AppelPoidsDormantL’appel au poids dormant

Le prince regarda la jeune fille endormie. Elle était vraiment très belle. Il savait comment il devait s’y prendre pour la tirer du sommeil avec douceur et efficacité. Il s’approcha lentement, sans faire de bruit, se pencha sur le visage de la ravissante personne et déposa un baiser sur ses lèvres. Elle frémit à peine.

Il tira une chaise près de la couche et s’installa pour attendre. Elle ne tarderait pas à s’éveiller, maintenant.

Une heure s’écoula, durant laquelle le prince ne cessa d’admirer la beauté de la dormeuse. Il s’attarda sur la délicatesse de ses traits, la finesse de ses cheveux et la grâce de son cou.

Le prince se leva, la regarda de près pour juger de la profondeur de son sommeil. Au passage, il en profita pour humer la délicate odeur qu’exhalait la peau de la jeune fille. Il ne résista pas à la tentation de déposer un nouveau baiser sur sa bouche rouge. Satisfait, il reprit sa faction sur la chaise.

Deux autres heures s’écoulèrent, au cours desquelles le prince se remplit les yeux des charmes de la demoiselle. Qu’elle était jolie ! Elle avait un profil délicat, des oreilles parfaitement dessinées, des cils longs, longs, longs… Sa poitrine montait et descendait lentement au rythme de sa respiration. Le prince ne pouvait s’empêcher de contempler aussi la forme de ses seins et le galbe de ses cuisses, qu’il devinait sous le drap.

La jeune fille se mit à ronfler.

Le prince montra les premiers signes d’impatience. Il se leva, fit les cent pas, tourna une vingtaine de fois autour de la couche sur laquelle la fille était étendue. Il se rassit et se releva plusieurs fois, osa un soupir…

Il se pencha sur elle. Elle ronflait toujours. Il l’embrassa une troisième fois, en appuyant un peu plus fort que de raison. Elle émit un grognement qui redonna espoir au prince. Le rythme des ronflements changèrent, mais ne cessèrent point.

Le prince jeta un coup d’œil à sa montre. Il toucha l’épaule gracile, la secoua légèrement, puis un peu plus fort, la serra fermement, secoua encore… La jeune fille n’eut aucune réaction.

Il s’écoula encore trois heures.

Le prince, un peu rouge, avait perdu de sa superbe. Il était décoiffé, il poussait de fréquents soupirs, il fermait et ouvrait ses poings à intervalles de plus en plus rapprochés. Finalement, n’y tenant plus, il saisit la fille par les deux épaules et la secoua énergiquement en l’appelant :

« Eh ! Oh ! Réveille-toi ! Je suis le prince charmant, faut qu’on se marie, qu’on ait une tripotée de gosses et qu’on soit heureux longtemps, longtemps, longtemps ! »

La jeune fille ouvrit enfin les yeux, bleus et magnifiques. Elle regarda le prince, soupira, et lança :

« Mais ça va pas, la tête, de me secouer comme ça ?

— Tu as vu l’heure qu’il est ? Le prêtre nous attend, le maire s’impatiente, la foule de nos admirateurs est en train de se disperser, et toi, pendant ce temps, tu dors !

— Oui, je dors, cria-t-elle en réponse. Et je compte bien continuer. Lâche-moi ! »

Elle se retourna et referma les yeux. Quelques instants plus tard, elle ronflait à nouveau. Le prince, épaules basses, quitta la chambre…


Commentaire

L’appel au poids dormant — Un commentaire

  1. Je me demande ce qu’en dirait le Mouvement de Libération des Fées ?
    C’est vrai que les Princes, charmants et les autres, ont du souci à se faire.
    En tout cas, je me suis bien marré :o)

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