Habemus piratam

J’ai pris énormément de plaisir en lisant ce livre, et en plus, grâce à lui, j’ai appris des choses. L’auteur n’est pas un professionnel de l’écriture, c’est un l’informaticien, spécialisé dans le domaine de la délicate et importante sécurité des réseaux, cible de bien des cyberattaques. C’est justement le thème de ce roman.

J’ai assisté à une présentation du livre par Pierre Raufast, qui a expliqué comment nos données personnelles les plus anodines en apparence peuvent être utilisées, de manière que les profanes que nous sommes auront du mal à imaginer. Par exemple, une simple balance connectée renseigne sur votre courbe de poids, donc votre santé. Une brusque baisse ou augmentation révèle souvent une maladie et entraîne l’envoi de publicités ciblées. C’est gênant, mais pas trop grave. Par contre, ces informations peuvent être récupérées ou achetées par des compagnies d’assurances. Dans cinq ou dix ans, vous pourrez avoir besoin d’un crédit, qui vous sera refusé si vous êtes considéré comme une personne à risque. Bien sûr, pour utiliser la balance, il est obligatoire d’accepter la géolocalisation, sinon elle ne fonctionne pas !

Le livre est constitué d’une série d’histoires reliées par un fil conducteur. Un ancien pirate informatique repenti vient se confesser à un curé de campagne. Ils dissertent sur les dix commandements, et au cours de confidences successives, le hacker raconte plusieurs affaires de piratages auxquelles il a jadis été mêlé, violant chaque fois un de ces commandements. Le bouquin est donc essentiellement un recueil de nouvelles déguisé, mais il y a tout de même des intrigues qui les accompagnent.

L’une d’elles est très drôle, il s’agit d’histoires de rivalités et de tricheries au scrabble entre des commères du village. Une autre tourne autour de notre hacker, qui est activement recherché par un puissant mafieux qu’il a autrefois allégé d’une fortune colossale en pénétrant dans son système informatique, et qui veut se venger.

Le lecteur réalise assez rapidement que cette confession a un but. Bien sûr, tout s’achève par une chute, impossible à anticiper, et même une chute de la chute !

Il y a des termes techniques, des abréviations barbares et des anglicismes comme les informaticiens en raffolent. Alors, pour aider, un petit glossaire figure en fin d’ouvrage, mais il n’est pas indispensable. Le sens de la plupart des expressions employées se devine aisément dans le contexte, et il n’est évidemment pas nécessaire de comprendre les détails. Il suffit de savoir que cela permet l’accès à un ordinateur ou un réseau.

C’est amusant, original, parfois un peu tiré par les tifs, toujours extrêmement bien documenté. Ça fait peur, aussi, car on réalise que rien n’est à l’abri d’un pirate qualifié et motivé, ni nos informations personnelles, ni nos opinions, ni nos agissements, ni nos petits travers. N’importe quelle grosse compagnie commerciale ou bancaire, n’importe quel parti ou gouvernement peut faire main basse sur ces renseignements et les utiliser. Pour en faire quoi ? Ils auront bien une idée…

J’oubliais un détail que les lecteurs de mes minifictions comprendront : le curé de ce roman s’appelle le père Francis.

La fractale des raviolis

FractaleRaviolisPour saisir tout l’intérêt de ce livre, il faut en comprendre le titre. Et pour comprendre le titre, il faut savoir ce qu’est une fractale. Il s’agit, en mathématiques, d’une courbe qui est morcelée, fracturée (d’où le terme de fractale), de manière à reproduire l’ensemble dans chacune des parties.

Compliqué ? Voyons un exemple… Prenons un simple triangle équilatéral. Cassons chacun de ses côtés pour y coller un autre triangle équilatéral. Recommençons avec ceux-ci, et encore, et encore… On obtient un flocon de ce type :

FractaleFlocon

Quel rapport avec le livre ? Pierre Raufast a tenté d’appliquer ce principe à l’écriture. À la fin de chaque chapitre, il y a une digression qui entraîne le lecteur vers une autre histoire, objet du chapitre suivant, qui fera de même, ainsi que son successeur, et celui d’après… En passant de la sorte du coq à l’âne, on se retrouve au temps de Louis XIV. Le récit repart alors en arrière, chaque chapitre est clos en ordre inverse jusqu’à revenir à la situation du départ, qui trouve sa conclusion.

Voilà pour les fractales. Et les raviolis ? C’est beaucoup plus simple à expliquer. Au départ, une femme décide de se débarrasser de son mari infidèle au moyen d’un plat de raviolis empoisonnés. L’histoire se termine donc avec cette affaire, d’une façon assez tarabiscotée qui m’a un peu déçu. Bien sûr, l’auteur a volontairement achevé son livre de cette manière capillotractée, mais tout de même, j’espérais mieux.

Reconnaissons-le, le bouquin présente un intérêt par l’originalité de sa forme bien plus que par la qualité de son écriture, correcte, mais pas exceptionnelle. J’ai toutefois passé un bon moment.

Si vous êtes curieux et que vous voulez en savoir davantage sur les fractales, visitez la page Wikipédia ou l’un des nombreux sites qui leur sont consacrés. Et si c’est juste pour le plaisir des yeux, régalez-vous sans modération, car ces courbes (qu’on retrouve dans la nature) peuvent être splendides.