Jean Anglade 1915–2017

Jean Anglade nous a quitté à 102 ans. Il était un auteur très prolifique, avec une centaine de livres à son actif. Des romans, essentiellement (le premier publié en 52), mais aussi des essais, des biographies, de l’Histoire, etc.

Très attaché à son Auvergne natale, il n’a cessé de la chanter et de la peindre dans ses bouquins avec une tendresse et une sensibilités immenses. Les personnages qu’il a créés sont décrits avec une foule de détails qui les rend extrêmement vivants et crédibles, les racontant souvent depuis leur enfance jusqu’à leur vieillesse, en faisant pour le lecteur des compagnons qu’il n’oubliera pas.

J’ai brièvement croisé sa route il y a quelques années, il n’avait que 98 ans. Son dernier roman a été publié le jour de ses 100 ans, mais selon certains bruits, une œuvre posthume attendrait chez un éditeur.

Le livre est le meilleur remède contre l’ignorance, la bêtise, le racisme, l’ennui, la solitude, le chagrin.

André Ruellan 1922–2016

« Après l’inspiration, le poète expire. » Appliquant avec tout le sérieux qu’il convient les usages du savoir-mourir et qu’« apprendre à mourir exige du temps », André RUELLAN, alias Kurt STEINER, est décédé le jeudi 10 novembre 2016, à Paris, à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans. Il s’est éteint d’un souffle, sans bâcler son agonie, ni râle déplacé, conformément à la bienséance. Ses amis et proches apprécient l’élégance du geste.

andreruellan

« La mort est un ennemi supérieur en ombres. »

C’est presque par hasard que j’apprends qu’André Ruellan nous a quittés le 10 novembre.

Il était très discret et peu connu hors du monde de la science-fiction.

Ce que j’admire le plus chez lui, c’est la façon extraordinaire dont il a vécu sa vie. Il a commencé par être instituteur puis, à vingt-cinq ans, il s’est lancé dans des études de médecine et a exercé pendant une dizaine d’années. Petit à petit, il s’est mis à écrire, sous divers pseudonymes : Kurt Dupont, André Louvigny, Bazeïlius Schmorll… mais c’est en tant que Kurt Steiner qu’il a produit ses meilleures œuvres, dont Le disque rayé, Le 32 juillet et le cycle d’Ortog. Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.

En 1963, il a franchi le pas et a commencé à publier sous son vrai nom. Ce premier livre fut le Manuel du savoir-mourir. Il ne pouvait donc pas s’en aller sans un avis de décès digne de lui, que j’ai reproduit ci-dessus.

Mes préférés de 2015

On n’échappe pas à la tradition, celle du bilan de la Saint-Sylvestre.

Bien sûr, 2015 a été une année mouvementée socialement, commencée (en France) par le drame de Charlie-Hebdo et terminée avec la tuerie du 13 novembre. On peut n’en retenir que le sang, les larmes et la souffrance, n’en garder que l’incompétence des politicards de tous bords, essentiellement soucieux de tirer à eux la couverture, mais je préfère en conserver les élans de solidarité, l’émotion commune et l’amitié renaissante, sans cesse renforcée, entre les femmes et les hommes qui constituent les peuples du monde.

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Cependant, mon domaine habituel, vous le savez, concerne la littérature.

En 2015, j’ai lu et commenté sur ce site 74 livres. En plus, j’en ai lu (ou au moins commencé) une cinquantaine d’autres. Certains ne m’ont pas plu, ou je n’ai pas accroché, et je les ai abandonnés en cours. C’est un des droits du lecteur de ne pas poursuivre un bouquin qui l’ennuie ou ne lui apporte rien. Il y en a une quarantaine que j’ai lus entièrement, mais dont je n’ai pas parlé, en général parce qu’ils m’ont laissé indifférent. Je ne savais tout simplement pas quoi en dire ni comment le faire.

J’ai fait un tour d’horizon des livres commentés, et j’en ai retenu 12, un par mois en moyenne, qui ont laissé « quelque chose » en moi et dont je recommande chaudement la lecture. Il s’agit de :

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En 2015, j’ai également écrit 47 minifictions. Pas mal, pour une année de 52 semaines, et alors que j’avais prévu d’arrêter à la 100e, fin 2014 !  :-P Je suis bien décidé à ne pas interrompre la série, et à tenir le rythme hebdomadaire en 2016.

2016, qui arrive à grands pas, qui sera là dans quelques heures. Je prends un peu d’avance et je vous souhaite à toutes et à tous d’en faire une année de feu. Toutefois, il ne sert à rien de faire des vœux et d’attendre. C’est vous, c’est moi, c’est nous qui en ferons ce qu’elle sera. Alors, n’hésitons plus…

Vœux 2016

Terry Pratchett, 1948–2015

TerryPratchett

C’est quoi, avoir du génie ? Chacun ira de sa définition. Voici la mienne : un génie, c’est quelqu’un qui est susceptible d’explorer des chemins totalement inédits. Dans le domaine des sciences, ça s’appelle de l’intuition ; dans le domaine des arts, de la créativité. À mon sens, Terry Pratchett était un des plus grands génies de la littérature, capable d’avoir des idées entièrement nouvelles, dénichées sans que rien auparavant les ait annoncées ni suggérées.

Il a écrit le formidable Grand livre des gnomes, Le Peuple du Tapis, La Face obscure du Soleil… Mais son œuvre maîtresse est incontestablement Les Annales du Disque-monde. Imaginez un monde circulaire plat, posé sur le dos de quatre éléphants, se trouvant eux-mêmes sur la carapace d’une tortue géante qui se déplace dans l’univers. Et sur ce monde… des sorciers, de la magie, un chameau mathématicien, un singe bibliothécaire, des tonnes de délire absurde, décapant, hilarant, sans queue ni tête, mais des histoires qui malgré tout retombent toujours sur leurs pattes. En tout, 40 courts romans truffés de parodies et d’allusions. Combien de fois, entre deux hoquets de fou rire, me suis-je demandé où il allait chercher tout ça ?

Tout ça, il allait le chercher dans son cerveau extraordinaire, qui pourtant l’a trahi. En 2007, il annonçait être atteint d’une forme rare de la maladie d’Alzeimer. Aujourd’hui, Rincevent, le sorcier calamiteux ancien étudiant de l’Université de l’Invisible d’Ankh-Morpork, doit pleurer. Et moi, je remercie sir Terrence, où qu’il soit, pour ces extraordinaires moments de lecture et d’humour.

Jack Vance, 1916–2013

JackVanceJack Vance vient de nous quitter. Écrivain de science-fiction, il s’était spécialisé dans le genre space opera, cette branche sans prétention de la SF, qui se contente d’aventures dans l’espace, avec multiples rebondissements. Lauréat de nombreux prix, il a écrit des dizaines de romans et des centaines de nouvelles, parfois sous un pseudonyme.

Parmi ses œuvres les plus marquantes, il y a le Cycle d’Alastor, les Chroniques de Durdane, la Geste des Princes-Démons, le Cycle de Tschaï, les Aventuriers de la planète géante…

Il a écrit jusqu’à plus de quatre-vingts ans, et il aurait sans doute encore continué à nous entraîner dans les aventures rocambolesques et palpitantes dont il avait le secret.

Bon vent, Jack, et merci !

Neil Armstrong, 1930–2012

Qui a permis à Neil Armstrong de marcher sur la Lune le 21 juillet 1969 ? Les ingénieurs de la NASA, bien sûr. Mais aussi les spécialistes des radiocommunications. Et aussi les informaticiens de l’époque, technique alors naissante. Et aussi les hommes qui ont mis au point les fusées dans les années 40. (Pour faire la guerre, hélas.) Mais aussi les astronomes qui ont découvert les lois de la mécanique céleste. Ainsi que les opticiens qui ont inventé les instruments pour observer l’univers. Et aussi les Chinois qui ont inventé les fusées au Moyen-Âge, pour en faire des feux d’artifice. Et aussi… Et aussi… Et aussi…

On peut remonter très loin de la sorte. On peut remonter jusqu’à l’antiquité, et même encore avant, à ce premier homme qui a regardé la Lune en se disant qu’un jour, on irait là-bas.

Le rêve était lancé. C’est ce rêve qui a déclenché tout le reste, les découvertes et inventions nécessaires, les calculs, les avancées, les exploits, les petits pas et les bonds de géant pour parvenir à Neil Armstrong qui, le premier, a foulé le sol de notre satellite en portant sur ses épaules ce vieux rêve fait par des milliers d’hommes et de femmes depuis des siècles : marcher sur la Lune.

Tout commence par un rêve. Sans rêve, pas de projet, pas de tentatives, pas d’apprentissage, pas de progrès, pas de réussite.

Alors, rêvons…


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Ronchon, le 26/08/2012

Oui, rêvons encore et toujours. Merci pour cet hommage à ce grand aventurier et aux rêveurs qui lui ont permis cet exploit.

Fahrenheit 451 n’est plus

Ray Bradbury nous a quitté.

Il est né en 1920 et avait été un des auteurs majeurs de l’âge d’or de la science fiction, dans les années 50. Il a écrit une trentaine de romans et environ cinq cent nouvelles, mais aussi quelques pièces de théâtre et scénarios de films.

Son œuvre principale, celle qui l’a fait connaître dans le monde entier est incontestablement Fahrenheit 451, qui est une condamnation du maccarthisme. Dans un futur noir, le travail des “pompiers” consiste à brûler des livres. (qui sont censés s’enflammer à la température de 451° fahrenheit.) Dans ce monde, posséder ou lire un livre est un crime. Montag est pompier, mais pourtant, il décide de soustraire un bouquin à l’autodafé et de le lire. Sa vie en est évidemment transformée. Il fini par rejoindre une communauté de dissidents qui ont appris chacun un livre par cœur afin de le sauver de l’oubli.

Mais il a également écrit d’autres œuvres importantes, telles les Chroniques martiennes et l’Homme illustré.

Je n’écris pas de science-fiction. J’ai écrit seulement un livre de science-fiction et c’est Fahrenheit 451, basé sur la réalité. La science-fiction est une description de la réalité. Le Fantastique est une description de l’irréel. Donc les Chroniques martiennes ne sont pas de la science-fiction, c’est du fantastique.

Et vous, si vous deviez incarner un livre, lequel choisiriez-vous ?


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Christina, le 06/06/2012

RIP
Merci pour ce bel article, nous ne l’oublierons jamais !

Tabin, le 06/06/2012

Quel auteur de talent ! Je m’associe à l’hommage rendu,
paix à son âme, une jolie plume qui s’envole au paradis !

Caroline

Dick, le 07/06/2012

Bel article

Ronchon, le 07/06/2012

Merci pour cet hommage. Je lis avec plaisir : La science-fiction est une description de la réalité. Le Fantastique est une description de l’irréel.
J’ai lu Fahrenheit 451. J’ai adoré comme tout le monde. Je l’ai lu justement, car c’était de la science-fiction précisément et aujourd’hui comme SF définie souvent aussi bien de la SF que du fantastique, je n’en achète plus pour ne pas avoir l’impression de m’être fait avoir.

Marie-Jeanne, le 08/06/2012

Choisir UN livre, c’est trop dur !
Et l’apprendre par cœur… Imagine que je choisisse « Les Misérables » de Victor Hugo. Je dis cela au hasard, mais c’est un livre qui me tient à cœur et que j’ai lu trois fois, bien qu’il compte trois gros tomes. Une fois parce qu’il était au programme de mes études de lettres, une fois dix ans plus tard pour le plaisir, et une fois encore pour un aveugle à qui je faisais la lecture, et qui l’a lui aussi beaucoup apprécié (j’avais intérêt à choisir pour lui des livres intéressants parce que s’ils étaient ennuyeux, il s’endormait !). Et j’ai une tendresse particulière pour ce livre parce que mes parents, qui n’étaient pourtant que des gens très simples qui avaient quitté l’école à douze ans pour travailler, l’avaient lu tous les deux (pas à douze ans, mais plus tard…), donc c’est un livre qui parle à beaucoup de monde, qui accroche les lecteurs, qui raconte une histoire et fait voyager dans l’espace et dans le temps. Un livre aussi qui offre un large éventail de personnages qu’on n’oublie pas…