TVA à 7 % : c’est parti !

TVA LivreCe n'est pas un poisson : depuis hier 1er avril, la TVA sur les livres est passées de 5,5 % à 7 %.

Qui va trinquer ? Les libraires et les acheteurs, les petits, comme d'habitude. Les lecteurs vont moins lire, et par conséquent les libraires vont moins vendre. L'intérêt pour la littérature, déjà en berne, va encore prendre du plomb dans l'aile. Pour faire passer la pilule, il a été annoncé que la TVA sur le livre numérique, qui était jusque-là à 19,6 % va être alignée à 7 % elle aussi. Sauf que les ventes de livres numériques représentent un volume ridicule par rapport au chiffre global. Alors, ça ne changera pas grand-chose !

La rentabilité d'une librairie a toujours été faible. Depuis ces dernières années, elle s'est encore réduite, comme le nombre de boutiques. Pourtant, le secteur du livre reste la première des industries culturelles.

Les libraires ont pour Saint patron Georges, fêté le 23 avril, lendemain du 1er tour de l'élection présidentielle. Espérons qu'il se penchera au-dessus des urnes et qu'il terrassera les dragons qui pourraient en sortir…

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Traces

TracesQuels points communs unissent un album de photos, une trainée d'avion dans le ciel, un dessin sur une vitre embuée, une affiche électorale, un feu d'artifice, une barque abandonnée, un graffiti, et d'autres choses en apparence anodines ? Deux points communs : toutes ces choses sont des traces du passage d'un être humain, et elles sont éphémères.

C'est sur ces traces que Philippe Delerm et son épouse Martine se sont penchés, lui avec sa plume, elle avec son appareil photo. Chaque trace est illustrée par un petit cliché très coloré et très graphique, et commentée sur deux ou trois pages de format très réduit sur un ton plein de sensibilité, et avec la verve et l'à-propos dont cet auteur est coutumier.

Pourtant, je n'ai pas été convaincu. Certes, le style est léger, plus proche de la poésie en prose que de la froide description. Certes, le sujet est charmant et original. Mais il y a un je-ne-sais-quoi un tantinet soporifique qui m'a empêché de vraiment me laisser emporter par les mots alors même que je ne demandais que ça.

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Marina

MarinaÇa faisait quelques semaines qu'un livre ne m'avait pas pris aux tripes, mais celui-ci ne s'en est pas privé. Par quel miracle Carlos Ruiz Zafón parvient-il a trouver l'exact équilibre entre le fantastique, le policier, la romance, le frisson et la chronique ? Je l'ignore, mais cet auteur est passé maître dans l'art du suspense.

À la fin des années 70, Óscar, quinze ans, aime à se promener dans les rues de Barcelone. Il découvre une maison qui semble abandonnée, mais qui est en fait habitée par la jeune Marina et son vieux père. Par curiosité, les deux adolescents suivent une vieille dame qui se recueille régulièrement sur une tombe ornée, en guise d'inscription, d'un papillon noir. Les deux jeunes gens sont amenés malgré eux à faire des recherches qui les entraînent dans les recoins les plus sombres de la ville.

Que s'est-il passé dans cet endroit où se trouvent d'étranges mannequins désarticulés ? Qui est ce mystérieux Mihaïl Kolvenik, mort depuis longtemps, et qui a fait fortune dans l'industrie de la prothèse ? Sur quoi a jadis enquêté l'inspecteur Florián, désormais à la retraite ? Quel terrible secret cache encore le docteur Shelley ? qui est sa fille, la belle Maria ? Et qu'est-ce que ce papillon noir vient faire dans tout ça ?

La fin du roman est une explosion dans laquelle chaque pièce du puzzle trouve sa place, satisfaisant le lecteur qui peut enfin relâcher la tension. Mais tout n'est pas achevé. Dans les ultimes chapitres, le lecteur se rend compte que le sujet le plus important du roman n'est pas celui qui semble le plus évident. Une fin triste, diront certains, sans doute un peu mélodramatique, mais tellement en accord avec ce livre formidable !

Nous ne nous souvenons que de ce qui n'est jamais arrivé.

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Toulouse barbare

Toulouse BarbareRoman policier dont l'action se passe à Toulouse. Descente dans l'enfer du téléphone rose et des vidéos pornos avec le détective Aymeric Mercader, qui part à la recherche de la jeune Victoria, tombée entre les griffes des vendeurs de sexe et qui a disparu. Il est accompagné de son adjoint, qui n'est pas sans rappeler fortement un certain Berrurier. (Je ne suis pas un spécialiste du genre, mais je connais mes classiques !)

Seule particularité marquante de ce livre : la typographie des dialogues, ou plutôt l'absence de typographie. Ni guillemets, ni tirets, ni même retour à la ligne, les échanges entre les personnages sont débités d'une traite, ce qui ne les rend pas très aisés à aborder. Ça donne quelque chose comme ça :

Il m'a demandé comment j'avais trouvé ce bouquin. Moi, les polars, vous savez, je lui ai répondu, c'est pas mon truc. Je les trouve en général assez ennuyeux. Mais alors pourquoi vous avez lu celui-ci, il a demandé ? J'ai expliqué que c'était un cadeau d'une amie, que sans ça je ne l'aurais sans doute pas acheté mais que je ne regrettais pas de l'avoir lu. Ça vous a quand même plu, alors ? Je me suis laissé emporter par l'histoire et surtout par le style de l'auteur. C'est un style très dynamique, savez-vous, très énergique, même. Il y a d'un bout à l'autre un rythme soutenu qui ne laisse pas au lecteur le temps de s'endormir.

Pas facile, hein ? Mais on s'y fait. D'autre part, Francis Pornon connait vraiment Toulouse puisqu'il y vit et cela se sent. Il ne connait pas seulement la ville et ses rues, mais aussi son passé et les personnages qui en ont marqué l'Histoire. En prime, il nous gratifie de quelques réflexions fort intéressantes sur les choses de la vie, ce qui donne un peu plus de crédibilité à son personnage, inspiré des aventures de détectives en noir et blanc, avec une voix off qui est celle du héros.

Pas inoubliable, mais pas désagréable…

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Touriste

Touriste

Heureux qui, comme Julien Blanc-Gras a fait de beaux voyages. Passionné par la découverte d'autres pays, travaillant pour pouvoir partir, et retravaillant sur place pour pouvoir revenir, il est devenu journaliste, et son métier lui a permis de voyager encore plus. Il passe d'un pays à l'autre avec un appétit boulimique d'en ajouter toujours davantage à son tableau de chasse et se définit lui-même comme un touriste.

Qu'est-ce qu'un touriste ? Le touriste inspire le dédain, j'en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C'est un cliché qui résulte d'une honte de soi, car on est toujours le touriste de quelqu'un. En fait, la plupart des gens le verrait plutôt comme un routard, davantage attiré par la découverte des cultures que par le farniente. Pour preuve, le voici à Tahiti : Je suis allongé sur un sable à température idéale, le clapotis de la mer translucide berce ma sieste, les palmiers promènent leur ombre protectrice sur ma peau choyée par le soleil et je déprime. Le paradis me navre. C'est le lieu du repos. Je suis angoissé à l'idée de me reposer ici alors qu'il est en train de se passer des choses à Beyrouth et à Tirana.

Ce livre est un pot-pourri de voyages. Angleterre, Colombie, Inde, Maroc, Brésil, Israël, Chine, Guatemala… Des moments privilégiés, des situations, quelques anecdotes, et surtout des impressions, des commentaires et des points de vue à la fois extrêmement précis, drôles et sans concessions aucune sur le genre humain, sur les aberrations de la guerre, sur les rencontres, etc. On se sent parfois dans la peau d'un observateur extra-terrestre venu étudier la sociologie et la psychologie des êtres qui vivent sur la troisième planète autour du Soleil.

Je ne suis pas à ma place. Je ne suis jamais allé au Liberia. (…) Prendre son mal en patience. Prendre feu. Prendre un avion.

Et l'auteur présente tout ça avec beaucoup de lucidité sur lui-même. Je laisse une empreinte qui ne tardera pas à s'effacer. Je ne fais que passer.

Un bouquin pour ceux qui aiment voyager, pour ceux qui aimeraient voyager, et pour ceux qui détestent voyager.

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Labyrinthe

LabyrintheCarcassonne, 1209. La terrible croisade contre les cathares vient d'être lancée. Un secret de la plus haute importance, traqué par les forces de l'ombre et balloté par la guerre qui débute, est séparé en trois parties. Deux d'entre elles tombent entre de mauvaises mains tandis que la troisième est mise à l'abri par la jeune Alaïs.

Ariège, 2005. Archéologue novice, Alice découvre dans une grotte une sépulture ancienne et un anneau. Après huit siècles, les forces du mal n'ont pas renoncé à se saisir du secret, et n'hésiteront pas à tuer pour l'obtenir.

Écrit par une Britannique, ce roman présente une intrigue d'une extraordinaire richesse. Il est également le fruit d'un formidable travail de reconstitution de la vie au Moyen-Âge, prenant parfois des allures de docu-fiction tant les scènes qui se passent au XIIIe siècle sont réalistes. Constituée de nombreux allers-retours entre notre époque et celle des cathares, l'intrigue se met en place lentement, très lentement, gardant jusqu'au bout les révélations importantes, et tenant ainsi le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page.

Malheureusement, beaucoup de détails parfois superflus noient quelquefois le lecteur, qui a du mal a se souvenir qui est qui, ce qui s'est passé, et dans quel ordre. Quand Kate Mosse décrit une scène, elle le fait avec une précision photographique, ne laissant rien au hasard, pas même la couleur d'un meuble ou l'emplacement d'un objet.

Pourtant, cela n'enlève rien à la valeur de ce roman que l'érudition de son auteur rend très prenant. Sociétés secrètes, trahisons, faits historiques, mythes religieux, tout concourt à en faire une œuvre somptueuse. Les événements imaginaires se mêlent parfaitement à ceux de l'Histoire, et les personnages fictifs ont autant de crédibilité que ceux qui ont existé.

Ce livre gagne sans doute à être relu. La première lecture pour découvrir l'histoire et ses passionnants rebondissements, la seconde pour en goûter la formidable construction. Je m'y replongerai, c'est sûr.

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Le vieil homme et la mer2

Résumé des faits :

François Bon, personnage incontournable de la littérature numérique en France et défenseur inconditionnel de ce nouveau média, a publié sur son site Publie.net une traduction réalisée par ses soins du célèbre roman d'Ernest Hemingway Le vieil homme et la mer. Mais voilà… bien que ce livre soit normalement libre de droit puisque son auteur est mort depuis plus de cinquante ans (1961), l'éditeur Gallimard estime qu'il en possède les droits d'exploitation jusqu'en 2047 ! En réalité, il ne serait propriétaire que de la vieille traduction, qui est désastreuse de l'avis de tous les anglophones.

Gallimard a donc exigé le retrait de la publication du site de François Bon, et en plus demande un dédommagement pour les exemplaires vendus, qui sont au nombre de 22, au prix de 2,99€ !

Gallimard devrait sans doute commencer par faire le ménage devant sa porte. Rappelons qu'il a diffusé le dernier prix Goncourt en numérique au prix de 19,95€ avec des coquilles typographiques à chaque page ! Qu'il faut être stupide pour avoir cette attitude, décourager les amateurs de littérature et scier ainsi la branche sur laquelle on est assis !

Comment faire pour réagir ? Vous pouvez participer à la pétition en faveur de cette traduction du roman. Vous pouvez soutenir François Bon sur son blog Le tiers livre. Vous pouvez vous exprimer sur le mur Facebook de Gallimard. (Qui est en train de se lézarder à l'heure où j'écris ces lignes !

Et pour finir, si vous avez envie de télécharger librement Le vieil homme et la mer traduit par François Bon, vous pouvez le faire en toute légalité sur ce site, car il est canadien et pour d'obscures raisons, l'œuvre est là-bas dans le domaine public ! (Cherchez le lien vers la fin de l'article.)

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Le journal intime d’un arbre

Surnommé Tristan, un poirier tricentenaire succombe à un coup de vent trop fort pour son âge avancé. Mais pour une raison que lui-même ne comprend pas, son esprit reste attaché à ce qui reste de lui et à ceux qui l'ont aimé.
En particulier, il accompagne par la pensée et à leur insu Yannis, qui a autrefois tenté de le faire classer au registre des Arbres Remarquables et Manon, adolescente maltraitée devenue, sous le pseudonyme de Tristane, une sculptrice réputée, par amour pour cet arbre.
Ce poirier hors du commun a aussi un passé. Il a connu le règne de Louis XV, la révolution et Dreyfus, des suppliciés ont été pendus à ses branches, une prétendue sorcière a été brûlée avec son bois, un poète a écrit des vers sous ses frondaisons, il a été témoin de bonnes choses et de drames, jusqu'au jeune fils de son dernier propriétaire, abattu par la Gestapo contre son tronc, qui a accueilli la balle meurtrière.
Ce long passé lui donne une bonne connaissance des mœurs humaines et lui permet de porter un regard acéré et sans concessions sur nous. Mais pourquoi son esprit accompagne-t-il toujours ceux qui l'ont aimé ? Qui est ce petit garçon inconnu qui hante ses souvenirs les plus lointains ?
Didier Van Cauwelaert signe là un roman humain et écologique d'une grande originalité, plein d'émotions et de délicatesse.

