JésusJésus 2, le retour

Dieu ne pouvait que constater l’ampleur des dégâts : partout, son message avait été déformé, oublié, bafoué. Pire encore, certains se réclamaient de lui pour dominer, exploiter, et même tuer. Il décida d’envoyer son propre fils sur Terre pour mettre de l’ordre dans tout ça, comme il l’avait déjà fait autrefois avec un certain succès, puisque l’affaire lancée à cette époque tournait encore, pas très bien toutefois, après deux mille ans.

Mais Dieu était conscient que les temps avaient changé, et que ni lui ni son rejeton ne pouvaient s’y prendre de la même manière que dans l’antiquité. Il fallait à présent user de moyens modernes, aussi bien pour se faire reconnaître que pour répandre la bonne parole. Car si dans la Palestine de jadis, un orateur ne pouvait s’adresser qu’à quelques dizaines de personnes, l’époque actuelle offrait le moyen de parler à des millions de gens d’un coup ! Sans compter que grâce au copié/collé, au partage de posts et au retweet, la parole divine, cette fois, ne serait pas déformée.

C’est ainsi que Jésus revint, muni d’une épaisse enveloppe contenant le message de paix rédigé par Dieu Lui-même. Il ne tenta pas de se faire passer pour un être né d’une vierge, car il n’en trouva aucune qui soit crédible pour ce rôle. Il décida de signaler sa présence au plus vite, afin que le monde entier se réjouisse de son retour et chante des hosannas qui retentiraient jusqu’au haut des cieux et jusqu’aux oreilles de son père. Fidèle aux consignes paternelles, il se renseigna sur la manière la plus moderne d’annoncer sa venue, et ainsi il découvrit l’existence d’Internet et des réseaux sociaux.

Pendant quelques jours, Jésus étudia le fonctionnement de ces outils. Il se rendit compte qu’ils permettaient de répandre un communiqué de façon rapide et efficace. Il se familiarisa avec l’art de créer un identifiant et un password à la fois compliqué et facile à retenir, et il décida de s’offrir une formation en informatique.

C’est ainsi qu’il passa quelques après-midi en compagnie de personnes du troisième âge désireuses d’apprendre à envoyer des mails et utiliser Skype afin de garder le contact avec leurs enfants et petits-enfants. Sa voisine de gauche, une dame enjouée et tremblotante, ajouta un sous-main à l’extrémité de sa table pour pouvoir continuer à déplacer la souris même lorsqu’elle arrivait au bord du meuble tandis que le curseur se trouvait toujours au milieu de l’écran. Le monsieur à la droite de Jésus s’attira les foudres de nombreux participants en provoquant des courants d’air chaque fois que l’instructeur demandait « d’ouvrir une fenêtre ».

Finalement, Jésus acheta un ordinateur dans un magasin spécialisé et, après quelques plantages dus au système d’exploitation également plein de courants d’air, entreprit de s’inscrire sur Facebook. Bien sûr, il choisit comme identifiant « Jésus-Christ », afin que les choses soient claires. Sa demande fut rejetée, au motif qu’un profil à ce nom existait déjà.

Perplexe, Jésus supposa qu’il avait commis une erreur de manipulation. Il ne pouvait y avoir déjà un compte à son nom, puisqu’il venait seulement d’arriver. Il refit toutes les opérations, mais le résultat fut le même.

Était-il pensable qu’il ait un homonyme ? Rigoureusement impossible. Il ne pouvait y avoir qu’une explication : le Malin ! Le Malin lui avait volé son identité, il avait sournoisement utilisé son nom afin que lui-même ne puisse le faire.

Alors, il prit le taureau par les cornes et voulut adresser un message privé au soi-disant lui-même qui usurpait son divin patronyme, afin de lui demander des comptes. Il n’y parvint pas, car il s’agissait d’une page de « personnage fictif » générée automatiquement par Facebook. Un comble !

Sur Twitter, la situation était pire encore. Il existait un profil prétendument officiel qui faisait de l’humour à deux balles, et un usurpateur, un type qui se faisait appeler Jésus et qui racontait des inepties d’un niveau désolant, en anglais de surcroît. Toujours le Malin !

Courroucé, Jésus (le vrai) contacta les responsables du réseau social, qui lui répondirent que ce pseudonyme était déjà pris, qu’il devait en choisir un différent. Jésus fit remarquer qu’il ne s’agissait pas d’un pseudo, mais de son authentique nom de baptême, que c’était l’autre qui devait en changer, cependant il n’obtint plus aucune réaction des webmasters. Même le hashtag #jesuschrist débouchait sur des blasphèmes.

Il eut alors une idée divinement bonne, ce qui était la moindre des choses. Il allait créer un blog ! Un rapide tour d’horizon effectué avec des moteurs de recherche aux consonances impies lui montra sans ambiguïté qu’il existait déjà une grande quantité de sites qui, tous, prétendaient détenir LE message, LA céleste parole. Jésus ne s’inquiétait pas de cet état de fait. Il possédait, lui, l’épître originale et trouverait le moyen de le faire savoir.

L’obstacle auquel il se heurta était bien plus désarmant : tous les noms de domaine susceptibles d’annoncer clairement sa personne étaient indisponibles : jesuschrist.org, jesus.net, messie.info, sauveur.com… Aucun ne pouvait être utilisé, même en y mettant le prix. Il se rabattit sur jereviens.net, qui ne signifiait pas grand-chose.

Jésus loua les services d’un hébergeur, paya un webdesigner pour la conception de ses pages, et s’efforça d’être référencé sur les principaux moteurs de recherche. Puis il posta patiemment le contenu de l’enveloppe que son père lui avait confiée, et il attendit les réactions en jubilant. Le monde allait enfin sortir de la souffrance dans laquelle le Malin et l’économie de marché l’avaient plongé.

Au bout d’une année, les outils de statistique avaient enregistré 453 visites, 5694 tentatives d’intrusion par des hackers ou des malwares, et les colonnes latérales de ses pages s’étaient remplies de publicités pour des vêtements, des accessoires de décoration ou des sites pornographiques.

Jésus reprit l’ascenseur céleste, retourna auprès de son père, lui rendit l’enveloppe, qu’il avait recollée tant bien que mal, et lui suggéra : « Envoie plutôt une fille, je me sens fatigué… »


Commentaire

Jésus 2, le retour — 7 commentaires

  1. coooool ! j’ador !! s’est trop bon ! Lol ! J’ai trop aimé ! Le lojiciel qui plante ! S’est trop trop vraie !
    Enfain je like bocout.
    Et la chutte, trop top !
    Viens visité mon site et lâche un comm

    #alain

    • Aucune idée, pour les deux questions. 😆 Une playmate, peut-être, avec les oreilles de lapin et toute la panoplie. 🙄

  2. Géant !!! “et ensuite, quelques années après sa venue (comme l’on fait les apôtres il y a deux mille ans…”), quelques personnes qui l’ont connu se réveilleront et publieront ses mémoires postumes en y racontant chacun leur version…” Tu en dis quoi ?

  3. J’en ris encore.
    Oui, on a plus de communications possibles mais pour écouter quoi, au final?
    Sa seule chance serait une télé réalité. Il y a déjà des anges qui s’y sont collés :d

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