CocanologieCocœnologie

Adrien leva le verre à hauteur de ses yeux et examina le liquide qu’il contenait en louchant légèrement. Il l’agita en décrivant des cercles avec sa main et scruta la couleur du breuvage. Un silence pesant régnait dans la pièce, que les deux autres personnes présentes se gardaient bien de rompre. Adrien inclina de récipient, le tourna vers la lumière, puis du côté opposé, sans le quitter du regard.

Puis il l’approcha de son visage et y plongea son nez, humant et soufflant en alternance par les narines. Il continuait à imprimer un mouvement circulaire à l’objet. Il recommença cet étrange examen deux ou trois fois, et enfin, il le porta à sa bouche. Il mouilla sa langue dans le liquide, lapa quelques gouttes, y trempa les lèvres, en garda une petite quantité qu’il fit rouler sur sa langue en aspirant bruyamment, les yeux fermés.

Il cracha dans un seau ce qu’il avait dans la bouche, reposa le verre et le considéra en faisant la moue. Puis, prenant une grande inspiration, il déclara d’une voix qu’il espérait ferme :

« Usine du Varanasi, 2011.

— Tu es sûr de toi, questionna la jeune fille à sa gauche ?

— Absolument. Il est austère, clairement racé, bien charnu et très viril.

— Viril, insista-t-elle ?

— Ne prends pas tout au pied de la lettre, Élise, répliqua-t-il avec un sourire. »

Ils se tournèrent vers l’homme encore jeune qui leur faisait face.

« Alors, Ludo ? Quel est le verdict ? »

Ludovic sourit. Il connaissait déjà la réponse. Il saisit la bouteille qui contenait la boisson dont Adrien avait tenté de déterminer l’origine et en montra la petite étiquette manuscrite. Celle-ci annonçait « 2011 – Varanasi, Inde ». Élise battit des mains.

« Tu te débrouilles de mieux en mieux. Félicitations.

— C’est super, mon amour, je suis fière de toi ! »

Élise embrassa Adrien avec fougue.

« Ton taux d’échec est désormais quasiment nul, poursuivit Ludovic. Mais je serais un mauvais coach si je m’en contentais et si je te laissais te présenter à l’examen avec ton niveau actuel. Tu dois gagner en rapidité.

— Tu n’es qu’un rabat-joie, Ludo, le tança la fille. Adrien ne se trompe pratiquement jamais. C’est bien l’important, non ? Le diplôme est dans la poche, j’en suis certaine.

— En cas de départage entre des candidats, les épreuves se déroulent contre la montre, insista l’autre. Il n’y a que cinq places pour une centaine de candidats, et si tu veux être du nombre, tu ne dois pas seulement être incollable, mais aussi le premier à répondre. »

Élise ne répliqua rien, car elle savait que le coach avait raison. Elle regardait Adrien avec tendresse, mais celui-ci était trop tendu pour lui rendre la pareille. Il tenait tellement à décrocher une place dans cette chaine de restauration rapide. Et pour cela, il n’y avait qu’une solution : s’entrainer, encore et encore.

« On continue, demanda Ludovic ? »

Sans attendre la réponse, il posa sur la table une nouvelle bouteille sans marque distinctive. Il dévissa le bouchon en produisant un pchhhhhh sonore et versa une certaine quantité du breuvage dans un verre propre qu’il poussa vers Adrien sans ajouter un mot.

Celui-ci le prit et recommença le manège, en s’efforçant d’être plus rapide cette fois. Il apprécia la couleur du liquide, étudia de quelle manière il s’écoulait sur les parois, le sentit, le goûta et annonça son verdict :

« Usine de Marrakech, 2010. »

Adrien dévoila l’inscription. « 2010 – Marrakech, Maroc ».

« Yessss ! Je n’étais pas complètement sûr. »

Élise s’approcha pour le féliciter à sa manière.

« Fais confiance à tes intuitions, conseilla Ludovic. Tu as mis trente secondes seulement

— Je me sens stressé, par moment, c’est terrible, soupira Adrien.

— J’ai confiance en toi. Tu traverses parfois des moments de doute, mais tu es sans aucun doute le meilleur expert en Coco Lala que je connaisse.

— Tu vas l’avoir, ce poste chez McMickey, mon chéri ! Tu vas l’avoir ! »


Commentaire

Cocœnologie — 2 commentaires

  1. Est-ce vraiment de la fiction ? après les histoires de vaches folles, de boeuf mutant en cheval, et autres oeufs pourris…espérons
    Danielle

    • De la fiction ? Bien sûr, cette histoire est un délire imaginé à la suite d’une plaisanterie avec un ami. Mais c’est vrai que les usines de Coca occasionnent de gros dégâts écologiques et humanitaires dans de nombreux pays. Tout ça parce que fabriquer leur truc sur place permet de faire des économies sur les transports. 9 litres d’eau pour un litre de Coca, et jusqu’à 600 canettes à la minute en sortie d’usine ! Le calcul est simple…
      J’ai découvert tout ça en faisant quelques recherches pour écrire cette histoire.

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