Un pied au paradis

PiedParadisUn mari, une femme, un amant, le trio explosif. Est-ce un roman policier ? Un peu, quand même. Il y a un meurtre, un coupable, une victime, une enquête… Tout le monde sait de suite qui a fait le coup, ce qui n’aide guère le shérif chargé de trouver les preuves.

Il y a beaucoup d’autres choses dans ce livre. Ça se passe dans les années cinquante en Caroline du Sud, où les hommes et les femmes sont rudes et repliés sur eux-mêmes. Ces territoires reculés et sauvages, qui ont été jadis peuplés par les Indiens, comme en témoignent encore tous les noms de lieux, vont être bientôt submergés par un lac artificiel. La compagnie Carolina Power expulse un à un les habitants, qui pourtant vivent là depuis plusieurs générations. Dans un tel contexte et un tel endroit, la disparition d’un homme n’a pas l’impact qu’elle aurait ailleurs.

La vie est dure, le travail est dur, et tout peut être perdu en un rien de temps. Même la sécheresse s’en mêle.

La connaissance est l’unique bien dont personne ne peut te dépouiller.

Il y a cinq chapitres, avec un narrateur différent à chaque fois, pour une histoire qui s’étend sur presque vingt ans.

Holland est alcoolique et violent depuis son retour de la guerre. Peu de gens l’apprécient. Amy épouse Billy. Entre eux, l’amour est sincère et fort, l’entraide dans les difficultés consolide leur union.

Je pensais à elle dans la maison, qui faisait la cuisine ou des conserves, en sachant qu’on avait beau travailler chacun de son côté on travaillait quand même l’un pour l’autre.

Pourtant, Amy n’enfante pas. C’est Billy qui est stérile, sans doute à cause de cette maladie, quand il était gosse. Toutefois, le ventre d’Amy s’arrondit lentement…

Dès le départ, Ron Rash ne cache rien au lecteur, qui sait tout de ce qui se passe. L’intérêt du livre n’est pas dans l’enquête, mais dans la vie de ces personnages face aux menaces qui pèsent sur eux, et qui les obligent à suivre d’autres règles d’existence que le reste des hommes. Ambiance lourde et prenante, j’ai beaucoup aimé… je n’en dis pas davantage.

Juste un mot de remerciement à Sabine, pour ce cadeau.