OLYMPUS DIGITAL CAMERADur, le vaudou !

Audrey voulait la peau de Laura, et elle l’aurait. Mais avant d’en arriver là, Laura souffrirait. Elle lui avait piqué son mec ? Elle allait maintenant payer l’addition, et elle était salée !

Audrey était restée de marbre en découvrant que son Adrien avait passé la nuit dans le lit de Laura. Elle n’avait eu aucune réaction apparente, son sourire charmeur était toujours sur ses lèvres savamment rosies au stick haut de gamme. Mais en dedans, elle s’était enflammée instantanément, et pour éteindre cet incendie, elle n’avait eu qu’une solution : décider sur-le-champ que l’autre ressentirait des choses atroces.

Mais lesquelles ? Audrey avait la rancune tenace, et elle avait pris son temps pour choisir les supplices qu’elle infligerait à cette garce. Il y avait un impératif qui présidait à sa sélection, c’est qu’il ne fallait évidemment pas que cela puisse se retourner contre elle. Lui arracher les yeux avec les ongles, par exemple, était hélas hors de question. De même, elle dut renoncer à bien d’autres agréables représailles telles que l’usage du fouet, d’une arme blanche, contondante ou à feu, du feu lui-même, d’une douche à l’acide et d’une manière générale à tout ce qui impliquait un contact direct entre elles.

Le choix était certes restreint, mais Audrey, outre sa rancune légendaire, disposait également de patience et d’imagination. Puisqu’elle ne pouvait opérer physiquement (et elle le regrettait sincèrement), elle œuvrerait à distance. Son ami Békéné connaissait des rites pour jeter des sorts, pour frapper, même de très loin.

Pour Audrey, c’était le crime parfait. Même si quelqu’un venait à la soupçonner, elle aurait des alibis à la pelle. Et si quelqu’un allait jusqu’à l’accuser de sorcellerie, il lui suffirait d’éclater de rire, montrant ses magnifiques dents blanches, parfaitement alignées…

Békéné lui avait parlé des poupées vaudou, les dagydes. Il fallait fabriquer une effigie de la personne visée, contenant quelque chose de cette personne, un cheveu ou un ongle par exemple, afin d’établir le lien entre la représentation et l’être lui-même. Ensuite, il y avait un rituel, bien sûr, et tout ce qu’on ferait subir à la poupée serait ressenti par l’autre.

Formidable, c’était exactement ce qu’Audrey cherchait.

Mais comme elle était vraiment très méfiante et qu’elle ne laissait rien au hasard, elle ne voulait même pas d’un fétiche en chiffons comme éventuelle pièce à conviction. Békéné lui confirma que l’on pouvait agir aussi avec une photo.

Voilà la solution parfaite ! Faut vivre avec son temps. Au diable les poupées compromettantes. Audrey réussit à prendre un cliché de Laura et à récupérer discrètement un de ses cheveux.

Puis elle se procura les autres ingrédients : des bougies noires, une chaîne en or, des aiguilles pour les tortures, et le texte de l’incantation, qu’elle apprit par cœur et répéta longuement pour ne pas risquer de bafouiller le grand jour.

Il ne lui restait plus qu’à attendre le moment adéquat, qui se situait d’après Békéné juste une semaine avant la pleine lune.

Le jour arriva, et Audrey se prépara. Elle disposa devant elle la photo, sur laquelle était scotché le cheveu. À main droite, les aiguilles, et à main gauche, la chaîne en or. Elle plaça soigneusement les cinq bougies noires à intervalles réguliers autour de l’image et les alluma. Puis elle entreprit de réciter l’incantation tout en passant la chaîne à son cou. Audrey sentit nettement le courant d’air glacial qui balaya la pièce, sans toutefois faire vaciller les flammes des cierges, qui brûlaient dans une dimension différente, comme Békéné le lui avait expliqué.

Alors, elle saisit fermement la première aiguille et, d’un geste décidé, la piqua brusquement dans l’œil de Laura, sur la photo.

L’écran de l’ordinateur ne résista pas. À partir du point d’impact, il se fendilla en un fin réseau de lignes zigzagantes. Puis il éclata en une foulitude de débris de verres minuscules qui se répandirent sur le bureau. Tout cela ne dura bien sûr qu’une fraction de seconde. L’aiguille, emportée par le geste d’Audrey, poursuivit son chemin dans les circuits électroniques et toucha l’alimentation électrique de l’écran. Une décharge remonta le métal dont elle était faite, parvint à la main de la jeune fille et se diffusa dans son joli corps, jusqu’au cœur et aux poumons qu’elle crama.

Békéné l’avait bien précisé : tout faire avec des matières traditionnelles. Le vaudou n’aime pas les trucs modernes comme les écrans LCD.


Commentaire

Dur, le vaudou ! — 8 commentaires

  1. Ahahaha comme quoi, il faut se méfier de la technique ! L’arroseur arrosé, ou le vaudouiste vaudouifié. Tu m’as fait bien rire et m’a bien surpris. Je m’attendais à un truc mais pas celui-là !

  2. Je pensais qu’il y avait un écran protecteur dans ce genre de pratique. J’avais tort. Beau boulot et merci pour le tuyau.

    Al Paquino

  3. Bon, là, évidemment, l’écran est assez peu adapté. L’est un peu con ton personnage, non?
    Mais sinon, le vaudou est très souple et propice à la création, alors il pourrait p’têt ben intégrer les nouvelles technologies mieux qu’on le croit. Au lieu d’enfoncer une aiguille, on pourrait très bien mettre au point un système, voire un logiciel vaudou, où il suffirait de cliquer. Gare à tous ceux qui mettent leur tronche sur Facebook!

    • Pas bête, ça. Un logiciel vaudou avec ses outils (aiguilles, mauvais sort, philtre, envoûtement…), ses mises à jour, ses bugs, sa version d’évaluation, etc.
      Une autre minifiction, peut-être. Merci pour l’idée, Éric. °(^_^)°

  4. Génial comme d’hab… Mais bon, j’ai essayé l’aiguille, c’est quelle matière ? parce qu’il faut quand même quelque chose d’assez solide pour traverser l’écran. C’est pas si évident que ça. J’attends la microfiction avec l’application vaudou…

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