La cantatrice chauve

CantatriceChauve1Cela faisait presque un an que je n’étais pas allé au théâtre. Ce grave manquement est corrigé grâce à cette pièce d’Eugène Ionesco, qui date de 1950. C’est l’une des plus jouées en France, présentée sans discontinuer depuis 1957 à Paris, au Théâtre de la Huchette (record du monde de durée) !

Ce n’est pas là que je l’ai vue, mais dans le cadre du Grenier de Toulouse, qui fête cette année ses 70 ans.

C’est une pièce assez particulière, qui s’inscrit dans le théâtre de l’absurde. Il vaut mieux être averti et ne pas s’attendre à un récit qui se tient de façon traditionnelle, avec une logique et un fil conducteur. On nage dans le loufoque, mais celui-ci n’est pas dénué d’humour, au contraire.

CantatriceChauve2La représentation à laquelle j’ai assisté était mise en scène avec beaucoup d’originalité par Pierre Matras. Les décors, les mimiques, les costumes, tout converge pour accentuer l’aspect farfelu. Par exemple, les deux principaux personnages féminins sont vêtus de manière similaire, et tous les hommes sont roux, portant un gilet orange. Et le jeu des acteurs était absolument parfait. Un grand bravo à eux tous.

Que de rires, aux cris poussés par Mme Smith ou la bonne, aux gestes effectués par tous en même temps, au masque protecteur exhibé par le pompier ! Tout est articulé autour de dialogues volontairement d’une grande banalité, inspirés des phrases que l’on trouve dans les manuels d’apprentissage des langues, et le résultat est d’une drôlerie totale. Si vous avez l’occasion d’assister à une représentation de ce chef-d’œuvre, ne la laissez pas passer.

L’étranger

EtrangerAfficheDe son vivant, Albert Camus a systématiquement refusé toute transcription théâtrale ou cinématographique de l’étranger. Pourquoi ? On l’ignore. Peut-être parce qu’il estimait que cet écrit avait la forme d’un roman, et qu’il aurait été dénaturé par un tel traitement. Pourtant, pour des acteurs, cette œuvre fourmille, paraît-il, de détails qui évoquent directement l’art dramatique et les planches. C’est ainsi qu’une adaptation a finalement eu lieu. J’ai eu la chance d’assister hier soir à une de ces représentations, au théâtre l’Escale de Tournefeuille, près de Toulouse, mise en scène par Stéphane Batlle.

Le résultat est une pièce extraordinaire, travaillée jusque dans ses moindres recoins. Laurent Collombert est resté seul en scène pendant une heure et demie, avec seulement deux accessoires : un document relié et une corde de quelques mètres de longueur. Le document représente selon le contexte les notes du narrateur, les dossiers de l’avocat, le registre d’un tribunal. La corde est utilisée pour dessiner par lignes sinueuses des scènes sur le sol… de la scène, ou comme accessoire qui meuble et remplit les mains de l’acteur. Avec ça, des jeux de lumière simples, mais puissants. Des halos sur le personnage, tout le reste dans le noir (solitude exagérée), des carrés de lumière (enfermement dans ces limites), jeux d’ombres, aussi, dans lesquelles l’acteur se dédouble : lui est un personnage, l’ombre gigantesque un autre.

EtrangerSceneJe ne peux pas dire si cette adaptation est fidèle au roman de Camus, car je ne le connais pas assez bien. (C’est loin, l’école !) Mais j’ai passé une excellente soirée à (re)découvrir cette œuvre magistrale. À la fin de la représentation, l’acteur et le metteur en scène ont expliqué quelques points et répondu aux questions du public dans une intervention pleine d’humour, contrastant avec le sérieux et l’ambiance un peu glauque de la pièce.

Un homme trop facile

HommeTropFacileIl ne s’agit pas d’un roman, mais d’une pièce de théâtre… qui peut se lire comme un roman. En effet, même si la mise en page est celle d’une pièce, chaque tirade précédée du nom du personnage qui parle, il est tout à fait possible de découvrir ce texte comme un livre “normal”, les didascalies (indications de mise en scène) étant intégrées à l’écrit. Le lecteur s’habitue très vite à cette présentation peu familière.

Le sujet est… une pièce de théâtre, précisément, car il y a presque une pièce dans la pièce. Alex est un acteur renommé et très populaire qui s’apprête à entrer en scène pour jouer Le Misanthrope de Molière. Il s’agit d’un personnage qui déteste tout le monde, ne voyant partout qu’hypocrisie et lâcheté, ce qui ne l’empêche pas de tomber amoureux de la belle Célimène, qui est pourtant affublée de nombreux défauts.

