Maman, je t’adore

MamanAdoreSelon l’inspiration de celui qui s’adresse à elle, on l’appelle Grenouille, Petite Étoile, Feu Follet, ou autre chose encore. On ne connaîtra pas son vrai nom, elle a neuf ans, et elle est la narratrice de ce court roman.

La Sauterelle et sa mère, Mama Girl, quittent leur province américaine pour New York. Mama Girl est actrice, elle n’a joué que dans des stupidités télévisées, mais elle veut faire du théâtre, devenir célèbre et si possible riche. Donc, direction New York.

Depuis le divorce, Papa Boy et le petit Peter Bolivia Agriculture (c’est un surnom) vivent à Paris. Mama Girl contacte quelques producteurs, toutefois c’est lorsqu’il entend au téléphone la voix de la Grenouille que l’un d’eux propose un rôle… mais un rôle de petite fille, à Feu Follet. Du coup, l’auteur récrit entièrement la pièce afin que Mama Girl ait une place.

Et c’est parti pour les répétitions, le choix des décors, la mise en scène, la musique, les premières représentations, les critiques, les espoirs, le trac…

Tout est dans le ton. Une petite fille qui raconte, c’est déjà bien. Mais quand c’est William Saroyan qui tient la plume, ça prend la forme d’un régal. Le langage crée une ambiance très particulière, une complicité entre la Sauterelle et sa mère. Qans certaines situations, elles deviennent même amies ou sœurs si cela leur convient.

Le ton est drôle, et si l’histoire ne présente finalement pas grand intérêt, on passe un très bon moment avec ces pages.

Papa, tu es fou

PapaTuEsFouVoilà un tout petit bouquin de 142 pages (et 63 brefs chapitres) plein de jolies choses. Sur un ton très direct et avec des mots très simples, il nous parle de la relation entre le jeune Pete de dix ans et son père.

Les parents de Pete sont divorcés. Lui et sa sœur vivent avec leur mère, mais il est décidé que Pete va habiter quelque temps chez son père, qui est écrivain, fauché et optimiste. Pour gagner un peu d’argent, il choisit d’écrire un livre de cuisine plutôt qu’un roman, toutefois il charge Pete d’en écrire un.

C’est comme ça qu’on apprend à écrire — en regardant tout attentivement.

Pas de suite, bien sûr, mais plus tard, quand il sera grand. Dans cette optique, il donne à son fils de précieux conseils sur la vie, car un écrivain n’est pas quelqu’un comme un autre.

Un homme est un homme, mais pour parvenir à faire une véritable œuvre d’art, il doit devenir un ange.

Un écrivain est quelqu’un qui a une relation particulière avec ce qui l’entoure, ce qui est indispensable pour pouvoir le raconter dans des livres.

Un écrivain doit être amoureux de ce monde où nous vivons, sinon il ne peut pas écrire.

À travers ces conseils d’auteur, c’est toute une philosophie qu’il transmet à Pete. Car ce Papa (avec une majuscule dans le texte) croit que tout ou presque est faisable, et que si une chose n’a pas encore été faite, cela signifie que nul n’y est déjà arrivé, et pas que c’est irréalisable.

Ainsi, puisque Pete rêve de devenir le premier homme à marcher sur la Lune (ce bouquin date de 1957), il est tout à fait concevable qu’il y parvienne. Jamais Pete n’est confronté à l’échec ou sa possibilité. Quelle meilleure éducation imaginer ?

Il n’y a pas grand-chose à manger dans la maison de ce Papa ? Pourtant, il affirme qu’il y en a assez pour un mois. Et c’est vrai…

Papa trouve toujours la réponse adéquate et la bonne manière de la transmettre. Il est toujours disponible, toujours à l’écoute, toujours prêt à donner à son fils des éclaircissements sur le sens de la vie, sur la joie qu’elle procure, répète sans cesse Très bien en réponse aux remarques de Pete, etc.

Nous pouvons toujours aller plus loin que nous ne croyons. Et nous pouvons vivre avec beaucoup moins que nous ne croyons, aussi. Et de temps en temps, nous avons besoin qu’on nous rappelle tout cela.

William Saroyan a perdu son propre père lorsqu’il était un tout petit garçon, ce qui explique sans doute beaucoup des choses qu’il a mises dans ces pages. Quoi qu’il en soit, tous les enfants donneraient cher pour avoir ce genre de Papa, et tous les hommes donneraient encore plus cher pour être un Papa comme celui-là. Moi, en tout cas, je signerais de suite !