Le myrmécologue

Elle m’a dit « Bonjour ».

J’ai répondu « Bonjour » moi aussi, bien sûr.

C’est de la politesse.

Elle a ajouté « Je suis une fourmi. »

J’ai répondu, un peu trop vite « Je sais, j’ai vu », mais j’ai eu peur de la vexer, alors, pour me rattraper, j’ai proposé « On se tutoie ? »

Elle m’a regardé, et elle a dit « Si vous voulez. »

Je ne savais pas quoi lui dire. Ce n’est pas facile de faire la conversation à une fourmi, quand on est un humain. Alors, j’attendais qu’elle commence.

Mais elle ne disait plus rien. Ça ne doit pas être facile de faire la conversation à un humain, quand on est une fourmi.

Alors, j’ai dit « Il fait très beau, aujourd’hui. C’est agréable. »

Elle n’a pas répondu de suite. Elle a regardé le ciel, elle a agité son abdomen, elle a penché la tête, puis elle a dit « Oui, il fait très beau, aujourd’hui. » Et elle a ajouté après réflexion « Il y a du soleil, mais pas trop. Il fait sec, mais pas trop. Et il y a de bonnes odeurs, par ici. »

C’était la première fois depuis notre rencontre qu’elle parlait autant. J’étais impressionné. Ça doit être difficile de parler autant, pour une fourmi. Elle était si petite !

Elle s’agitait, et elle agitait ses antennes dans toutes les directions. Comme si elle était inquiète. Pour la rassurer, j’ai affirmé « N’aie pas peur, il n’y a pas de tamanoir, dans cette région ». C’était idiot, de dire ça. J’ai eu l’impression qu’elle haussait les épaules, mais elle a répondu poliment « Je le sais. Mais il y a des termites. »

Ah, des termites ! Je n’avais pas pensé aux termites. Je me suis dit que je devais lui parler d’autre chose, pour qu’elle se détende. Et si un termite venait, ou même plusieurs, j’étais bien assez fort pour défendre une fourmi.

Alors, pour détourner la conversation, j’ai demandé « Tu te promènes ? »

Elle m’a regardé avec un drôle d’air, et elle a répondu « Mais non, je travaille ! », comme si c’était parfaitement évident.

Bêtement, j’ai demandé aussi « Tu ne te promènes jamais ? »

Là, j’en suis sûr, elle m’a regardé avec mépris. « Évidemment, non. » a-t-elle déclaré. « Les fourmis travaillent tout le temps pour le bien de toutes. Dans notre colonie, chacune a une fonction et la tient durant toute sa vie, sans jamais s’arrêter, du premier au dernier jour. Nous travaillons, nous ne perdons pas de temps à nous prome… »

Elle n’a pas pu finir sa phrase parce que j’ai mis mon pied sur elle. Puis j’ai mis mon autre pied et j’ai bien insisté, pour être sûr. Je suis très lourd, ma femme me le reproche souvent. Alors, songez combien je dois être lourd et grand pour une toute petite fourmi.

Mais je ne pouvais pas la laisser comme ça, la pauvre…


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