La grâce des brigands

GraceBrigandsMaria Cristina Väätonen a grandi à Lapérouse, dans le nord du Canada, entre une mère bigote et un peu folle, et un père incapable d’assumer sa famille. Elle a aussi une sœur aînée, qui a eu un accident dont Maria-Cristina se sent responsable.

Au début du roman, Maria Cristina a quitté Lapérouse depuis une dizaine d’années pour se rendre à Los Angeles, et elle a réalisé son rêve : devenir écrivain. Elle reçoit, pour la première fois, un coup de fil de sa mère, qui lui demande de venir rapidement. Maria-Cristina prend le risque d’obtempérer, et elle revient dans le trou perdu où elle est née. Mais avant d’en arriver là, le livre, par un très long retour en arrière, nous raconte l’histoire de cette famille et de cette femme. Le lecteur apprend alors ce qui s’est passé, et comment.

L’intérêt principal de ce bouquin réside dans l’écriture elle-même, fignolée, ciselée dans ses moindres phrases. Par la force des mots, Véronique Ovaldé nous fait vivre les sentiments que Maria Cristina ressent en traversant les nombreuses épreuves que la vie a semées sur son chemin. Elle est confrontée à l’ignorance, à la violence, à l’incompréhension, à sa propre culpabilité, à ses peurs profondes. Même le succès, quand il arrive, est un obstacle pour cette petite provinciale qui n’a que dix-sept ans lorsque son premier roman, autobiographique, est édité.

Mais ce livre-ci n’est-il pas également, d’une certaine manière, autobiographique ? Une femme qui écrit des histoires de femmes, la réussite qui survient rapidement… tout cela fait songer à Véronique Ovaldé elle-même. Ce qui semble être, au début, la chronique sans grand intérêt d’une fille inexpérimentée dans tous les domaines et surtout occupée à fuir son passé, saisit immédiatement le lecteur par la puissance de l’écriture.

Le rapport entre tout cela et les brigands ? On le comprend à la toute dernière phrase.

J’ai eu la chance d’assister à une présentation du roman par l’auteure elle-même, et j’ai été étonné de découvrir une femme pleine d’humour, qui ne recule pas devant une certaine autodérision, et qui alimente son œuvre par une observation incessante du monde.

Ce que je sais de Vera Candida

VeraCandida

Ce qui frappe dès les premières pages, c’est la précision avec laquelle Véronique Ovaldé choisit ses mots. Le mot précis, non pour décrire la chose, mais pour provoquer chez le lecteur la sensation qu’il aurait en voyant la chose. Le résultat, c’est qu’on se trouve rapidement plongé dans le décor, malgré le peu de descriptions.

Autre fait remarquable : la rareté des dialogues. Les personnages parlent, bien sûr, mais leurs propos sont intégrés à la narration. Et lorsqu’ils s’expriment vraiment, les mots prononcés sont noyés dans la phrase, sans guillemets, ni aucun autre signe typographique habituel. On s’y fait très vite.

Pour échapper au triste destin qui a déjà frappé sa grand-mère et sa mère, Vera Candida, à seulement quinze ans, décide de quitter l’île imaginaire de Vatapuna pour se rendre à Lahomeria. Là, elle va devoir se battre pour survivre et pour élever sa fille Monica. Mais elle est si profondément blessée par la vie qu’elle doute même de l’amour que lui offre Itzaga.

L’histoire commence alors que la grand-mère de Vera Candida est encore jeune. Le lecteur comprend alors les difficultés que rencontre une femme pour vivre dans un endroit comme celui-ci. La majeure partie du roman raconte bien sûr la vie de Vera Candida, en particulier ce qu’elle a vécu entre quinze et vingt ans. Il y a des accélérations, des bonds dans le temps, des retours vers le passé, sur un rythme lent, comme est la vie sous ces latitudes.

Rose Bustamente, la grand-mère maternelle de Vera Candida, avant de devenir la meilleure pêcheuse de poissons volants de ce bout de mer, avait été la plus jolie pute de Vatapuna.

Une plume légère pour raconter une histoire lourde de sens, tout en relations entre les gens et en tendresse. J’ai beaucoup aimé.

  • Grand prix des lectrices de Elle.
  • Prix Renaudot des lycéens.
  • Prix France Télévisions.