Notre-Dame de Paris

NDParisUn classique est un livre que tout le monde veut avoir lu, et que personne ne veut lire, a dit Mark Twain. Il est vrai que, une fois libérés des obligations scolaires, peu de lecteurs se donnent la peine de rouvrir les pages de ces grandes œuvres qui sont les murs porteurs de la littérature. Il faut reconnaître, à la décharge de ces lecteurs, que l’offre plus moderne est d’un volume et d’une qualité conséquents et que tout est fait pour qu’on se tourne vers elle plutôt que vers les trésors du patrimoine.

J’ai profité de circonstances particulières pour cette lecture. Chargé d’exécuter une tâche répétitive ne nécessitant aucune attention particulière, je me suis plongé, écouteurs dans les oreilles, dans l’audiolivre de ce magnifique roman de Victor Hugo que je croyais connaître, et que j’ai découvert avec émerveillement.

Il a été plusieurs fois porté à l’écran et même caricaturé par les studios de Walt Disney. De ce fait, tout le monde a entendu parler de Quasimodo, Esméralda, Phœbus et Frollo. Mais le récit narré avec tant de brio par celui qui est sans doute le plus grand écrivain français de l’Histoire est bien différent de celui que nous avons retenu. Pour l’essentiel : pas de happy end ni d’heureuses épousailles, tout se termine au contraire très mal. De tous les protagonistes, seuls deux survivent : le plus lâche et le plus cynique.

Chaque personnage est une représentation bien marquée d’un modèle, comme souvent dans les œuvres de l’époque romantique. Esméralda incarne la beauté parfaite, pure et naïve, dont la principale fonction est d’être admirée. Frollo est un homme d’Église, dont la moralité au-dessus de tout soupçon cache une âme vile et vicieuse, entièrement noire. Il se morfond de désir pour la jeune fille, préférant être la cause de sa mort que de la savoir dans les bras d’un autre. Phœbus symbolise le charme masculin et la virilité, mais il n’hésite pas à laisser Esméralda croire à son amour dans le seul but de la posséder charnellement. Quant à ce pauvre Quasimodo bossu, borgne, difforme, sourd et repoussant au possible, il représente à la fois l’opposé physique de la ravissante Esméralda, et son reflet mental, car lui aussi est pur, et ne prend d’elle que ce qu’elle veut bien lui donner : un regard de temps en temps, qui suffit à son bonheur.

Conte moral, mais également roman historique dont l’action se déroule à la fin du XVe siècle. Il a été écrit en 1831, il est donc important de ne pas perdre de vue que lorsque l’auteur dit “de nos jours”, il faut comprendre “il y a presque deux cents ans”. Victor Hugo se permet de très longues digressions, qui passeraient aujourd’hui pour des longueurs inutiles, mais qui pourtant m’ont ravi. Des descriptions très détaillées du panorama depuis le sommet des tours de la cathédrale, un interminable, mais si réaliste entretien du roi Louis XI avec ses conseillers, de passionnants portraits de tel ou tel personnage… Et le chapitre Ceci tuera cela, extraordinaire démonstration de ce qu’est l’architecture, en quoi elle est écriture, et comment elle sera supplantée par le livre. Certains le trouveront ennuyeux, il justifie à mon avis à lui seul d’ouvrir ce bouquin.


Les livres audio sont principalement destinés aux mal voyants, mais on peut bien sûr les utiliser autrement, comme je le fais. Si ces ouvrages vous intéressent, soit pour les “lire”, soit pour prêter votre voix, il existe plusieurs sites qui leur sont consacrés et sur lesquels on peut télécharger gratuitement des fichiers mp3. Entre autres : Audiocité, Livres pour tous et Littérature audio. Sans oublier De mes yeux à vos oreilles, dont j’ai déjà parlé.

La lecture à voix haute est un exercice plus difficile qu’il y paraît. Le ton doit être neutre sans être monotone, suivre le texte sans empiéter sur l’image que l’audiolecteur s’en fait. Il s’agit parfois d’une nouvelle de quelques paragraphes, et parfois (comme pour ce roman), de plusieurs centaines de pages, entraînant plusieurs heures d’enregistrement. Ce travail est essentiellement réalisé par des bénévoles. Qu’ils soient remerciés !