La longue terre

LongueTerre

Comment faire du neuf avec un vieux, très vieux thème ? C’est simple : faites appel à Terry Pratchett et Stephen Baxter, et laissez leur carte blanche. Le thème, c’est celui des univers parallèles. Voilà déjà longtemps que tout a été dit à ce sujet, non ? C’est ce qu’on croyait. Parce que ces deux-là ont réussi à faire avec ce sujet de l’original, et même de l’inédit.

Sur Internet circule un circuit “à monter soi-même”. Quelques composants électroniques, des bouts de fils, et, en guise de source d’énergie… une pomme de terre ! C’est un bricolage à la portée de n’importe qui, et beaucoup le réalisent. Mais ce truc permet de passer à une autre terre, puis à une autre, et une autre encore, pas à pas, à l’infini. C’est ça qu’on appelle la longue terre. Du coup, des millions de gens émigrent vers des univers meilleurs. Ce sont surtout les déshérités, les rejetés, les victimes et les exploités qui vont tout reconstruire ailleurs, n’ayant plus rien à perdre en Primeterre.

Et il y a Josué. Lui est un passeur né, ce qui signifie qu’il n’a pas besoin du truc avec la pomme de terre. Il peut passer dans une autre terre comme ça, par lui-même. Il part en mission d’exploration à bord d’un dirigeable avec Lobsang, qui est une intelligence artificielle un peu farfelue en laquelle s’est réincarné un réparateur de motos tibétain. Mais plus ils explorent, plus ils analysent, et plus de nouvelles questions s’imposent. Ils découvrent des êtres pour qui le passage de monde en monde est naturel. Mais pourquoi certains se déplacent-ils en masse ? Un exode ? Que fuient-ils ? Quelle menace se trouve tapie au fin fond de la longue terre ?

Pour être tatillon, il faut reconnaître que certains passages sont longuets, que certaines intrigues secondaires disparaissent pendant de nombreux chapitres et que le lecteur ne sait plus trop ce que c’est à leur retour, que quelques personnages manquent de crédibilité tant ils sont originaux. Mais qu’importe ! Ce bouquin est le fruit d’une collaboration entre deux des meilleurs écrivains de l’imaginaire, et le résultat, même s’il n’est pas parfait, est un régal d’innovation et d’humour, une cascade de trouvailles excentriques et extrêmement plaisantes. Je ne me suis pas ennuyé une seconde au cours de cette lecture.