Rien ne s’oppose à la nuit

Quelle force extraordinaire a été nécessaire à Delphine de Vigan pour écrire ce livre !

En janvier 2008, elle découvre le corps sans vie de sa mère, qui s’était suicidée. Après quelques mois, elle décide de “raconter sa mère”. Commence alors un long et difficile travail de recherche pour reconstituer la vie de Lucile, depuis son enfance. Il a donc fallu qu’elle remonte jusqu’à l’histoire de ses grands-parents, qu’elle plonge dans les ramifications de cette famille nombreuse, qu’elle demande à chacun de faire appel à ses souvenirs et à ce qui a pu être conservé : papiers, photos, objets, etc.

Quelle patience lui a été nécessaire pour reconstituer ce vaste puzzle à travers des témoignages souvent vagues, souvent divergents, parfois contradictoires ! Car il ne s’agissait pas seulement de raconter Lucile, mais aussi la fratrie, avec ses drames, ses anecdotes et ses bons moments, et reconstituer la “mythologie familiale” dans une recherche qui s’apparente par moments à des fouilles archéologiques.

Et quelle force il lui a fallu pour accepter le risque d’être rejetée, pour affronter les tabous, les secrets, les non-dits ! Fallait-il que je me sente heureuse et forte et assurée pour me lancer dans pareille aventure. Il a fallu oser parler de ces choses que tout le monde sait, mais dont on ne parle pas, comme si ça n’était jamais arrivé, comme la relation très ambiguë du grand-père avec ses filles, comme la mort aux causes restées obscures du fils adopté, comme le suicide de cet autre fils. Et Lucile… Qu’est-ce qui a transformé la jolie petite fille devenue une si belle femme (la photo de couverture en témoigne) en créature tantôt dépressive et amorphe, tantôt fébrile et paranoïaque, enfermée dans le mutisme et coupée du monde par les traitements médicaux ?

Mais quelle récompense l’auteure a‑t-elle dû obtenir, en se rapprochant de certains, en comprenant mieux sa mère, et surtout, sans doute, en se comprenant mieux elle-même ! Quelle extraordinaire thérapie a sans doute été l’écriture de ces pages ! J’écris ce livre parce que j’ai la force aujourd’hui de m’arrêter sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l’ombre. Car ce n’est pas seulement sa mère que Delphine de Vigan a raconté. C’est aussi sa famille, et c’est aussi elle-même, à travers son regard sur ces événements.

Chaque lecteur trouvera dans ces pages un peu de sa propre histoire, un peu de sa famille, un peu des drames et des secrets qui ont empoisonné son existence. Non, les drames familiaux n’arrivent pas qu’aux autres, pas plus qu’ils n’arrivent qu’à soi. Ils arrivent à tout le monde, et ce livre bouleversant, passionnant et très bien écrit en est la preuve éclatante.

En 2011 : Prix du roman FNAC, Prix Renaudot des lycéens, Prix France Télévision


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Ronchon, le 27/04/2012

Hé bien ! Après avoir lu une telle critique, je n’ai plus qu’un désir, lire ce livre. Merci

Poppilita, le 20/06/2012

J’ai egalement ete bouleversee par ce livre.
merci pour cette critique.

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