Le sang de Toulouse

Sud de la France, début du XIIIe siècle. L’Église a désigné comme “hérétiques” les cathares, qui professent une doctrine différente de celle de Rome. Pour les ramener dans le droit chemin, Pierre de Castelnau, légat du pape, utilise la torture et le massacre des populations. En 1209, il est assassiné, sans doute par un écuyer de Raymond VI, comte de Toulouse, qui est alors une ville extrêmement puissante. Ce geste déclenche une croisade, la seule qui ait eu lieu sur les terres chrétiennes. En fait, c’est une vague de violence et de répression sans précédent qui s’abat sur l’Occitanie. Simon de Montfort, chef sanguinaire, écrase sans distinction tous ceux qui ne se soumettent pas à sa volonté. Des milliers de gens sont tués, mutilés, violés, brûlés vifs… avec un évident plaisir. Petit à petit, tout le midi de la France est mis en sang par les croisés et l’inquisition, prétexte commode à une mainmise du roi de France.

C’est dans ce terrible épisode de l’Histoire que Maurice Magre (1877–1941) situe son roman. Dalmas Rochemaure, toulousain, est le narrateur et nous fait vivre ces événements de l’intérieur. Il est un des rares personnages imaginaires du livre, qui colle exactement à ce qui s’est réellement produit. Sorte de reportage avant l’heure, c’est également avec une terrible précision que sont dépeintes les scènes de carnage. Ainsi, dans les pas de Dalmas, nous assistons au massacre de Béziers, au siège de Toulouse, au siège de Minerve, aux mutilations de Bram, à la trahison de Carcassonne et à tous les événements majeurs de ce triste épisode de notre passé. L’auteur ne se permet des libertés qu’avec des points restés obscurs et secondaires, tels que l’identité de l’assassin du légat.

Ce bouquin très bien écrit et très bien documenté propose un éclairage dramatique sur cette période, agrémenté de nombreuses réflexions sur l’usage de la violence. Le style devient par moment franchement poétique, mais le propos défend toujours le point de vue de l’humain.

Il n’est pas nécessaire de connaître l’Histoire pour comprendre les péripéties du roman, car l’auteur fait en sorte de fournir dans le texte ou des notes de bas de page les informations indispensables. Mais bien sûr, comme avec tout roman historique, une connaissance de la période concernée ne peut pas faire de mal. Sur Wikipédia, un article résume assez bien ce qu’a été cette croisade. Pour se documenter plus en détails sur la passionnante histoire des cathares, les ouvrages de l’historien Michel Roquebert font référence en la matière.

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