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« Djamila, tu es prête ? Il ne faut pas faire poireauter les copains.

— J’arrive, Caroline. Ils n’auront pas à attendre, ne t’inquiète pas.

— Mais qu’est-ce que c’est que cette tenue ? Tu ne vas pas aller comme ça à l’anniversaire de Laurent, quand même !

— Et pourquoi pas ? Qu’est-ce que tu lui reproches, à ma tenue ?

— Mais… ce voile ridicule, cette robe longue, ces manches, malgré la chaleur ! Non seulement c’est moche, mais en plus c’est indigne !

— Indigne de quoi ?

— D’une femme. Tous ces trucs, c’est des indicateurs de la domination des hommes et de la soumission servile de la femme. Tu n’es plus dans ton pays de fous, Djamila. Ici, tu peux t’habiller normalement, personne ne te dira rien, n’aie pas peur.

— Normalement ? Tu appelles ça normalement, avec ta jupe ras-le-bonbon ?

— Au moins, on ne m’oblige pas à me dissimuler.

— Non, on t’oblige à te dévoiler.

— Et alors ?

— Alors, ma chère Caro, si ce n’est pas un signe de soumission aux hommes, qu’est-ce que c’est ?

— Ben… Un signe de liberté.

— De liberté ? Tu te sens libre, toi, alors que tu vas passer la soirée sans pouvoir croiser les jambes, à tirer sur ce bout de tissu pour ne pas en montrer trop alors que tu exposes déjà presque tout ? Moi, je vais être tranquille. Je m’assiérai comme j’en aurai envie et je mettrai mes jambes n’importe comment.

— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je fais ça pour plaire aux garçons, oui, et alors ?

— Ce sont là tes seuls atouts pour plaire ? Tes fesses et ton décolleté ? Tu ne disposes de rien d’autre pour séduire ?

— Tu exagères, Djamila.

— Crois-tu ? C’est pratiquement une obligation pour les filles d’ici de montrer la plus grande partie de leur corps de manière à suggérer le reste. Les hommes voient leurs cuisses et imaginent ce qui se trouve entre elles.

— Ce n’est pas si simple, tout de même !

— Je schématise volontairement. Mais dis-moi. Pourrais-tu aller à cet anniversaire avec une jupe plus longue et sans maquillage ?

— Bien sûr que non, je suis libre, moi.

— De quelle liberté parles-tu, Caro ? Tu viens de dire que tu ne pourrais pas y aller comme j’ai dit. Être libre, c’est pouvoir, il me semble.

— Mais… j’avoue que j’y vais aussi pour trouver un petit copain.

— Habillée comme ça ? Tout ce que tu vas trouver, c’est un baiseur ! Un petit copain ? Un mec amoureux ? Tu plaisantes ! Les garçons vont être tellement éblouis par ton cul qu’ils ne verront même pas ce que tu es vraiment.

— Mais c’est ridicule !

— Ridicule ? Et en plus, tu passes une bonne partie de ta paye en fringues sexy, dessous affriolants, maillots de bain en forme de cache-sexe, coiffeur, manucure, régimes, séances de bronzage et maquillage allumeur. Pour exciter ces messieurs qui te remercient en te traitant comme une potiche tout juste bonne à décorer. Remarque… c’est ce qu’on voit en premier.

— Tu trouves ?

— Je schématise, je t’ai dit. Mais ne me dis plus que ma façon de m’habiller est un indicateur de ma soumission servile à la domination des mâles. »


Commentaire

Carcan — 8 commentaires

  1. Bon, moi si je veux être spirituellement séduisante, j’enfile un jogging pas la burka!!
    Mais ne peut-on pas être sexy ET spirituelle ???
    Je vote pour !!!! Donc suis d’accord avec le commentaire ci-dessus…

  2. Un texte difficile pour moi, je ne le comprends pas. Une jupe ras du cul ce n’est pas pratique, il faut se surveiller tout le temps. Une robe longue à manche pas plus. Avec l’une ou l’autre de ces tenues impossible de grimper facilement et décemment sur une table pour valser avec un excellent danseur. Ce poser la question de plaire c’est ce poser une question idiote qui ne m’est jamais venu à l’esprit. Merci, Claude de m’avoir rappelé que hélas, pour certaines cette question se pose.

    • Je crois que tu as bien saisi l’essentiel, Catherine. Ce que je voulais dire, c’est qu’avant de regarder chez le voisin, il faut balayer devant sa porte. J’ai choisi ce thème, mais il y en a d’autres qui auraient aussi bien fait l’affaire. Je trouve tout de même le thème du voile islamiste révélateur d’un certain état d’esprit : malgré la quantité de choses qui ne vont pas dans ce monde, et malgré la gravité de certaines, des gens se focalisent sur la façon dont les femmes se vêtent dans telle ou telle culture. Quelle stupidité !

  3. Ah ce que je me sens libre. Je me suis toujours vêtue comme je voulais, quitte à me faire moquer par mes camarades de collège et lycée parce que j’étais pas « dans la norme ».
    Vive la liberté entre les extrêmes quels qu’ils soient ! Merci Claude.

  4. Les fantasmes ne se mesurent pas à la longueur du tissus mais plutôt à l’image de la femme dans les différentes sociétés. Les sociétés modernes affranchies des thèmes religieux rigoureux et passéistes assimilent de moins en moins la femme à un objet sexuel et c’est tant mieux : il faut préciser qu’elles ont oeuvré pour ça.
    Une femme libre et cultivée dans une société moderne ne se baladera pas -à mon sens- avec une jupe au raz des fesses afin de montrer son string au risque de passer pour une dinde.

    Une femme voilée dans un pays libéré de la tyrannie machiste restera estampillée « communautaire » alors que à l’autre bout du monde, bien des femmes afganes voudraient casser leurs chaines.

  5. Mon fils est tout content, il s’est acheté une voiture qui « en jette » avec une belle robe et surtout des jantes hyper-séduisantes… Dans deux mois il passe son permis et le 23 décembre il aura 18 ans !
    You may think whatever you want… I shouln’t possibly comment…

    Merci Claude pour ton « histoire vraie » et néanmoins banale. J’ai bien aimé raz le bonbon… à la place de raz le pompon… Perso je n’ai jamais sacrifié mon confort à la séduction, ce qui ne m’a pas empêchée de me marier trois fois… Et je n’ai aucun contentieux avec les hommes en ce qui concerne ma liberté. Mais bon, je n’ai jamais eu peur d’être seule non plus…

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