010-ExtravehiculaireExtra véhiculaire

Dimitri Parpalov avait revêtu la combinaison spatiale des sorties extra véhiculaires et se tenait à présent face au grand vide extérieur. Devant ses yeux s’étendait le globe terrestre, magnifique, immense et bleu. Comme à chaque fois qu’il allait dans l’espace, il fit un petit salut de la main vers sa planète.

En état d’apesanteur, il avança le long du vaisseau, jusqu’au satellite de télécommunications qui avait cessé de fonctionner et qu’il était venu remettre en état. Réparation compliquée. Dimitri devait manipuler des vis minuscules, changer des circuits électroniques, vérifier des contacts… évidemment sans ôter les épais gants de sa combinaison. Ces gestes, il les avait répétés des milliers de fois sur Terre, dans des conditions aussi semblables que possible à celles qui régnaient ici.

À l’aide d’un outil adapté aux circonstances, il commença à s’affairer, parfaitement concentré sur son délicat travail. Pourtant, il eut la sensation complètement incongrue d’une présence derrière lui. Il n’y porta aucune attention et poursuivit sa tâche. Mais l’impression persistait, alors, pour s’en débarrasser, il se retourna.

Derrière Dimitri se tenait une petite fille d’une dizaine d’années, robe à carreaux, tresses blondes de chaque côté de son visage. Elle lui souriait, debout sur le satellite.

Dimitri lâcha ses outils qui, heureusement, flottèrent mollement sans s’éloigner. La fillette se dandinait, les mains dans le dos. Elle dit :

« Bonjour. »

Dimitri s’apprêtait à lui répondre, mais il se rappela qu’il était relié par radio à la capsule, et que son camarade entendrait tout ce qu’il dirait. Alors, il fit un geste de salutation en direction de la gamine, qui fit demi-tour et s’éloigna. Dimitri eut beaucoup de difficultés à achever cette étape de la réparation.

À la sortie suivante et à celle d’après, la fillette revint lui rendre visite. Chaque fois, elle sourit à Dimitri et le salua. Il répondait d’un geste, elle s’en allait, il effectuait alors son boulot tant bien que mal. Déjà presque une routine. Dimitri avait énormément de difficultés à garder une contenance normale en se retrouvant devant son collègue. Il avait beaucoup réfléchi à la présence de l’enfant à cet endroit et il était parvenu à la seule explication possible, aussi incroyable fût-elle : il s’agissait d’un ange. Avant la quatrième sortie, Dimitri trafiqua les fils de sa radio, afin de pouvoir couper provisoirement la communication.

Lorsque la fillette approcha, il put la saluer à son tour.

« Bonjour.

— Tu peux enfin me parler, dit-elle. C’est bien. »

Il pouvait, oui, mais il ne savait que dire à une petite fille qui se promenait dans l’espace en robe et  sandalettes.

« Comment tu t’appelles ?

— Maryana. Et toi ?

— Dimitri. Est-ce que tu es… Tu es un ange ?

— En quelque sorte. Viens, je vais te montrer quelque chose. »

Il la suivit de l’autre côté du vaisseau. Il y avait là une rue bordée d’arbustes, avec quelques maisons et des jardinets, de l’herbe verte, des enfants qui jouaient bruyamment…

« Pourquoi tu gardes ton casque, demanda Maryana ? Ôte-le, tu seras plus à l’aise. »

Elle dut l’aider à retirer une par une les sécurités qui maintenaient le scaphandre parfaitement hermétique. Puis il le tira pour l’enlever.

Il y eut comme un bruit de succion lorsque l’air s’échappa. Dimitri sentit ses poumons gonfler et éclater en l’absence de pression extérieure. Son sang se mit à bouillir dans ses veines, ses yeux explosèrent…

Maryana attendit que l’agonie soit achevée, puis elle secoua la tête et ses petites cornes, agita sa queue fourchue et s’éloigna en sautillant sur ses menus sabots.

Le satellite ne fut pas réparé.


Commentaire

Extra véhiculaire — 10 commentaires

  1. Déjà qu’y a plein d’ordures dans l’espace… si on y ajoute des tas de Dimitri où va-t-on ?
    Excellent ! merci Claude ! ça met un je-ne-sais-quoi de pimenté sous le sapin… ça change !

  2. Très bien. Efficace. J’apprécie la simplicité du récit, la clarté. Tu ne te caches derrière aucun artifice et il faut que l’idée soit bonne pour cingler comme un coup de fouet.
    Bien écrit, rien à dégraisser, orthographe nickel… bravo pour ces « minifictions » qui sont un régal à lire !

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