Le bar sous la mer

BarSousMerSi je devais définir en un mot l’univers dans lequel Stefano Benni immerge invariablement ses lecteurs, je dirais… Surréaliste ? Absurde ? Onirique ? Caricatural ? Allégorique ? Ou simplement délirant ?

Je préfère ce dernier terme.

Un promeneur voit un vieil homme se jeter à l’eau. N’écoutant que son courage, il plonge à son tour afin de le sauver… juste à temps pour se rendre compte que le type nage tranquillement vers un bar situé sous la mer, où se trouvent déjà quelques consommateurs. Il les rejoint. À tour de rôle, chaque personne présente raconte une histoire.

Le livre se présente donc comme un recueil de nouvelles, plus extraordinaires et dingues les unes que les autres.

Les bécasses, qui passaient chaque année au-dessus du village, étaient passées, mais en train. Le chef de gare en avait vu deux wagons entiers.

Voilà, le ton est donné.

Un grand cuisinier reçoit le diable lui-même à sa table, deux vieillards tentent simplement de traverser une rue, un homme se fait dérober son sommeil par un petit démon, le nouveau cinéma du hameau projette un film porno, un rocker devient célèbre grâce à une guitare magique, une adolescente enquête sur un crime perpétré dans son collège, un martien amoureux désire ramener un souvenir terrien à sa belle…

Plusieurs genres se retrouvent dans ce recueil : SF, fantasy, fantastique, humour, polar, drame, horreur, etc.

Comme nous le disions au début, de tous les biblio-animaux, le ver disicius ou ver troqueur est sûrement le plus nuisible. Il sévit le plus souvent vers la fin des récits. Il prend un mot et le met à la place d’un autre, puis pose ce dernier là où se trouvait le premier. Des déplacements minimes : quelquefois, il lui suffit de déplacer à peine trois ou ver mots, mais le résultat est logique.

Quand je vous disais que c’est délirant…

La trace de l’ange

TraceAngeJ’aime beaucoup les ambiances que Stefano Benni tisse en quelques pages. Des ambiances décalées, oniriques et souvent agrémentées d’humour. Alors, je me suis jeté sur ce petit bouquin dès que sa traduction a été disponible.

Mais cette fois, je n’ai pas accroché du tout.

Pourtant, le thème est alléchant : Le petit Morphée, huit ans, reçoit accidentellement un gros choc à la tête. Commotion cérébrale, diagnostic, traitement, autre diagnostic, autre traitement, épilepsie, médicaments, chambre 412 de l’hôpital… À mesure que Morphée grandit, devient un jeune homme, un adulte, puis un père de famille, il est suivi par le corps médical. Le bouquin se prétend une dénonciation de l’industrie pharmaceutique, la troisième après les armes et le pétrole selon l’auteur.

Malheureusement, ce schéma simple est perturbé par la présence d’anges, et le lecteur est en droit de se demander ce qu’ils viennent faire dans cette galère. De quel côté sont-ils ? Même cela est confus, tant ces personnages sont ambigus. Alors qu’ils devaient contribuer à faire de ce récit une fable, ils le transforment en labyrinthe complexe.

J’avoue sans honte que je n’ai pas compris grand-chose au propos, ni à la morale s’il y en a une.

Pain et tempête

Avant d’ouvrir un livre de Stefano Benni, il faut accepter de se plonger dans un monde particulier et chaque fois différent. On se retrouve alors à naviguer entre hyperréalisme, fantastique et absurde, mais sur des thèmes très familiers, car il n’est question que de choses qui font notre quotidien, mêlées de sagesse et d’un humour inimitable.

Le village de Montelfo est menacé par les promoteurs immobiliers. Les habitants, à partir du Bar Sport devenu quartier général, vont réagir à la menace, menés par Grand-Père Sorcier et son inséparable complice Archive. Pour revendiquer leur liberté, ils vont faire appel à ce qu’ils ont en commun : la mémoire de tout ce qu’ils ont partagé dans ce village et ses environs.

C’est alors un défilé d’histoires, de légendes, d’anecdotes et de hauts faits où le lecteur découvre avec délice des aventures délirantes et des personnages tels que Trincon Taureau et Trincon Teigneux, Sophronie, Hérisson Mainsdor, Django, Fen, Bouffi Misère, les sœurs Aspirines, Simona Beauregard, le Bienheureux Incliné, et des dizaines d’autres, qui vont tout faire pour sauver leur pain malgré la tempête.

Car c’est bien de notre monde en crise dont il est question, avec la chute de Oualstrèt, l’échologie, l’économie de marché, et tout le reste. Caricature, mais regard original sur notre société, ce livre est un pur régal de drôlerie et de bon sens.