Le grand saut

Le grand moment approche, j’en suis tout exitée. Quand ils ont demandé qui voulait sauter au prochain coup, j’ai un peu hésité, c’est normal, mais pas très longtemps. Presque pas, en fait, et je me suis vite proposée. C’est vrai qu’avec tout ce qu’on entend sur ce qui se passe là-bas, il faudrait être stupide pour ne pas avoir envie d’aller y voir par soi-même.

J’ai hâte de découvrir tous ces trucs : la chaleur, le vent, les paysages, l’eau de mer, les couleurs… D’y penser, je me sens déjà toute frémissante, toute impatiente. Je sais que je ne devrais pas, que ça ne me fera pas avancer plus vite, au contraire, je pourrais oublier quelque chose d’important, je pourrais rater une étape, je pourrais provoquer un accident… mais rien à faire, je n’arrive pas à me calmer.

Ce qui m’embête, car tout n’est pas complètement rose dans cette histoire, c’est que je vais laisser derrière moi un grand nombre de gens que j’aime beaucoup et que je ne reverrais peut-être jamais plus. Si j’ai hésité, c’est surtout pour ça. J’ai ici des compagnons très précieux, très proches, et me dire que bientôt, ils feront partie de mon passé pour toujours me fend le cœur. Je sais bien que là-bas, je rencontrerai d’autres personnes, mais justement, ce ne seront pas celles-ci. Je voudrais ajouter des amis, pas crûment remplacer ceux du présent par de nouveaux.

Mais je n’ai pas le choix. Si je me lance, je perds mes compagnons. C’est comme ça, c’est la loi et l’on n’y peut rien.

D’ailleurs, je n’ai pas non plus vraiment le choix d’y aller ou de rester. Je pourrais remettre à une prochaine fois, reporter le grand saut, jouer au chat et à la souris avec le calendrier… Mais tôt ou tard, tout le monde y passe. Ça aussi, c’est la loi.

Qu’ai-je à craindre ? Beaucoup l’ont fait avant moi, et je ne serai pas la dernière, loin de là ! Et puis… je me répète, mais c’est si excitant, de penser à tout ce qui est à faire là-bas. Marcher sur le sable, rire comme une folle, aimer à la folie, chanter à tue-tête, manger du miel, caresser la peau des autres, sentir des parfums, écouter de la musique, nager dans les vagues, grimper aux arbres, glisser sur la neige…

Ça y est ? C’est mon tour ? C’est à moi ? J’arrive ! Salut, les amis, je ne vous oublierai pas, c’est promis ! Allez, je saute, yahoooooo !

* * * * *

« Encore un effort, madame, on y est presque, voilà, c’est fini ! C’est une petite fille toute rose, félicitations ! »


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