Toi, mon fils

Christina Schwab

Que tu es beau mon fils, que tu es beau.

Je te détaille, à la dérobée, morceau par morceau.

Je commence par tes mains.

Tiens, tu ne te ronges donc plus les ongles ?

L’ovale en est parfait.

Momentanément.

Vas-tu, comme moi à ton âge, te rendre compte soudain qu’elles se fripent, tes mains, et pleurer d’angoisse sur le temps qui passe ?

Mon regard remonte ensuite le long de ton bras.

Un frison de poils blonds sur ta peau bronzée.

Petit pain doré, croustillant, qu’on voudrait dévorer.

Halte ! Plus à moi ce terrain là.

Heureuse sera l’élue qui en profitera.

Le coude enfin et sa fossette.

Ce bras, sans cesse mobile : “Tiens-toi tranquille, enfin !”.

Mi-enfant et pourtant mi-homme parfois.

Un devenir.

Un potentiel.

Tes épaules.

Droites, dignes.

Petit prince antique.

Un pur sang bleu. Bel étalon.

Plein de fougue et d’orgueil.

Épaules en berne, tu es défait, oh, mon embryon d’homme.

Épaule agressive, tu vas de l’avant, de toute la force de ta mâlitude.

Passionnément sapiens je te sens.

Si fort.

Si fragile.

Et moi, ta mère, j’ai ce pouvoir,

d’un regard,

d’une parole,

de te détruire,

de te castrer.

Comme des millions de mères l’ont fait, avant moi, à des millions de fils.

Et moi, ta mère, je panique à l’idée de détruire, ne serait-ce que l’ombre d’un soupçon de ta virilité, présente et à venir.

Alors j’apprends par coeur chacun des petits cheveux qui frisottent sur ta nuque. Pour le jour où je devrai survivre avec ce seul souvenir.

Je hume chaque fois que je peux le voler, mais t’en doutes-tu seulement ?

Le parfum de la crinière qui surplombe ton front. Que je trouve si intelligent.

Tes yeux pétillent déjà qui s’assombrissent quand tu es contrarié. Qui deviennent arrogants quand ton orgueil est ta seule protection. Ta seule armure.

Ton nez est droit et bien fait, malgré la cicatrice qui l’enclôt. Souvenir d’un accident de ta petite enfance.

Tes cils, à faire pâlir d’envie, toutes les copines que déjà, tu ramènes chez nous.

Tes joues, mon fils, tes joues, encore exemptes de barbe (pour combien de temps ?), depuis tes premières minutes, tes premières heures, j’en dévore la douceur, sans jamais te le dire, d’ailleurs, qui me croirait ? Une douceur pareille, ça n’existe que dans les romans…

Et je m’arrête au plat de résistance.

Ton sourire.

Un livre entier ne suffirait pas à le décrire.


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