiments n’entraient pas en ligne de compte. Lorsque le roi jetait son dévolu sur une femme, son époux était ravi de l’aubaine, car le monarque les couvrait, lui et sa famille, de fric, de privilèges et de biens matériels.

Sauf que ce pauvre Louis Henri était bel et bien amoureux de sa Françoise. Comme celle-ci était belle et qu’elle avait de l’esprit, Louis XIV n’a pas tardé à lui tourner autour. Et l’on ne refusait RIEN à Sa Majesté, dont les nombreux caprices étaient un droit divin.

Donc, le marquis, une fois constatée son infortune, n’a eu de cesse, durant toute sa vie, de s’y opposer. Il a, entre autres, fait orner son carrosse d’une ramure de cerf pour clamer son état et surtout manifester publiquement son mécontentement. Il n’a pas hésité à défier ouvertement le roi, ce qui lui a valu un bannissement et bien des déboires. Bien que fauché comme les blés, il a refusé les sommes énormes que Louis XIV lui a proposées pour qu’il daigne fermer sa bouche, prétextant que sa femme n’était pas à vendre.

Ce livre de Jean Teulé colle au plus près à la réalité historique. De ce fait, il nous montre la société de ce XVIIe siècle sous un jour peu courant. On y découvre ses mœurs particulières et ses habitudes dans divers domaines, notamment en matière de manque d’hygiène. Par exemple, on faisait alors ses besoins n’importe où, même en public, et les salons de Versailles devaient être des cloaques puants ! De plus, l’eau était réputée dangereuse. Elle était censée dilater les pores de la peau et pénétrer dans le corps, le corrompant et le fragilisant. Ainsi, le Roi-Soleil n’a pris qu’un seul bain dans sa vie. Être sa favorite exigeait donc beaucoup de motivation ! Car il faut le dire, “favorite de Sa Majesté” signifiait “putain du roi”. Elle n’était là que pour servir de potiche décorative et d’objet sexuel.

Le principal tort de Louis Henri était d’être tendrement épris de sa femme. Tout le monde envie le sort du Montespan, dont l’épouse est dans le lit royal, alors que lui porte le deuil de son amour perdu de façon pathétique. Comment ne pas se sentir solidaire de cet homme qui pourrait avoir ce que tous désiraient, mais à qui l’on avait pris l’essentiel ?

Malgré des passages franchement drôles, il se dégage une certaine tristesse de ces pages, mise en valeur par le style particulier de l’auteur. Celui-ci attaque les scènes de front, par exemple en commençant un chapitre directement par un dialogue. Les descriptions et le contexte viennent un peu plus tard, mais le lecteur est déjà plongé dans la situation. Cette manière de procéder donne l’impression qu’on est vraiment dans l’action, que l’histoire est vue par les yeux du personnage.

1 réflexion sur « Le Montespan »

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