Naissance d’un pont

Écrire un roman racontant la construction d’un pont monumental, voilà une idée qui ne manque pas d’originalité. Le travail de documentation effectué par Maylis de Kerangal est stupéfiant. Tout y passe : termes techniques, argot de métier, techniques de construction, dragage du fleuve, élévation des piles, chimie du béton, boulot des grutiers, méthodes de soudure, installation du tablier, etc.

Le vocabulaire est extrêmement riche, le langage précis et presque poétique par moment. Peu, très peu de dialogues, et à chaque fois ils sont intégrés à la narration, mêlés aux descriptions, aux pensées des personnages, à la chronologie des travaux.

Le sujet, en réalité, n’est pas la construction de ce pont gigantesque dans une ville imaginaire de Californie. Le vrai sujet, c’est les gens qui travaillent sur ce chantier titanesque. L’ingénieur en chef, la conductrice de camions, le grutier, la spécialiste du béton, le chef d’équipe, l’ouvrier, les autochtones méprisés, l’écolo révolté… La narration se fait à travers leur regard, chacun son tour, se donnant fréquemment des airs de caméra subjective. On passe de l’un à l’autre, et le pont avance, en toile de fond, sans que le lecteur s’en préoccupe vraiment.

Les phrases sont longues. Très longues, et parfois trop. Sur l’une d’elles, prise au hasard, j’ai compté trois cent quatre-vingt-trois mots ! J’ai lu des nouvelles plus brèves. De même, les paragraphes s’étendent parfois d’un bloc sur deux ou trois pages.

Si j’ai beaucoup aimé l’écriture, j’ai moins apprécié le style et le rythme de la narration, trop linéaire à mon goût. La construction commence, se poursuit, s’achève, les ouvriers travaillent, il y a parfois un mouvement de revendication, un accident, des anecdotes ou relations entre des personnages, mais ces intrigues secondaires ne sont pas parvenu à me faire oublier la quasi absence d’intrigue principale. Pas de péripéties, pas d’action, pas de trame, juste un fil conducteur, comme une main courante, pour ne pas se perdre en route.

Pourtant, ce livre a obtenu le prix Médicis en 2010. Alors, c’est peut-être moi qui n’ai pas su trouver le point d’entrée…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *