Stockholm"Stockholm

Je connais Philippa depuis des années, et depuis des années je suis amoureux fou d’elle. Dès que je l’ai vue, j’ai craqué. Elle n’est pas seulement belle, elle est jolie, délicate, tendre… Tout en elle respire le charme, la grâce et l’harmonie. C’est une fille adorable, c’est la femme de ma vie.

Il n’y a qu’un problème, c’est qu’elle, elle ne m’aime pas. Pas encore.

Parce que moi, je suis pas du genre à me laisser abattre, à renoncer à la première difficulté, à baisser les bras dès qu’un truc ne se passe pas comme j’espérais. C’est vrai que Philippa ne m’aime pas, elle me l’a répété durant des années chaque fois que je la croisais. Mais je sais comment changer ses sentiments.

J’ai tout essayé pour la séduire. Je l’ai invitée au restau, je lui ai offert des bijoux, je lui ai fait envoyer des fleurs, je l’ai emmenée danser, j’ai joué de la musique sous ses fenêtres, je l’ai flattée, servie, j’ai été patient, j’ai fait tout ce qu’elle m’a demandé, tout ce qu’elle désirait.

En vain.

« Écoute-moi bien, Julien. Je ne t’aimerai jamais ! »

Alors, j’ai décidé d’employer les grands moyens, et d’appliquer une méthode qui a fait ses preuves quant à l’efficacité, qui est scientifiquement infaillible. Je l’ai kidnappée.

C’est un fait établi et plusieurs fois confirmé que tout prisonnier finit par admettre les raisons de son ravisseur dans un premier temps, et par l’aimer dans un second. Donc, je n’ai plus qu’à attendre, Philippa va bientôt tomber amoureuse de moi, c’est certain.

Au début, on a parlé d’elle à la télé, de sa disparition, de l’enquête lancée, etc. Ils ont montré des photos d’elle, ils en ont placardé dans les commerces, sur les réseaux sociaux, partout. Les flics ont interrogé ses voisins, sa famille, ses relations. Moi aussi, bien sûr, mais j’avais tout bien préparé, un alibi, et tout ce qu’il faut. Philippa était à l’abri dans ma cave, que j’avais aménagée pour elle avec tout le confort, derrière une porte secrète que la police ne trouvera pas, même si elle vient fouiner par ici. Je ne suis pas inquiet pour ça.

Ce qui m’inquiète, c’est que… depuis le temps que je patiente, je ne pensais pas que ça serait aussi long, pour qu’elle tombe amoureuse de moi. Ça fait trois mois que j’ai enlevé Philippa, et elle me crache toujours à la figure dès que je m’approche d’elle. C’est quand même mieux que si elle m’ignorait, mais malgré tout, je préférerais que la situation évolue dans le bon sens.

Parce que de sentir Philippa si près de moi, ça me trouble, ça me fait quelque chose, si vous voyez ce que je veux dire. J’ai pensé aller la rejoindre, le soir, puisque de toute façon, ça finira comme ça tôt ou tard, quand on sera ensemble, toutefois quelque chose m’a retenu.

Parfois, j’entre et je la regarde. Juste ça : je la regarde. Elle est tellement belle que ça me met les larmes aux yeux de penser que bientôt, elle sera ma femme, lorsqu’elle tombera enfin amoureuse de moi. Mais on n’en est pas encore là. Quand je l’admire comme ça, elle m’insulte, elle me dit qu’elle me hait et qu’elle préférerait mourir à petit feu que seulement s’imaginer dans mon lit. Vous voyez, elle n’est pas simplement jolie, elle a aussi du caractère. J’apprécie les fortes personnalités, et avec elle, je suis servi !

D’autres fois, je l’observe par un œilleton que j’ai installé et qui me permet d’assurer sa sécurité et de surveiller qu’il ne lui arrive rien. Hier, il m’est arrivé une chose terrible et magnifique à la fois. J’ai regardé par ce dispositif et… elle était nue. Entièrement nue !

Il faut que je vous avoue que là, j’ai été vraiment très ému. J’ai eu un désir très fort de me précipiter sur elle, de la serrer dans mes bras, de l’embrasser, de lui faire tout ce que nous ferons prochainement, quand elle aura compris qu’on est fait l’un pour l’autre. Cette fois, j’ai pu me contrôler, à grand-peine cependant. Ça m’a empêché de dormir. Dès que je fermais les yeux, je revoyais le corps de Philippa, ses courbes parfaites, sa peau au teint de fleur, et évidemment ce que je n’avais encore jamais contemplé : ses fesses ravissantes, ses seins éblouissants, et tout le reste.

Je ne tiens plus. J’ai réalisé que je dois faire ce que la nature me réclame à grands cris. Car après tout, qu’est-ce que l’amour, sinon un moyen utilisé par la vie pour se perpétuer, pour assurer l’avenir de l’espèce ? Cessons de nous voiler la face et reconnaissons que le but ultime de ce noble sentiment est la reproduction, donc, l’acte sexuel, par lequel, génération après génération, nos ancêtres simiesques sont devenus humains. Et c’est à nous, humains, qu’incombe le devoir de poursuivre cette évolution. La chose m’est soudain apparue évidente : je dois faire l’amour à Philippa, c’est cet acte qui lui révélera à quel point nos destinées sont faites pour être mêlées. Lorsque nos corps seront unis, que nos souffles ne feront qu’un, qu’elle criera de plaisir, alors, elle m’aimera à tout jamais.

C’est au moment où j’ai ouvert l’accès à la cave pour la rejoindre que des coups violents ont retenti à ma porte d’entrée. Si violents qu’elle a volé en éclats et qu’une quinzaine de flics armés ont pénétré chez moi et me sont tombés dessus avant que j’aie eu le temps de refermer et de protéger Philippa. Que vont-ils lui faire ? Ils m’ont menotté, je ne peux rien faire pour aller au secours de la femme de ma vie, c’est terrible ! J’entends l’un d’eux lui dire quelque chose à propos de messages passés au voisin par un conduit d’aération ou je ne sais quoi, je ne comprends qu’une chose, c’est que Philippa va m’être enlevée au moment même où elle allait enfin m’aimer, juste quand notre union allait atteindre son apogée ! Quelle terrible injustice !


Commentaire

Stockholm — 3 commentaires

  1. T’as pas eu de bol, c’est tout. Je crois que ça aurait pu marcher. Encore une dizaine d’années et elle craquait, j’en suis sûr.
    Tant pis.
    Du coup, je suis allé boucher les conduits d’air pour la mienne.
    Je te tiens au courant.

    L’affreux

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