Prix loufoques

La rentrée littéraire approche à grands pas et avec elle son cortège de prix littéraires, dont les principaux (entendez par là les plus juteux commercialement) sont décernés en novembre, donc avant la période des fêtes.

La France est championne du monde dans ce domaine, même si ce n’est pas là qu’on l’attendait, puisque environ 2000 prix sont décernés chaque année dans notre pays. Je viens juste d’apprendre la création d’un « Prix Jean Anglade du premier roman ». Bientôt, il y en aura au moins un par ouvrage ! Non, quand même pas. Ce qui est sûr, c’est que cette manie de décerner des prix à des bouquins est une habitude bien de chez nous. Aucun autre pays n’en fait autant pour gonfler les ventes. Est-ce efficace ? Je n’en suis pas personnellement sûr, mais je ne suis pas un spécialiste, et de toute façon, personne ne me demande mon avis. C’est d’ailleurs bien pour ça que je le donne, sinon, je le vendrais.

Parmi ces prix, certains sont plus connus. On dit « plus prestigieux », bien que je ne sois pas certain que ce soit le cas. Ainsi, le Goncourt assure à son auteur (et son éditeur) un minimum de 300.000 exemplaires vendus, et le Goncourt des lycéens encore plus ! Le Renaudot, le Femina, l’Interallié, le Prix du roman de l’Académie française, le Médicis… tous ces noms sont connus, et tout auteur rêve d’être un jour couronné par l’un d’eux.

Mais qu’en est-il donc de tous les autres, puisqu’ils sont si nombreux ? Qui sont-ils ? Beaucoup sont décernés par des éditeurs, des lecteurs, des libraires, des magazines, etc. Aujourd’hui, je veux surtout vous parler des prix loufoques.

Oui, oui, vous avez bien lu : il existe des prix littéraires complètement dingues, insolites, timbrés. Il est impossible d’en dresser une liste exhaustive, car ils sont très nombreux et parce que ces trophées sont assez mal connus et qu’il n’est pas facile de les traquer. J’en ai tout de même déniché quelques-uns bien farfelus.

Le prix de la page 111 récompense la meilleure page 111 d’un roman. Fallait y penser.

Le prix Chlore couronne la meilleure scène de piscine. Pourquoi pas ?

Le prix Bartleby est décerné (évidemment) à un roman inachevé. De quoi rassurer les auteurs qui sèchent devant une page blanche, puisque eux aussi peuvent décrocher une récompense !

Le prix du mauvais genre… comme son nom l’indique.

Le prix de l’inaperçu met en lumière un roman que personne n’a remarqué, bien qu’il possède des qualités certaines, ce qui n’est pas un maigre paradoxe.

Le prix Boncourt planche sur la même sélection de livres que le Goncourt, mais il est décerné par des habitants de Biarritz, avec un B comme Boncourt.

Le prix Virilo est un peu plus connu. Puisqu’à son origine, le comité Goncourt n’était constitué que d’hommes, le prix Femina a été créé et est décerné uniquement par des femmes. Du coup, le Virilo est décerné indifféremment par des hommes ou des femmes, avec toutefois obligation de porter la moustache (éventuellement fausse), et couronne un livre comportant des scènes osées.

Le prix Monte-Cristo est décerné, quelle ironie, par un jury de détenus de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. On dit que la lecture permet de s’évader…

Le prix Rabelais récompense un ouvrage de culture savante et de tradition populaire. Le primé reçoit 100 bouteilles de Beaujolais. Avec modération, qu’ils disaient.

Le prix [du métro] Goncourt est décerné par des lecteurs habitant ce quartier.

Le vainqueur du prix Havane reçoit une boîte de cigares.

Il y en a des quantités d’autres, je vous laisse chercher. J’adresse un grand merci à Martine qui m’a signalé l’existence de ces prix littéraires loufoques.

Les perles du libraire

Voici quelques “perles du libraire” glanées ça et là sur Internet. La liste aurait pu être beaucoup plus longue…

« Bonjour monsieur le libraire. Il me faudrait un livre.
– Un livre comment ?
– De maximum 200 grammes. »
 
« Bonjour, je voudrais la Vénus des îles, de Mérimée. »
 
« Bonjour, je voudrais la Vénus d’Ill, s’il vous plait.
– Il vous faut une édition en particulier ?
– Oui, Mérimélibrio. »
 
« Est-ce que vous avez Le Légume des jours ? »
 
« Il me faudrait le Rouge et le Noir. Seulement le Rouge, en fait. Pour le Noir, je reviendrai. »
 
« Où est-ce que je peux trouver Fred, de Racine ? »
 
« Vous auriez La Princesse de Crève ? »
 
« Avec les livres neufs, ça passe encore. Mais avec les anciens, l’odeur est un problème. »
 
Petite annonce vue sur un site de vente entre particuliers :
Le Roman de la Rose imprimé à Paris. ?DELARUE. 1878. In‑4 Carré. Broché. Etat d’usage. Couv. convenable. Dos satisfaisant. Intérieur frais. Environ 200250 pages.
 
Une cliente cherche des livres de l’inventeur des sous-marins. Elle se souvient de son nom, c’est Jules Verne.
« Voilà les livres de Jules Verne, mais ce sont des romans !
– Ce ne sont pas des histoires vraies ?
– Non.
– Alors, je n’en veux pas… »
 
« Voilà, maman ! C’est ça que je dois lire pour les cours : Alfred de Musso. »
 
« Je voudrais juste vous emprunter ce livre jusqu’à lundi. C’est possible ? »
 
Une dame cherche des livres pour ses petits-enfants, impérativement avec une couverture souple.
« Comme ça, une fois qu’ils les ont lus, c’est plus facile pour les jeter… »
 
« Je cherche Quatre-vingt-treize, de Victor Hugo.
– Vous avez regardé dans ce rayon ? Les livres sont classés par nom des auteurs.
– J’ai déjà regardé, mais il n’y est pas, à U. »
 
Un client demande Les mémoires du Treuton, de Chateaubriand.
 
Un autre cherche La guerre des nichards pour le manuel de littérature Lagarde & Michard.
 
Un lycéen demande un classique scolaire. On lui demande quelle édition le professeur réclame. « C’est quoi une édition ? »
 
« Est-ce que vous avez le Dinosaure, de Ionesco ? »
 
« S’il vous plait, pourriez-vous me dire si Anne Frank a écrit d’autres livres ? »
 
« C’est de qui, Le Procès de Kafka ? »
 
« Savez-vous si Grimm a sorti quelque chose, récemment ? »
 
Les libraires eux-mêmes en sortent parfois de bonnes :
« Vous avez des nouvelles de Tchekhov ?
–Il est mort, madame… »

Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Téhard Eric, le 19/05/2012

Excellent ! Je me suis bien poilé.
Cependant, pour Anne Frank, il y a bien un autre livre : elle a écrit des contes que l’on trouve même en livre de poche.