Pendant qu’Alex met la dernière touche à son costume, Alceste, le vrai misanthrope de la pièce, apparaît dans son miroir et s’adresse à lui ! Il est même le seul à le voir et à l’entendre, ce qui donne des situations cocasses lorsque l’habilleuse, l’actrice qui joue Célimène ou la fille d’Alex entrent dans sa loge. Un échange a lieu entre l’acteur et le personnage, entre l’épicurien qui dévore la vie à belles dents et l’idéaliste qui la voit en noir.

La pièce est une série de circonstances où les défauts de l’humanité sont tour à tour dénoncés et excusés, le tout avec beaucoup d’humour, et au moyen de personnages secondaires caricaturaux. Éric-Emmanuel Schmitt s’est à l’évidence beaucoup amusé en distribuant les rôles. Il a pris un malin plaisir à faire s’exprimer Alceste en alexandrins et en langage vieilli, à la manière de Molière, ce qui ajoute encore du plaisir à la lecture.

J’espère voir un jour cette pièce sur une vraie scène.

Dessine-moi une maison

DessineMoiMaison

Envie d’une petite pièce de théâtre ? C’est parti…

Elles sont quatre : Paulette, L’intello, Leïla et Maki. Elles sont SDF et cohabitent bon gré, mal gré sur un bout de trottoir. Stress, agressivité, découragement et discrimination sont leur quotidien. Un jour, elles trouvent une boîte de craies de toutes les couleurs et elles s’en servent pour dessiner, à même le sol, les maisons de leurs rêves. Pour elles, c’est l’occasion de laisser libre cours à leur imagination, c’est une parenthèse dans leur existence de galère, et c’est aussi une façon de faire renaître les espoirs abandonnés d’une vie meilleure.

Ne pensez pas qu’il s’agit d’une pièce austère, critique de l’exclusion, discours contre la désinsertion… pas du tout. On rit beaucoup devant cette scène. Ces critiques militantes sont même caricaturées avec beaucoup d’humour par l’intrusion régulière de Nina, habitante du quartier et gauchisante convaincue, qui tient absolument à venir en aide aux quatre sans-abri.

Il y a de la délicatesse, de l’humanité, de la drôlerie, de l’amitié, et surtout beaucoup de légèreté dans cette pièce d’Émmanuelle Urien. J’ai passé un excellent moment, trop court, en regardant ces cinq filles qui sont évidemment une petite troupe de théâtre, mais aussi une bande de copines qui s’amusent énormément sur scène, et qui communiquent cette gaieté et cette passion aux spectateurs.

Avec Sonia Cure, Myriam Jnib, Carole Pasquet, Nathalie Sellam et Noëlle Valin, mise en scène de Nathalie Dewoitine et Pascal Lebret.

Oscar et la dame rose

OscarDameRoseJe ne vais pas vous parler du livre d’Éric-Emmanuel Schmitt, mais de la pièce de théâtre tirée du livre, que j’ai eu le plaisir de voir hier soir.

Oscar a dix ans. Atteint d’une maladie malheureusement incurable, il est à l’hôpital des enfants. Il reçoit la visite de Mamy Rose, une bénévole ancienne catcheuse. Elle lui conseille d’écrire à Dieu, et de faire comme si chaque journée durait dix années. La pièce est constituée des lettres qu’Oscar adresse à Dieu, dans lesquelles il raconte ses journées, ses espoirs, ses joies et ses peines, et dans lesquelles transparaît aussi sa rapide dégénérescence.

Le texte est à la fois tendre, poignant et triste, mais aussi plein d’humour. À plusieurs reprises, la salle a éclaté de rire devant des réflexions, des points de vue et des descriptions dont la spontanéité est bien celle d’un enfant.

Je n’ai pas (encore) lu le livre, et je ne sais pas dans quelle mesure la pièce lui est fidèle. Je ne suis pas non plus un spécialiste du théâtre, mais j’ai énormément apprécié cette représentation et la performance de l’acteur Pierre Matras, seul en scène pendant une heure et demie, qui parvient très vite à faire croire à son public qu’il est un gamin malade, mais plein de vie, tout en conservant une gestuelle, une diction et une fraicheur de gosse. En plus, il incarne par la voix une dizaine de personnages différents. Il a eu droit à quatre rappels, et était visiblement ému, autant que nous, public, étions ravis de la représentation, qui était une des dernières données en province.