024-Tribuations d'un Chinois à ParisLes tribulations d’un Chinois à Paris

Monsieur Li est à Paris. Monsieur Li est très content d’être là, devant Notre Dame de Paris. Son petit appareil photo ne le quitte pas, et il fait de nombreux clichés. Des clichés de Notre Dame, des deux tours, si hautes et si belles, de la rosace latérale, de la Seine toute proche et du parvis, sans oublier bien sûr la plaque qui indique le kilomètre zéro des routes de France.

Hier, Monsieur Li a été sur les Champs-Élysées. Il a photographié la large avenue, l’Arc de triomphe, la place de l’Étoile, l’Obélisque et la Concorde, le Grand Palais… Monsieur Li est ravi d’avoir admiré le défilé des automobiles sur la plus somptueuse artère du monde.

Monsieur Li n’est pas venu seul. Il est avec Madame Li, et leur fille, Mademoiselle Li. Elles aussi sont enchantées de toutes les merveilles offertes par Paris.

Tous trois ont patienté pendant plusieurs années avant de pouvoir faire ce voyage. Il a fallu trouver l’argent, mais également le temps, car le travail de Monsieur Li ne lui laisse pas beaucoup de loisirs. Plusieurs fois, l’aventure a été reportée, à la grande déception de Madame Li, qui s’est toujours efforcée de ne pas montrer ce sentiment à son époux, et de Mademoiselle Li, qui avait fini par ne plus espérer, s’étant persuadée qu’elle ne verrait jamais Paris.

Mais enfin, toutes les conditions ont été réunies, et la famille Li, très excitée, a pu prendre l’avion et survoler la moitié de la planète depuis Pékin afin découvrir la capitale de la France. L’émotion qui les a étreints à la descente de l’appareil était si forte que les dames avaient les yeux humides en traversant le terminal de Roissy. Quant à Monsieur Li, il ressentait surtout de la fierté, de pouvoir offrir ce présent à sa famille chérie.

Avant-hier, la famille Li est allée visiter la tour Eiffel. Ils l’ont photographiée depuis le Trocadéro, puis ils ont franchi la Seine par le pont d’Iéna, et ils ont fait deux heures de queue pour acheter des billets qui leur ont donné le droit de prendre l’ascenseur jusqu’au troisième étage du célèbre monument. Il y avait un panneau prévenant du délai d’attente, mais même si Monsieur Li avait su lire le français, il ne se serait pas découragé. La vue depuis tout là-haut était magnifique, et contempler ainsi Paris dans son ensemble valait à la fois le prix du billet et le temps d’attente.

Monsieur Li, Madame Li et Mademoiselle Li ont également visité le centre Beaubourg, Montmartre et la place du Tertre, la gare du Nord, les catacombes, la place Denfert et son lion, la place St Michel et sa fontaine, la place du Châtelet, la place de la Bastille, la place de la République, la place Vendôme… À chaque fois, Monsieur Li a pris de nombreux clichés.

Monsieur Li, face à Notre Dame, ressent une pointe de tristesse, car ce jour est le dernier de ce merveilleux voyage. Monsieur Li réalise qu’il n’a pas pensé à rapporter un bibelot typique de Paris. Alors, avant de rejoindre l’hôtel avec sa famille pour une ultime soirée, il achète à un vendeur de rues une petite tour Eiffel métallique, pour quelques euros.

À la fenêtre de la chambre, Monsieur Li contemple la nuit parisienne, en tournant et retournant le souvenir dans sa main. Il y a une étiquette en dessous. Dommage que Monsieur Li ne parle pas davantage l’anglais que le français. Il comprendrait ce que signifie Made in China.


Commentaire

Les tribulations d’un Chinois à Paris — 5 commentaires

  1. On voit bien que tu t’y connais en circuits touristiques de la capitale et malgré la désillusion finale on ressent ta fierté et ton appartenance.
    Bonne fin de vacances…

  2. La description de la réalité emmène, émerveille et…. attriste aussi. Mais qui sait si, me retrouvant en Chine, après avoir photographié toutes les merveilles qu’on y côtoie, oui, qui sait si je ne trouverai pas au dos du l’objet souvenir une petite étiquette avec la mention: Made in France »? On peut toujours rêver!

  3. Et les BATEAUX MOUCHE ??? Pauvre monsieur Li, il ne va pas rater ça quand même !
    Non, vérification faite, il n’y a pas d’objets « Made in France » dans les boutiques de Pékin, de Canton ou d’ailleurs…
    Un joli bijou que ce texte, merci Claude !

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