La très belle chute de Öxarárfoss, dans le parc national de Thingvellir.

L’Islande, c’était un vieux rêve, celui de voir du blanc jusqu’à l’horizon et au‐delà, de voir une aurore boréale, de voir des icebergs. J’y suis allé, avec mon fils aîné.

Pour les icebergs, c’est raté, il faut « monter » bien plus au nord pour en trouver. Fichu réchauffement climatique ! Pour l’aurore, elle était timide, mais on en a vu une. Pour le blanc, c’est réussi, au‐delà de mes espérances.

Car l’Islande, c’est du blanc à plat. Je veux dire qu’on a l’habitude, chez nous, en France, de voir du blanc sur les montagnes. C’est normal, plus on s’élève, plus il fait froid, plus il y a de neige. Mais l’Islande, c’est un pays plat, l’altitude moyenne est de 500 m. Alors, il y a d’immenses vallées, de vastes espaces très larges, plus larges que ce que nos yeux peuvent embrasser, même en s’y mettant à deux, et c’est d’un blanc parfait, juste parsemé par endroits de points sombres qui sont des cailloux. C’est magnifique, ça fait un bien fou de ne pas avoir de limites, que rien n’arrête le regard ni en profondeur, ni sur les côtés, ni parce qu’une autre couleur intervient. Loin d’être monotone, ça repose l’âme.

Très vite, au bout de quelques heures seulement, je me suis dit qu’il n’y avait sans doute pas un site, un paysage ou un point de vue dont je pourrais dire qu’il est moins beau que le reste.

Vous l’avez compris, j’ai eu un coup de foudre. J’aurais pu être déçu, parce que j’espérais voir ça depuis si longtemps que je m’étais fait une image idéalisée, et que je risquais d’être désappointé en découvrant la réalité, mais non. C’est tellement plus beau que dans mes rêves !

Il y a le froid, bien sûr, fin janvier. Cependant, l’Islande est réchauffée par le Gulf Stream, le froid n’est pas violent, il est sec et très supportable quand on est bien habillé et tant qu’il n’y a pas de vent. Ah, le vent islandais… Pourtant, j’aime le vent, même violent, j’ai l’impression que l’atmosphère me masse. Mais ce vent‐là vient de loin au nord. Moi qui ne crains que la chaleur, moi qui ne redoute rien au‐dessous de 15 degrés, j’ai eu froid à deux reprises en Islande, malgré bonnet, gants et sous‐couches, à cause du vent.

Généreux malgré tout, ce vent se fait spectacle quand il balaye la route devant la voiture, ou le chemin sous les pieds du marcheur. Il colporte au ras du sol un léger voile de neige qui caresse la terre pour le plaisir des yeux. Toujours la beauté, où qu’on regarde.

L’Islande, c’est aussi l’eau. C’est des cascades par dizaines, des chutes, parfois hautes, parfois modestes, toujours remarquables, en partie gelées en cette saison, myriades de stalactites glacées. D’où vient toute cette eau ? L’Islande est une île relativement petite, d’origine volcanique, alors d’où vient toute cette eau ? De la neige, bien sûr, qui tombe, gèle un peu en surface, puis fond au printemps, va à la terre, en ressort en rivières, en cataractes, coule, s’évapore et retombe. Comme il y a beaucoup de neige, il y a beaucoup d’eau.

La terre, le vent, l’eau… le quatrième élément de l’Islande est le feu. On ne le voit pas, pourtant il est partout, juste sous nos pieds sous forme de magma, dans les volcans en sommeil, et se rappelle à notre souvenir en jaillissant dans les geysers bouillants. Éruption d’eau chaude, cascade montante non loin des cascades dégringolantes, elle aussi retombe, refroidit et gèle à son tour en milliers de petits glaçons ronds comme des perles.

L’immense plage de Solheimasandur (3,5 km de large). Un léger vent balaye le sol, entrainant un voile de neige.

J’ai dit que l’Islande, c’est blanc ? Non, c’est noir et blanc. Car ce feu, qu’on voit rarement, s’exprime partout, omniprésent, dans la brûlure de la terre dès qu’elle perce la neige. Les roches sont sombres, cramées, le sable des plages est noir, directement venu des volcans ou déposé par Vulcain en personne. Le paradis blanc recouvre pendant l’hiver l’enfer noir tellurique.

L’Islande, c’est ce soleil qui ne parvient pas à se hisser au‐dessus de l’horizon. L’hiver, il se lève tard, mais éclaire bien avant d’apparaître, et se couche tôt, mais rayonne encore longtemps. Les jours, en janvier, sont courts, mais sont un long lever (ou coucher) de soleil. Quand on lui tourne le dos, on voit nos ombres s’étirer très loin, et quand on le regarde, sans risquer l’éblouissement tant il est timide, c’est un festival de roses dans le ciel et de reflets bleutés sur la neige, qu’il teinte délicatement. Entre les deux, un dégradé de tons extraordinaires et très doux, que je n’avais jamais vu ailleurs. J’ai dit que l’Islande, c’est noir et blanc ? Non, c’est rose et bleu.

