Fumer peut tuer

Jean-Pierre leva le nez vers le ciel en sortant de sa voiture. Il faisait bon, il faisait beau, c’était un des premiers jours vraiment printaniers de l’année. À cette heure-là, personne encore ne l’attendait chez lui, et donc rien ne s’opposait à ce qu’il fasse un petit tour dans le quartier, juste pour le plaisir de marcher dans les rues par un temps si doux, et pour profiter de la sérénité qui gagnait beaucoup de gens en cette fin de semaine.

Séverine avait terminé son stage. Trois mois à bosser dans une boîte spécialisée dans les terreaux, engrais, phosphates et divers produits malodorants à l’usage des paysagistes et des jardiniers. Son domaine, c’était le service des achats, et elle avait été doublement sous pression, entre les impératifs du travail et la tension liée à sa formation. Enfin, elle en voyait le bout. Il lui restait quinze jours d’efforts pour peaufiner son mémoire, mais avant de s’y mettre, elle comptait bien faire de ce week-end un moment de détente qu’elle estimait avoir largement mérité.

Jean-Pierre descendait la rue piétonne qui menait à la place. Arrivé là, il s’offrirait une bière à la terrasse d’un café, une petite pose comme il les aimait. Simplement assis, il regarderait déambuler les gens, saluerait sans doute une ou deux connaissances qui passeraient, profiterait du minois des filles et se laisserait aller à la quiétude et à la douceur de ce début de soirée.

Séverine se demandait si elle resterait dans son appartement pendant ces deux jours, où si elle se ferait inviter chez ses parents, à quelques dizaines de kilomètres, pour être dorlotée avant de mettre le dernier coup de collier. À moins qu’elle ne se décide pour un week-end sportif et défoulant, avec VTT, piscine et lèche-vitrine (qu’elle considérait comme un sport), afin d’éliminer toute tension et toute toxine.

Jean-Pierre approchait de la place et de la bière promise. Il n’en était plus qu’à deux rues, et il avait quitté la zone piétonne du quartier.

Séverine tourna à droite pour contourner les rues piétonnes. Le soleil rasant, en face d’elle, l’éblouit violemment. Elle rabattit d’un coup sec le pare-soleil. Le visage crispé d’horreur, elle écrasa brusquement sa pédale de frein, car un homme qu’elle n’avait pas vu traversait devant sa voiture, une cigarette au bec.

Jean-Pierre interrompit sa marche juste une seconde, le temps d’allumer une cigarette, puis il s’engagea sur la chaussée pour traverser.

Séverine ne put éviter le type. Le choc, terrible, déforma le capot avant et ébranla toute la voiture.

Jean-Pierre vit trop tard le véhicule qui arrivait sur lui. Sous l’impact, il fut projeté à plusieurs mètres et sa tête heurta violemment le sol, le tuant sur le coup. Une seconde plus tôt, il aurait échappé à l’accident.


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