Impératrice

Wu Zetian a vraiment vécu au VIIe siècle, et elle fut empereur de Chine.

Oui, c’était une femme, pourtant elle fut EMPEREUR. Pourquoi ? Simplement parce que le titre et la fonction étaient exclusivement réservés aux hommes. Le terme d’impératrice ne désignait « que » l’épouse de l’empereur. Celle-ci, dont le nom signifie Lumière (l’idéogramme en couverture du livre est son nom), fut la seule femme à régner sur cet immense empire, et son règne fut même l’un des plus prospères de l’Histoire de ce pays.

Bien sûr, une femme occupant un tel poste et possédant un tel titre fut extrêmement critiquée, après sa mort, car avant, elle disposait d’un pouvoir quasi absolu. Les historiens ont hésité entre passer cette période sous silence, ou noircir les événements correspondants, afin de dénigrer les décisions prises par cette femme exceptionnelle. Récemment, la copie a été revue et Lumière rendue à la place qui est la sienne.

Toutefois, nous savons peu de choses d’elle, et Shan Sa a probablement tricoté un peu pour remplir les trous et écrire ce magnifique roman.

Nous faisons la connaissance de Lumière lorsqu’elle est encore une toute petite fille née dans une famille roturière quelconque, et qui n’avait a priori aucune chance de s’élever bien plus haut que cette condition. Nous la suivons tout au long de son extraordinaire existence, jusqu’à son trépas et même un peu plus loin.

Wu Zetian, Lumière

Grâce à un concours de circonstances, Lumière, encore adolescente, entre dans la Cité interdite en tant que concubine. Elles sont dix mille très jeunes filles, peu d’entre elles connaîtront la couche de l’empereur, et quelques-unes seulement porteront la noble descendance. Lumière se retrouve condamnée à une vie d’oisiveté et d’ennui, entourée d’eunuques, calligraphes et autres quasi esclaves. Pourtant, elle sait profiter de la moindre occasion pour s’élever, devenir favorite, épouse, impératrice, puis empereur, pour un règne particulièrement long !

Surtout, elle a su chaque fois trouver la solution pour faire face aux crises, aux complots, aux trahisons, aux accidents. Elle a su s’entourer, elle a su aimer, et elle a su être sans pitié, jusqu’à être cruelle, lorsque cela était nécessaire. Là, franchement, il faut parfois s’accrocher, car l’époque n’était guère propice à la compassion et à la tendresse.

Finalement, la plus difficile de toutes les décisions doit être prise : désigner un successeur. Lumière s’y refuse, comme elle refuse de vieillir et de mourir. Et puis, sa famille n’est qu’un nœud de serpents.

La famille est une maladie de naissance. La mienne est mon infirmité. Je ne l’ai pas choisie, les dieux me l’ont imposée. Moi et ma dynastie sommes condamnés à disparaître.

Le rythme de ce bouquin est très, très lent. On a par moment l’impression qu’il ne se passe rien, pourtant je ne me suis pas ennuyé une seule minute. Quand j’ai pensé que ça n’avançait pas, j’ai fait le point, et j’ai vite réalisé que beaucoup d’événements ont eu lieu en quelques pages. J’ai énormément apprécié l’écriture légère, même s’il est parfois délicat de s’y retrouver parmi ces nombreux noms aux consonances chinoises. Et j’ai été estomaqué par la vie vraiment hors du commun qui a été celle de cette femme morte il y a plus de treize siècles.

La joueuse de go

JoueuseGoIl s’agit d’un roman chinois, Goncourt des lycéens en 2001. Le style et l’écriture sont assez particuliers et demandent au lecteur un petit effort d’adaptation. Il y a deux narrateurs, qui interviennent en alternance. Le premier est une collégienne chinoise de seize ans, experte du jeu de go. Le second est un jeune officier japonais, raide dans ses principes et fidèle aux traditions.

Dans les années 30, l’armée japonaise occupe la Mandchourie. L’officier japonais est là, prêt à mourir plutôt que de reculer d’un pas. Quelques épisodes de son adolescence montrent au lecteur à quel point il est attaché aux coutumes ancestrales de sa culture. Il donne la mort avec froideur et même désinvolture, tant il est persuadé jusqu’au fond de ses tripes que ce sont la justice et le bon droit qui guident son sabre.

Dans une petite ville, la jeune Chinoise joue au go. Elle découvre également l’amour dans les bras de Min. Elle se donne entièrement à cette relation et à ses sentiments, leur faisant entièrement et naïvement confiance pour la mener vers un avenir riant.

Tout oppose ces deux êtres, dont les vies vont pourtant se croiser. À travers le jeu de go, ils se rencontrent et s’explorent mutuellement. N’échangeant que quelques mots, ignorant jusqu’à leurs noms, ils commencent à s’aimer sans s’en rendre compte. Peuvent-ils être épargnés par la guerre ?

Shan Sa décrit ces existences et cet amour naissant avec une très grande sensibilité. Le ton est si léger qu’il faut parfois deviner, autant que comprendre, ce qui se passe entre les protagonistes. Le rythme est lent, très lent, puis il s’accélère pour terminer dans un tourbillon qui laisse le lecteur choqué.