Plus pire qu’une plaie, le pléonasme est une hantise effrayante pour tout auteur. Il craint de voir la lourde et pesante redite s’inviter dans son texte écrit. Il est vrai qu’à vouloir faire trop bien, on en fait parfois bien trop. Qui ne s’est pas vu, par souci de précision, tomber dans l’excès, et déclarer que répéter de nouveau est une grave faute ? Si je peux me permettre, je crois que cela est arrivé à tout le monde entier.

Ainsi, par exemple, j’ai vu de mes yeux un homme chercher en fouillant, sa première priorité étant de trouver la panacée universelle contre ces pléonasmes redondants qui gênent désagréablement le lecteur déchiffrant ses lignes. Le hasard imprévu parvenant toujours à glisser discrètement et sans qu’on s’en rende compte de telles verrues dans nos textes, il convient de rester attentivement aux aguets afin de limiter leurs intrusions intempestives.

Il arrive même qu’une périssologie semble légitimement justifiée. Car en effet il se peut que parfois de temps en temps une manière d’insister une nouvelle fois paraisse nécessaire. Mais ce n’est qu’un leurre trompeur, toute adjonction supplémentaire ne pouvant que nuire à un texte en lui portant atteinte.

S’il était possible, dans notre démocratie populaire, de prévoir à l’avance toute dérive du vocabulaire et faire en sorte d’agir pour que nos mots évitent ces maux, nous applaudirions à deux mains la réussite de ce succès. Mais l’interminable chemin sera long jusque-là, et il y aura beaucoup de marche à pied pour y parvenir.

Pourtant, si nous pouvions, à l’instar de ceux qui ont fermé les maisons closes, verrouiller à clé la porte à toute disgracieuse et laide répétition, nos textes se trouveraient allégés d’une lourde pesanteur.

Tous les spécialistes sont unanimes : à moins de respecter le mutisme le plus total, éviter les pléonasmes est d’une difficulté particulièrement ardue. Il s’agit là d’une vérité qui s’est déjà avérée exacte.

Auteurs, mes frères, au jour d’aujourd’hui, nous devons nous entraider mutuellement et nous unir ensemble pour lutter dans un combat acharné contre ce fléau catastrophique, afin qu’il recule en arrière. Telle la paire de jumelles qui sont complémentaires l’une de l’autre, nous devons nous serrer les coudes à pleines mains afin de terrasser ce mal et que son cadavre inanimé cesse de s’agiter, voire même qu’il se vide d’une hémorragie de sang.

De sinueux méandres nous séparent encore du temps où de joyeux lurons célèbreront la réussite victorieuse. Lequel d’entre nous arrivera le premier en tête à réaliser un texte sans tache ? Celui-là méritera une sérénade du soir pour avoir réalisé la plus absolument impeccable de toutes les œuvres.

Il ne restera alors qu’une seule expression litigieuse, mais intouchable, apanage exclusif des auteurs facétieux : “un lecteur amusé”.


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