L’été, il doit y avoir de l’herbe à profusion grâce à toute cette eau. Mais l’hiver, seuls quelques buissons faméliques et décharnés passent leurs maigres branches à travers la neige. Il n’y a presque pas d’arbres, juste quelques peupliers squelettiques et des sapins épais, rares taches de vert sombre dans ce monde de pâleur.

Peu d’animaux, aussi. Des corbeaux, bien plus gros que les nôtres, des canards où il y a lac ou rivière, et les chevaux islandais, petits, trapus, velus, qu’on sent d’une force immense pour leur stature, qui sont toujours dehors, jour et nuit, quelles que soient la météo et la température.

Conduire, c’est entrer dans un monde en noir et blanc, encore. C’est rouler sur des routes toutes droites, qui se perdent au loin, et qui sont verglacées. Ici, le 4×4 est quasi obligatoire et permet, après une appréhension qui ne dure que quelques kilomètres, de piloter normalement, et d’aller à 90 km/h même sur les voies secondaires parfois moins bien déneigées que les grandes. C’est se déplacer entre deux plaines blanches, sur un ruban noir qui file vers son point de fuite.

Une faille sans doute provoquée par un ancien séisme.

Les villes sont le territoire des hommes, en Islande comme partout. Reykjavik a beau être une capitale, la plus nordique du monde, elle ressemble à nos préfectures provinciales. Quelques chiffres : il y a 17 fois moins d’habitants qu’à Paris, mais la superficie est 2,5 fois supérieure, alors la densité de la population est 44 fois inférieure. Il y a peu d’immeubles à Reykjavik, ils ne sont pas très hauts, et beaucoup sont occupés par des bureaux. L’ambiance dans les rues est presque celle d’un gros village, même le samedi soir. Toutefois, et ça m’a semblé étrange, certains quartiers sont traversés par de très larges artères à trois ou quatre voies, sortes autoroutes urbaines souvent dénuées de trottoirs où l’humain n’a guère sa place. À quelques centaines de mètres, pourtant, il y a des jetées s’avançant dans l’Atlantique nord (le Groenland est droit devant, à 600 km), des phares et, quelle bizarrerie pour nous, des cygnes nageant dans ces eaux marines ! La nature se faufile en ville, même sous forme de caricature, comme sur cette église au nom imprononçable (Hallgrímskirkja), dont la façade imite les colonnes basaltiques que le feu sculpte dans la roche noire.

L’Islande, c’est également la fumée. Le feu souterrain, je vous ai prévenu qu’il est partout, s’exprime aussi en vapeurs. Il chauffe les eaux, tellement qu’il y a des sources d’eaux chaudes, piscines de plus de 30° au beau milieu des plaines gelées ! Le nom de Reykjavik signifie « La baie des fumées ». Loin des villes, dès que le soleil réchauffe l’air, l’eau froide fume, à moins que ce soit l’inverse. Dès que le froid s’invite, les hommes allument des feux et les cheminées fument.

L’Islande, c’est un amas de contradictions magnifiques : c’est de la terre et de l’eau partout, beaucoup de feu qu’on ne voit pas et un froid omniprésent, du vent pour mélanger le tout. C’est noir et blanc, mais surtout blanc, envahi de rose et bleu. C’est la nature au cœur des villes, des villes humaines traversées par des autoroutes, de la fumée, de l’eau qui tombe, qui monte, qui descend, qui coule et qui gèle, c’est une lumière douce et dorée, des ombres en quantité. C’est si beau que les Islandais ne doivent rien savoir du laid.

Le site de Thingvellir. De 930 à 1798, ce fut le siège de l’Althing, parlement islandais, l’un des plus anciens d’Europe.

Le vent dépose des flocons partout où ils peuvent s’accrocher, le froid fait le reste pour créer des colliers.

Ce qui s’appelle reposer en paix…

La plage de sable noir de Reynisfjara, dans le sud.

C’est quand l’homme se plante au milieu de l’immensité qu’on réalise sa petitesse. Ou la grandeur de ce qui l’entoure.

En gelant, les éclaboussures des cascades forment des myriades de petites perles de glace.

La magnifique chute de Skogafoss.

Aurore boréale !

La route n°1, qui fait le tour complet de l’Islande.

Une petite baignade en rivière, ça vous tente ?

À plusieurs endroits, nous avons remarqué ces alignements de peupliers, sans doute plantés ainsi pour casser l’effet du vent.

Les petits et résistants chevaux islandais.

L’église protestante de Hallgrímskirkja, à Reykjavik.

La presqu’île de Grotta.

Geysir, qui a donné son nom à tous les geysers du monde.

Une petite vidéo, pour finir de vous mettre l’eau à la bouche. Dans la voiture qu’on voit au début, il y a mon fils, qui pilote le drone, et moi, qui me contente de la bagnole.


Commentaire

L’Islande en hiver — 2 commentaires

    • Gla gla. 🙂 Au risque de me répéter, en prenant des précautions de bon‐sens, le froid islandais, très sec, est parfaitement supportable.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *