La création est une fête

Il y a quelques jours, en rentrant du boulot, je me suis assis devant mon ordinateur pour écrire la minifiction de la semaine. J’hésitais entre trois idées. Une comique, qui mène le lecteur en bateau, révélant à la dernière phrase qu’il s’agissait de tout autre chose que ce qu’il avait cru ; une poétique, catégorie rêveuse, narrée à la première personne, qui incite à se poser des questions ; une autre…

Je me suis arrêté en pleine réflexion. J’ai cherché partout, elles n’étaient plus là. Je les avais perdues.

Impossible de retrouver l’excitation, la gaieté, la griserie qui étaient miennes il n’y a pas si longtemps. Le feu m’a quitté, une page est tournée.

La création ne doit pas être une contrainte, une obligation ou une tension. La création doit être un plaisir, elle doit être une fête.

J’ai toujours des idées à la pelle, j’ai toujours envie de tricoter des intrigues, de trouver le bon rythme, le mot exact, l’expression précise, j’ai toujours le désir d’améliorer mon style chaque fois, mais plus de cette façon.

Les minifictions, j’arrête.

J’arrête sous la forme d’une histoire de 1000 à 1200 mots chaque semaine.

J’arrête avant que ça devienne un stress, j’arrête avant que ce soit une routine, avant de me sentir fonctionnaire de la minifiction, chargé d’en produire une pour chaque samedi matin, comme si j’avais un quota à tenir.

J’arrête tant que je m’éclate, avant que je me lasse et que ce soit une corvée emmerdante.

J’ai écrit 256 minifictions ! C’est un joli nombre. Les passionnés d’informatique le savent, c’est 28, le nombre de valeurs que peut prendre un octet. Si l’on m’avait dit, lorsque j’ai posté la première fin 2012, qu’il y en aurait autant, presque sans interruption, je ne l’aurais certainement pas cru, ou j’aurais renoncé, parce que c’est long, cinq années avec ce rythme, et que j’aurais eu la trouille. Ç’aurait été vraiment dommage, car j’ai tant appris, en les écrivant !

Je vais continuer à écrire, bien sûr, c’est plus fort que moi. Je ne pourrais pas me passer d’inventer des histoires, je l’ai toujours fait, et je le fais tout le temps. Je regarde aux alentours, je vois, par exemple, une femme qui traverse une rue avec une écharpe autour du cou, et dans ma tête une petite voix raconte : « L’écharpe hâtivement nouée sur son col trop échancré pour ce matin frileux, elle traverse la rue en courant, songeant au rendez-vous qu’elle ne peut se permettre de louper… » Je fais ça du matin au soir, pour tout ce que je vois ou entends. Certains ont la manie du rangement, d’autres parlent tout seuls… moi, j’observe, et je relate ce que j’ai vu en faisant comme dans un livre.

D’ailleurs, en ce moment même, pour expliquer que je vais arrêter, je suis encore en train de raconter comme si c’était une histoire. Je ne peux pas m’en empêcher !

Je vais écrire des nouvelles différentes, plus longues, qui me permettront de donner plus d’ampleur au thème, plus d’espace à l’intrigue, plus de consistance aux personnages. Je prendrai mon temps, et je m’éclaterai, j’espère, afin que toi, lectrice ou lecteur, tu t’éclates aussi en me lisant.

La date approche où je vais pouvoir cesser de travailler. J’aurais enfin du temps pour réaliser quelques-uns des nombreux projets que je garde en attente depuis des années, entre autres celui d’écrire des romans. Il y en a un en particulier qui fait les cent pas dans la tête depuis un bon moment, dans lequel je peine à m’immerger vraiment tant que je ne suis pas libéré des obligations professionnelles.

Il y a tant de choses à écrire, tant de projets auxquels je voudrais me consacrer !

Chère lectrice, cher lecteur, ce n’est pas un adieu, rassure-toi. J’espère tout de même qu’elles te manqueront, mes minifictions !