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Les charmants travers de nos semblables

Isabel Dalhousie vit à Édimbourg et est directrice de la revue d'éthique. Elle est fiancée avec Jamie, et ils sont les parents du petit Charlie, qui est encore à l'âge de la poussette. On lui demande d'enquêter discrètement sur les candidats à un poste de direction d'un pensionnat car l'un d'eux, prétend une lettre anonyme, a un passé compromettant. Par hasard, elle découvre que son cher Jamie a lui aussi un petit secret.

Les charmants travers de nos semblablesC'est tout.

Le lecteur suit Isabelle dans sa vie quotidienne, visite avec elle les lieux où elle se rend, et apprend les petits détails passionnants de son existence, tel que ce qui compose le petit déjeuner de son fils et la couleur de sa voiture. Et surtout, le lecteur découvre les nombreuses questions que se pose la jeune femme à longueur de journée, et l'accompagne dans les méandres de ses réflexions : Pourquoi Charlie lance-t-il un petit train en bois contre une porte, comment le facteur résiste-il à la tentation de tout savoir sur la vie des gens, le bien est-il immanent, pourquoi sa nièce Cat a-t-elle eu une relation avec un homme comme Bruno…

Toutes ces méditations sont toujours en rapport avec l'éthique et avec les défauts de l'âme humaine, les petits travers, charmants, de nos semblables, car nous sommes comme eux, ne l'oublions pas. Il se dégage de ces considérations une ambiance très british (du moins telle qu'on l'imagine dans l'hexagone) et des points de vue intéressants sur nous-mêmes. Nous sommes imparfaits, certes, mais dans l'ensemble nous essayons toujours de faire de notre mieux, et c'est le principal. Donc, on ne peut pas vraiment nous reprocher quoi que ce soit.

C'est bien, mais c'est parfois un peu long, surtout à la quatrième fois qu'Isabel nous entraîne dans des introspections sur le thème de la culpabilité. J'avoue que j'ai survolé certains paragraphes. (C'est grave, Isabel ?)

Alexander McCall Smith écrit très bien. Il sait parfaitement maintenir le rythme de son récit malgré les digressions, il maîtrise parfaitement l'art du dialogue et sait rendre ses personnages crédibles et attachants. Il ne lui reste plus qu'à trouver un sujet de roman, afin de sortir de la psychologique-fiction. :-D

Pourtant, ce livre n'est pas ennuyeux. Il y a un fil conducteur qui, a défaut d'être passionnant, retient le lecteur avec suffisamment de fermeté pour qu'il ait envie de connaître le fin mot de cette histoire. C'est ce que j'ai fait, et en parvenant à la dernière page, j'ai enfin réalisé qu'il y a tout au long de ce roman cette chose si subtile mais si difficile à comprendre pour un frenchy : de l'humour britannique.

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La Tour des Miracles

La Tour des Miracles-RomanEn ce temps-là nous habitions Montmartre. Une maison miraclificle de sept étages par temps calme et de six les jours de bourrasques.Ainsi commence ce roman délirant écrit par Georges Brassens dans les années 50 et paru en 68. Et tout le reste est à l'avenant. Inutile de chercher dans ces pages une aventure savamment échafaudée, un message philosophique ou des propos dignes d'un académicien. Brassens n'était pas un écrivain, et n'a pas prétendu l'être. Mais il était un grand poète, de manière incontestable.

Dans ce dernier étage capricieux baptisé abbaye gré-du-vent vivent en promiscuité divers personnages, formant la Camorra. Je ne tenterai même pas de vous les décrire car ce serait impossible en quelques lignes. Situations absurdes, événements aberrants, discours insensés… L'auteur s'en est donné à cœur joie, dans une frénésie d'inventions abracadabrantes. Ajoutez à ceci un vocabulaire riche, agrémenté de néologismes et une grande dose de jeux de mots. D'ailleurs il n'y avait pas d'ailleurs ; il n'y avait que des queues.

La Tour des Miracles-BDOn aime ou on n'aime pas. Comme il est inutile d'essayer de se faire une idée précise des lieux, des gens et des circonstances, certains risquent de ne pas arriver à "entrer" dans ce roman inclassable. Mais ceux qui y parviendront ne regretteront assurément pas l'effort.

En 2003 est parue une bande dessinée tirée de la Tour des Miracles, avec un scénario d'Étienne Davodeau et des illustrations de David Prudhomme. Illustrations dans lesquelles on découvre un personnage ressemblant malicieusement à Georges Brassens.

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