011-ChevalMaladeCheval malade

Il y eut un temps où tuer le cochon était l’occasion d’un jour de fête. Toute la famille se réunissait pour faire le boudin, les saucisses et pour saler le jambon, au milieu des rires et des jeux. Tout le monde en profitait, car il y avait beaucoup de pauvreté et peu d’opportunités de passer de bons moments, tant le dénuement était grand. Ainsi, posséder un cheval était rare. Cela revenait à posséder une chose très précieuse, parce qu’un cheval pouvait aider au travail, il pouvait porter ou tirer de lourdes charges et il permettait de se déplacer plus loin qu’à pied. Mais les chevaux valaient beaucoup d’argent, et nombreux étaient les fermiers qui ne pouvaient en avoir.

Pour ceux qui avaient cette chance, le cheval pouvait aussi devenir une source de soucis, car s’il tombait malade, il ne pouvait plus travailler pendant plusieurs jours ni justifier le prix qu’il avait coûté. Parfois, il fallait en plus acheter des médicaments, ce qui représentait des frais supplémentaires. Et dans le pire des cas, le cheval pouvait mourir. Cela finissait toujours par arriver, bien sûr, mais si c’était parce qu’il était trop vieux, il était encore possible de manger sa viande, alors que s’il périssait de maladie, il ne pouvait être consommé, et tout était perdu. Le jour où mourait le cheval était un jour de peine et de tristesse.

Aussi le fermier Armand fut-il bien marri lorsque son cheval tomba malade. Il avait dépensé beaucoup d’argent pour l’acquérir, et la bête n’avait que quatre ans, elle devait encore travailler pendant de nombreuses années. Armand pourrait alors, grâce à lui, économiser assez de sous pour acheter un autre cheval plus tard, quand celui-ci serait envoyé à l’abattoir. Mais cela ne devait arriver que dans longtemps, très longtemps, Armand n’avait même pas commencé à faire des économies.

Alors, il n’hésita pas à faire venir un prêtre et un vétérinaire, car il était très important de guérir l’animal.

Le prêtre l’aspergea d’eau bénite, récita des prières, et lui lia une branche d’olivier sur la tête. Il affirma à Armand que son cheval serait sur pied en trois jours et il s’en fut après avoir accepté quelques pièces.

Le vétérinaire lui écouta le cœur, regarda dans sa bouche, tâta ses membres, puis il prescrivit des infusions de plantes. Il ajouta que si la bête ne se remettait pas debout d’ici trois jours, il faudrait l’abattre, et s’en fut après avoir encaissé le prix de sa consultation.

Armand prépara les tisanes, répéta les prières, se leva quatre fois cette nuit-là pour faire boire l’animal, agita l’olivier…

Au matin, il n’y avait aucun signe de progrès. Alors, le brave cochon, qui avait grandi non loin de l’écurie, poussa le cheval de son groin.

« Tu dois te lever, lui dit-il. Sinon, tu vas être envoyé à l’abattoir.

— Je sais, mais j’ai encore deux jours. Laisse-moi dormir, je suis si fatigué… »

Le cochon, soucieux, retourna dans la soue. Armand partit aux champs à pied, confiant à son épouse le soin de faire les infusions et de les administrer au malade. À la fin de la journée, il rentra à la ferme, exténué d’avoir dû travailler sans cheval, mais faisant fi de sa fatigue il alla immédiatement voir l’animal, qui était toujours allongé sur le côté dans la paille, soufflant bruyamment par ses narines dilatées, et roulant des yeux fiévreux.

Cette nuit aussi, Armand se leva à quatre reprises pour aider la bête, lui faisant patiemment boire les infusions et récitant les prières, avec davantage de courage et d’attention qu’il en avait pour ses propres enfants. Lorsque le jour arriva, il retourna aux champs en trainant les pieds, tandis que le cheval, toujours couché, transpirait autant que la veille.

Le cochon s’approcha de son ami.

« Lève-toi, fais un effort. Tu vas être abattu et moi je resterai tout seul. »

Le cheval tenta de se dresser sur ses jambes. Il tira, il poussa, il souffla, mais en vain. Il était encore bien trop faible et retomba sur le flan.

« Ne t’inquiète pas, ce n’est pas encore perdu. Il me reste une journée pour guérir. »

Inquiet malgré ces paroles d’espoir, le cochon grogna.

Le soir, lorsqu’Armand s’approcha, le cheval réussit à relever la tête et put boire son médicament plus facilement. Il parvint même à manger un peu d’avoine, puis se rendormit bien vite, harassé de fatigue.

Pendant la troisième nuit, le fermier vint à quatre reprises avec l’infusion et l’eau bénite.

Au matin, le cochon dit :

« C’est aujourd’hui le troisième jour. Tu dois te mettre debout. Tu le dois absolument, sinon tu vas mourir. Essaye, je suis là, à côté de toi ! »

Encouragé par son ami, le cheval releva son encolure et fit jouer ses jambes à plusieurs reprises, car elles étaient ankylosées par l’inactivité. Balançant sa tête pour accompagner l’effort, il parvint à poser à plat ses sabots de devant et à pousser pour redresser son buste.

« Vas-y, encourageait le cochon. Je suis sûr que tu peux y arriver ! »

Ensuite, la bête inclina l’avant de son corps et réussit, d’un grand coup de reins, à se relever !

Le cochon grognait de satisfaction.

« Tu as réussi ! Tu es sauvé. Je suis très fier de toi, mon ami.

— Je n’y serai pas arrivé sans toi, mais je me sens encore très faible, regarde comme mes jambes tremblent. Je ne suis pas encore prêt pour retourner aux travaux des champs.

— Sans doute, mais l’important est que tu sois debout. Sans cela, tu partais à l’abattoir. »

Il avait à peine prononcé ces mots qu’Armand le fermier pénétra dans l’écurie. Il vit le cheval debout et poussa un cri de joie.

« Il est debout ! Il est sauvé ! C’est un grand jour, un jour de fête. Allez, on tue le cochon ! »


Commentaire

Cheval malade — 4 commentaires

  1. Oh non ! On n’a pas le droit de laisser notre cœur se réjouir d’un bienfait pour ensuite en si peu de mots l’anéantir. Vous n’avez pas honte ? Bon, je vous pardonne puisque j’ai marché dans votre petite histoire.

  2. - Ben mon cochon ! Tu as appris où à mettre tes lecteurs au tapis en une page ? On t’a fait quelque chose de mal ?
    Sans rire -ou plutôt en éclatant de rire- je me suis moi aussi fait avoir comme un gamin. Pourtant, au cinéma, on abuse aujourd’hui de ce genre d’effet (ce la s’appelle un effet autobus sauf erreur. Mais là, gros naïf, je ne m’y attendais pas du tout. Bien vu, bien dit !

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