013-JusteUnMauvaisMomentJuste un mauvais moment

C’est quand elle s’est retrouvée cul nu et jupe retroussée devant ce grand type que Claire a commencé à avoir vraiment peur de ce qui allait lui arriver. Jusque-là, elle n’avait pas vraiment réfléchi à ce qui se passerait exactement lorsque cet événement se produirait et qu’elle serait au pied du mur. À moins qu’elle ait soigneusement évité d’y songer, pratiquant une politique dite de l’autruche qu’elle n’était sans doute ni la première, ni la dernière, à appliquer en pensant à cette chose.

Elle ne s’était pas fait d’illusions, pourtant. Elle savait bien que cela finirait par lui arriver à elle aussi, comme à tant d’autres avant elle. Les autres ? Elle avait saisi des bribes de conversations, des semblants d’explications. Il y en avait de pessimistes qui insistaient sur la douleur ressentie. Il s’en trouvait d’optimistes qui mettaient en avant le soulagement éprouvé lorsque tout s’était enfin terminé. Mais Claire n’avait jamais croisé la route de quelqu’un qui s’en souvenait comme d’un bon moment. Évidemment ! Qui pourrait prendre plaisir à une telle atteinte ?

Depuis longtemps, elle évitait simplement d’y penser, noyant ses craintes sous des activités qui lui occupaient l’esprit. « Je verrai bien quand j’y serai », se disait-elle.

Mais là, elle y était, et ses appréhensions étaient devenues de la peur, qui était en train de se muer en panique. Le type lui souriait. Se voulait-il rassurant ? Croyait-il vraiment que montrer ses dents de cette façon la calmerait ? Bien au contraire, elle avait l’impression qu’il avait attendu avec un plaisir sadique et une impatience aiguë cet instant où il la dominerait de sa stature et de sa force physique, bien sûr très supérieure à celle de Claire.

« Calme-toi, ce n’est qu’un mauvais moment à passer », dit-il. Cette phrase, elle l’avait déjà entendue elle ne savait combien de fois, de la bouche de gens qui se croyaient réconfortants. Loin de se sentir apaisée, elle y voyait la preuve que la chose était douloureuse et désagréable. Sinon, pourquoi prendrait-on tant de précautions pour tenter de la convaincre que ce n’était pas si terrible ? « Ça sera rapide, tu n’auras qu’à penser à autre chose pendant ce temps », ajouta-t-il.

Que croyait-il ? Qu’elle serait soulagée, voire reconnaissante envers lui parce que cette torture ne durera pas longtemps ? Et le souvenir, comme une déchirure, qu’en faisait-il ? Elle était persuadée de le garder jusqu’à son dernier jour.

Mais le type n’en avait cure, à l’évidence. Il fit un premier pas vers elle, tenant son truc d’une poigne ferme et décidée. Acculée, Claire n’avait aucune chance de lui échapper, et cette certitude accroissait encore en elle la terreur.

Il tendit vers elle sa main libre, et caressa son épaule. Elle frémit à ce contact, annonciateur d’autres attouchements, bien moins anodins. D’un geste assuré, il lui fit faire demi-tour et la bascula en avant, les coudes appuyés sur une chaise.

Elle poussa un gémissement. Dans cette position, non seulement elle se sentait atrocement vulnérable, mais en plus elle ne voyait plus ce qu’il faisait et elle imaginait des choses sans doute bien pires que la réalité qui se tramait dans son dos. Elle devinait que le type se penchait vers elle. Il effleura ses fesses offertes et sans défense, elle se le représentait dardant son truc pointu… Sa plainte devint un pleur, une sorte de bêlement craintif qui s’échappa de ses lèvres sans qu’elle tente quoi que ce soit pour le contrôler.

Claire sentit qu’il touchait sa fesse droite, qu’il frottait quelque chose dessus, et il y alla d’un coup…

« Ce n’est qu’une petite piqure, ma chérie », dit la maman de Claire. « Pour t’éviter des maladies bien plus douloureuses et bien plus longues que ce mauvais moment ».

Elle souriait en lui caressant le front.

« Voilà, c’est terminé », déclara le docteur…


Commentaire

Juste un mauvais moment — 9 commentaires

  1. MDR ! Je me suis forcée à ne pas lire la fin avant… la fin, mais quelle tentation ! Je me doutais bien que ça n’allait pas tourner comme tu voulais le laisser supposer.

    Bravo ! 😉

  2. J’aime beaucoup. Tu as vraiment le chic pour écrire ce genre de nouvelles à chutes et faire travailler l’imaginaire de tes lecteurs.. finalement c’est nous qui faisons tout le boulot !
    Merci Claude !

    • C’est vrai qu’avec un livre, c’est le lecteur qui fait tout le boulot, mais il le fait à sa façon. Si quelque chose ne lui plait pas, il peut le changer et le voir autrement. À l’inverse du cinéma, où tout est déjà fait, mais par quelqu’un d’autre, sans qu’on puisse intervenir.

  3. J’ai laissé aller toute mon imagination mais te connaissant je m’attendais bien à une chute bien décalée…
    bravo j’ai adoré!!!

  4. Te connaissant, ça ne pouvait se terminer autrement. Malgré tout, je ne savais pas comment tu allais l’amener !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *